Snifff, l’édition jubilé du NIFFF c’est déjà fini… Mais point d’inquiétude, il nous reste une topette d’absinthe et une délicieuse assiette Shawarma Chef Falafel, de quoi tenir pour vous faire un récapitulatif complet de cette édition couverte par KillerSe7ven et Mr Wilkes. Fidèles au poste, vos deux émissaires exilés en terre neuchâteloise ont bravé la chaleur mortifère du cinéma Studio, les hordes avides de supporters de foot avec qui ils durent partager l’écran géant de l’open-air et l’haleine pestilentielle de Robert, qui baladait sa carcasse de zombie dans l’ambiance vespérale du Jardin Anglais. Un voyage périlleux duquel ils ne rentrèrent pas indemnes…
Palmarès
En Compétition internationale
Prix H.R. Giger : Hen de Nico Scheepers (mention spéciale : Breeder, Alex Goyette)
Best Production Design Award: Sleep no more de Edwin
Prix NIFFF de la critique internationale : Breeder d’Alex Goyette
MÉLIÈS D’ARGENT pour le meilleur long-métrage de fiction : Sie glauben an Engel, Herr Drowak ? de Nicolas Steiner
Prix du public RTS : Hokum de Damian Mc Carthy
Compétition asiatique
Audience award for the best asian film : My Daughter is a zombie de Pil Gam-sung
Édition jubilé et particulière pour ce NIFFF sauce 2026 ; après les accusation de management toxique et un audit mené au sein de l’équipe, la tête du festival a complètement changé. La programmatrice du festival Kate Reidy devient directrice artistique et Hugues Houmard directeur administratif et opérationnel. Un changement en profondeur qui a drastiquement réduit le temps à disposition du festival pour les choix de programmation, ce qui explique peut-être une selection un peu moins flamboyante que celle de l’année passée.
Malgré ces turbulences, le NIFFF maintient le cap avec une édition anniversaire riche en propositions tranchées. Si quelques sorties de route émaillent la programmation (on parlera plus bas de Quince et de son étrange discours pro-life ou de la catastrophe Les Âmes en peine), les quelques 129 œuvres retenues en provenance de plus de 33 pays offrent un panorama étendu du cinéma de genre mondial. Le thème moins politique choisi cette année (« l’anniversaire », contre « Eat the rich » ou « L’Hôpital et le soin ») n’empêche pas le festival d’aborder des thématiques puissantes qui irriguent cette édition : la maternité, la dictature de la performance (Deadline), la thématique des violences conjugales et des relations toxiques en général (Blood on Snow, Evil Dead Burn…), le lourd héritage colonial (Hen), la construction par la fiction (Teenage Sex and Death at camp Miasma).
Les films récents étaient accompagnés par pléthore de propositions piochées dans le meilleur du cinéma de genre des années passées. Ainsi, Mulholland Drive, projeté à l’open-air accompagnait une conférence de Rob Grams de Frustration. Dans la sélection anniversaire, on a pu (re)voir Alice au Pays des Merveilles en dessin-animé, Bloody Birthday, Nope, Parasite ou encore Sisters de De Palma. Deux séances évènementielles ont encore émaillé le festival : une séance animée du Rocky Horror Picture Show avec comme dress-code Wear Something Your Mother Would Hate, ou encore un ciné-concert pour Donnie Darko.
Cette édition anniversaire souffle d’ailleurs ses bougies en compagnie de la fine fleur de l’imaginaire fantastique. Ainsi, c’est S.S. Rajamouli qui présentera les séances de RRR et Bahubali, tandis que le génial Eega est projeté pour la première fois en terres helvétiques. A ses côtés, Bertrand Mandico – qui a amené à Cannes son tout dernier Roma Elastica – a présenté une sélection de son œuvre au public neuchâtelois. Le réalisateur a d’ailleurs accordé une interview à MaG, à retrouver tout prochainement sur notre chaîne YouTube. Ces pontes du fantastique contemporain ont été accompagnés par la voix montante de la fantasy britannique Samantha Shannon, mais aussi par John Howe, l’artiste derrière toutes les adaptations visuelles de Tolkien. Établi à Neuchâtel, il travaille actuellement sur la série Amazon Les Anneaux de Pouvoir. Bref, du beau monde au bord du lac pour profiter de la multitude de séances et de conférences explorant toutes les nuances du fantastique contemporain. Cette année, le jeu vidéo était aussi à l’honneur avec une conférence savante sur la série Castlevania qui fête son demi-siècle en 2026.
Sommaire
Nightborn
Finlande | Date de sortie : 22/07/2026 | Réalisation : Hanna Bergholm | Compétition internationale
Hanna Bergholm, réalisatrice du très bon Egō, nous revient avec un film d’horreur maternelle, thématique transversale de plusieurs œuvres de ce NIFFF 2026. On devine un changement d’échelle dans son cinéma, avec le passage à l’anglais (majoritairement) et le recrutement d’un acteur identifié en la personne de Rupert Grint (alias Ron, dans Harry Potter). Le scénario est relativement simple, basé sur un couple incarné par Grint et Seidi Haarla (qui jouait dans le génial Compartiment n°6) bien décidé à changer de vie. Ils décident d’élever leur nouveau-né à la campagne et s’établissent alors dans une ancienne maison familiale, au cœur de la forêt finlandaise.
Le scénario n’est pas sans rappeler Mother ou, plus récemment et toujours avec Jennifer Lawrence, Die, My love. Le brio, quant à lui, s’est étiolé. Le film agace plus qu’il ne fait peur ou dérange, et l’examen scrupuleux des névroses familiales devient plus flou que dans son premier film. Niveau réalisation, Nightborn semble également s’être formaté… La photographie est passable mais plutôt neutre, certaines scènes tapent complètement à côté (on pense notamment à une scène de forêt qui fait très « Saule cogneur » du pauvre, pour rester dans la thématique Harry Potter). On en sortira avec l’impression de déjà commencer à l’oublier. Un long-métrage quelconque qui n’imprimera certainement pas sa marque dans cette cuvée 2026 du NIFFF.
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Sanguines
USA | Date de sortie : 31/07/2024 | Réalisation : Ti West |Compétition internationale
Film post covid par excellence, Sanguine mobilise les codes du body horror pour mieux dénoncer le burn-out du monde médical. Margot est interne en médicine urgentiste. Alors qu’elle subit de plein fouet la pression managériale, elle découvre de nouvelles pathologies inquiétantes chez sa patientèle. Incarnée par Mara Taquin que nous avons rencontrée au NIFFF, Margot est un personnage pour qui le corps est un exutoire. L’actrice belge livre une performance reposant intégralement sur le corps féminin martyrisé pour mieux soutenir la cadence infernale qu’imposent le cocktail classique du management et du capitalisme. A l’image de cette scène d’introduction au fastfood, où un employé pète les plombs, le corps est traité comme de la viande qu’on écrase négligemment sur le grill. Epreuve de résilience que le système préfère présenter sous le beau jour de la méritocratie, Sanguine couve une critique acerbe de notre époque. Sans pour autant égaler la subtilité du dernier Coralie Fargeat dont il puise une partie substantielle de ses idées graphiques, Sanguine marie suffisamment bien humour noir et horreur pour qu’on conseille vivement de soutenir sa sortie en salle prévue le 28 octobre.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Evil Dead Burn
USA | Date de sortie : 08/07/2026 | Réalisation : Sébastien Vaniček | Ultra Movies | Critique à lire ici
Si un bref texte d’après-séance vaut mieux qu’un long discours, n’hésitez tout de même pas à jeter un œil à l’article complet rédigé en direct du NIFFF sur Evil Dead Burn. Mais pour rester concis, il faut bien avouer que la version Vaniček (Vermines) de la saga se hausse aisément à la hauteur du sanguinolent volet d’Àlvarez sorti en 2013.
On peut regretter qu’Evil Dead, toujours couvé par Sam Raimi et Bruce Campbell (tous deux producteurs), ne s’offre pas plus de libertés et opte pour une photographie grisâtre assez dommageable à l’œuvre. Mais outre cela, Sébastien Vaniček délivre une sacrée tranche d’action horrifique, avec du gore qui tâche et un personnage féminin incarné par la géniale Souheila Yacoub, bien loin des clichés du genre. Evil Dead Burn ne rate pas sa cible et confirme un peu plus le réalisateur français qui, on l’espère, ne se fera pas manger par les studios hollywoodiens. Une très belle surprise de ce NIFFF 2026 !
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Hen
Afrique du Sud | Date de sortie : 08/2025 (Afrique du Sud) | Réalisation : Nico Scheepers | Compétition internationale
Film en noir et blanc, taiseux à souhait et slow-burn… Un gros piège programmé dans une salle étouffante et au sein d’une compétition foisonnante, avec des hordes de festivaliers en dette d’heures de sommeil ? Eh bien pas du tout ! Le film sud-africain réalisé par Nico Scheepers impressionne de suite par sa mise en scène, sa photographie en noir et blanc jouant subtilement avec les ombres et le contraste intérieur/extérieur, et un scénario qui se déplie comme une trappe tendue au spectateur.
S’il faudra nécessairement un second visionnage pour capter le sous-texte du long-métrage, explorant à coup sûr un non-dit colonial dans l’étrange contre-monde dystopique qu’il dépeint, Hen prend le spectateur à la gorge. Il faut dire que la violence crue de ses plans et le jeu d’acteur impressionnant du gamin (l’excellent Dawian van der Westhuizen) aident à une immersion totale et immédiate. Sur le papier, ce n’était pas le film le plus attrayant de la sélection. Il finit pourtant tout en haut du classement des œuvres vues durant cette 25e édition !
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Les Âmes en peine
France | Date de sortie : 06/07/2026 | Réalisation : Quarxx | Ultra Movies
Les âmes en peine, ce sont celles des spectateurs qui, après avoir adoré Pandemonium et ses trois récits indépendants, déchantent totalement devant la sortie de route qu’est ce long-métrage. Quarxx nous revient en effet avec un film de plus de deux heures, consacré à Jacob : mi-équarrisseur, mi-homme de foi, il parcourt la campagne pour tuer (lentement) les infectés du Mal Noir, une étrange maladie qui les change en zombies avides de chairs mortes. S’il est sadique avec ces infectés, il est tout aussi tyrannique avec sa fille et sa femme…
Malheureusement, Les Âmes en peine ne parviendra jamais à relier ses arcs narratifs, nous donnant l’impression d’être une couture grossière de plusieurs courts mal agencés. Pire, l’accumulation de clichés dans le scénario et dans l’écriture des personnages accouche d’un long-métrage réac’, d’un autre temps, où la caractérisation des personnages féminins est juste consternante. Le tout mâtiné d’une volonté de provoc’ d’un Gaspard Noé en descente de Prozac et d’un humour lourdingue oscillant entre du Dubosc et du Bigard, on peut dire qu’on n’a pas beaucoup apprécié Les Âmes en peine…
Nifffomètre de Mr Wilkes : (même pas un gâteau entier…)
Decorado
USA | Date de sortie : 31/07/2024 | Réalisation : Ti West | Compétition internationale
Le cinéaste espagnol Alberto Vázquez avec qui nous échangions à Annecy en 2022 reprend trait pour trait le style graphique de sa précédente fable, Unicorn Wars, pour proposer une nouvelle histoire toujours aussi sombre sur l’humanité. Derrière ses graphismes enfantins, Decorado est un film noir par excellence. Arnold, sans-emploi, décide d’arrêter de prendre ses pilules quotidiennes, censées maintenir la population laborieuse dans un état de félicité factice. Petit à petit, il voit naturellement son monde se déliter comme s’il était un simple élément du décor. Comme à son habitude, Alberto Vázquez puise largement chez des auteurs comme Orwell et Huxley sur lesquels on aurait décalqué une esthétique à la Happy Tree Friends. Un mélange des genres toujours aussi détonnant ! Decorado est un film subversif et diablement intelligent à réserver pour ceux qui ne craignent pas la dépression !
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Saccharine
Australie | Date de sortie : 03/06/2026 | Réalisation : Natalie Erika James | Compétition internationale
Une fille mal dans son corps, la promesse d’un remède miracle, le tout qui vire au cauchemar. Le concept de Saccharine est simple et dans la veine du body-horror à la sauce The Substance ou The Ugly Stepsister. Plus prometteur encore, c’est la réalisatrice du génial Relic qui s’y attaque, Natalie Erika James. Malheureusement, le film distribué en France par Shadowz peine à nous satisfaire totalement. Les plans sont léchés, les actrices toutes assez brillantes (à commencer par Midori Francis qui joue le personnage principal) et quelques idées horrifiques sortent du lot. Mais Saccharine se perd dans son accumulation de fils narratifs, jusqu’à perdre de vue (presque) totalement son côté horrifique. Son message se brouille, le final tombe à plat et les deux heures du long-métrage se font décidément bien sentir… Dommage, car élagué de toutes ses longueurs et recentré sur son concept principal, Saccharine aurait pu être une série B bien plus marquante.
Nifffomètre de Mr_Wilkes :
Fifteen
USA | Date de sortie : 31/07/2024 | Réalisation : Ti West |Compétition internationale | Critique à lire ici
En Amérique latine et tout particulièrement au Mexique, la quinceañera est une célébration populaire du passage à l’âge adulte des jeunes filles. Dans ce coming of age à la croisée des télénovelas et d’une série B ratée, deux amies inséparables voient leur amitié mise à rude épreuve, alors que l’une des deux tombe enceinte d’une créature surnaturelle. Malgré quelques ruptures de ton plutôt réussies sur la première moitié du métrage, Quince bascule vers le film réac avec un message puant. Comme un avant-goût du cinéma bolloréen qui nous attend, Quince aurait presque pu trouver sa place dans un festival catholique intégriste dédié au genre. Un film navrant qui n’abordera le désir féminin que sur le ton de la blague, comme si seul le rêve de princesse n’avait vocation à exister qu’au travers de la libido masculine. Oui on a vu un film prolife mexicain à Neuchâtel et on se demande encore comment il a bien pu être sélectionné au NIFFF.
Nifffomètre de KillerSe7ven:
Hokum
Irlande | Date de sortie : 29/04/2026 | Réalisation : Damian McCarthy | Compétition internationale
Après Oddity qui avait déjà fait suer le NIFFF, Damian McCarthy revient sur la croisette (moins glamour) de Neuchâtel pour présenter son dernier film d’horreur, Hokum. Un écrivain horrifique à la Stephen King (incarné par Adam Scott) se perd dans le fin fond de l’Irlande, où il veut disperser les cendres de ses parents. Il retrouve une auberge où ils avaient passé leur lune de miel et décide d’y dormir… Mal lui en a pris !
D’Hokum, il ne faut pas attendre autre chose qu’une session généreuse de train fantôme. On n’a ni affaire à du cinéma d’auteur pointu, ni à un renouveau du genre, bien au contraire. Mais Damian McCarthy pousse si loin sa maîtrise de la tension et son jeu avec les jumpscares que le visionnage du film ne peut être qu’ultra ludique. Personnages brillamment écrits, dialogues ciselés, humour bien senti et moments de tension irrespirables font filer les presque deux heures du long-métrage en un claquement de doigt. Si le scénario souffre de quelques facilités, on le lui pardonne aisément tant le ride est plaisant !
Nifffomètre de Mr Wilkes :
I Grew an Inch when my father died
Philippines | Date de sortie : 30/01/2026 | Réalisation : P.R. Monencillo Patindol | Third Kind
Critique express pour un film devant lequel nous avons fait un refus d’obstacle, la canicule et le fait de le voir en fin de festival n’aidant pas. Le réalisateur philippin P.R. Monencillo Patindol propose en effet un film ultra arty, jouant avec les monochromes de couleur dans une esthétique délavée assez stimulante. Malheureusement, le rythme très lent et l’histoire confuse sur fond de violence auront eu raison de nous. Ne reste plus qu’à (re)découvrir I grew an inch when my father died dans d’autres conditions et à tête plus reposée pour pouvoir proposer un avis plus éclairé.
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Imposters
USA | Date de sortie : 15/03/2026 | Réalisation : Caleb Philips | Compétition internationale
L’américain Caleb Phillips propose avec Imposters une histoire à mi-chemin entre Nightborn chroniqué plus haut, et Redux Redux découvert dans une édition précédente et désormais disponible sur Shadowz. En effet, un couple s’installe à la campagne pour élever leur progéniture (encore !), lorsque, durant une fête des voisins, leur enfant se fait enlever. Des semaines passent et la femme du couple finit par retrouver leur gamin sain et sauf. Sauf que le mari soupçonne de plus en plus que le bébé que sa femme a ramené n’est pas le leur…
Imposters est ultra-efficace, et propose une histoire de multivers (comme Redux Redux et comme une sacrée tripotée de films de la production actuelle) plutôt convenue mais très correctement réalisée. Sans spoiler, le long-métrage invoquera dans son parcours l’esthétique des backrooms et des espaces liminaux au profit d’une série de scènes très réussies et angoissantes à souhait. Si Imposters n’est pas plus qu’un film de divertissement très efficace, il est bien loin d’être un imposteur au sein de cette sélection du NIFFF 2026.
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Teenage Sex and Death at camp Miasma
Royaume-Uni, Canada | Date de sortie : 07/08/2026 | Réalisation : Jane Schoenbrun | Compétition internationale
Nous n’avions pas apprécié I Saw the TV Glow présenté dans la 23e édition du NIFFF, qui ne semblait que vouloir flatter nos instincts nostalgiques en inondant ses plans de néons et d’une vibe eighties essorée. Jane Schoenbrun fait un grand pas en avant avec ce Teenage Sex and Death at Camp Miasma, relecture queer et méta du règne du slasher qui s’inscrit dans sa trilogie des médias. Iel y présente une alter ego en la personne de Kris (Hannah Einbinder), réalisatrice intello qui souhaite, pour son second film, s’attaquer à la franchise de slashers cultes « Camp Miasma ». Pour ce faire, elle part rencontrer la final girl originelle du premier volet, incarnée par la géniale Gillian Anderson.
Très drôle et généreux autant dans ses effets gores que dans le cringe que Schoenbrun s’amuse à distiller dans les plans (paroxystiquement la longue scène d’un échange Zoom qui met à l’épreuve les zygomatiques), le long-métrage s’amuse à démembrer le genre du slasher et ses codes d’un autre temps. Jamais plombant, Teenage Sex and Death at Camp Miasma pourrait agacer par son côté certes un brin nombriliste et sa construction méta qui le rend de facto un poil artificiel. C’est sans compter sur son second degré ravageur qui en fait l’un des films queer les plus intéressants de la sélection !
Nifffomètre de Mr Wilkes :
Blood on Snow
Japon | Réalisation : Eisuke Naitō | Compétition asiatique
Eisuke Naitō propose avec Blood on snow une relecture du mythe de la femme des neiges. Thème classique de la J-Horror, inscrit dans un contexte de relation toxique où un couple et leur enfant se rend à la campagne au chevet d’un père atteint de démence. Si les plans sont plutôt bien soignés, la photographie travaillée pour parvenir à capter la blancheur glaciale qui innerve chaque plan et le design sonore intéressant, le film manque d’un souffle pour nous emporter totalement. Le scénario reste confus et la tension peinera à poindre dans les deux heures du long-métrage. Pas désagréable, pas marquant non plus, Blood on Snow ne laissera pas de trace (de sang) indélébile dans cette sélection asiatique du NIFFF 2026 !
Nifffomètre de Mr_Wilkes : 🎂🎂🎂
4 Tigers
Thaïlande | Date de sortie : 23/10/2025 | Réalisation : Khom Kongkiat Khomsiri | Compétition asiatique
Quatre truands bodybuildés, une femme fatale, un détective ripoux, il n’en faut pas plus à 4 Tigers pour nous embarquer dans son film de baston traversé d’un humour ravageur. S’il nous arrive emblématiquement de Thaïlande le cinéma d’auteur d’Apichatpong Weerasethakul et ses ambiances planantes oniriques, Khom Kongkiat Khomsiri propose l’exact opposé. Un film sans temps mort, énervé, calibré pour le box-office et la franchisation. On n’atteint pas des sommets de film de combat comme pour d’autres propositions de la sélection (exemplairement The Furious) et il n’évite pas quelques longueurs, mais 4 Tigers parvient assez savamment à embarquer son spectateur dans un film plus léger aux personnages ultra-attachants.
Nifffomètre de Mr Wilkes :
A Prayer for the Dying
Suède, Royaume-Uni, Grèce, Norvège| Date de sortie : 13/02/2026 | Réalisation : Dara Van Dusen | Third Kind
En 1870, le shérif d’une petite ville du Wisconsin se démène pour tenir sa bourgade, écartelée par la menace d’une maladie mortelle qui décime ses concitoyens. Dara Van Dusen propose un film désespéré, où l’on assiste, impuissant, à l’effondrement d’une communauté où éclosent les dilemmes moraux. Format resserré, photographie ultra travaillée, esthétique arty, A Prayer for the Dying dresse les contours d’un western apocalyptique assez saisissant. Tourné en Slovaquie, le long-métrage renouvelle le genre, en propose une lecture plus symboliste faisant s’affronter la perdition personnelle (éclatement familial), communautaire (la mort décime le village) et globale (un immense incendie menace) qui n’est pas sans rappeler notre propre condition… Une proposition assez impressionnante, surtout pour un premier long-métrage !
Nifffomètre de Mr Wilkes : 🎂🎂🎂🎂
Phi Phong : The Blood Demon
Vietnam| Date de sortie : NC | Réalisation : Quoc Trung Do | Compétition asiatique
Carton plein au box-office vietnamien, Phi Phong: The Blood Demon nous a quelque peu décontenancé. D’abord on a été un peu surpris de voir la projection estampillée du watermark du NIFFF pour tracer le destinataire. Ensuite, malgré quelques plans et une photographie particulièrement soignée par moments, le film souffle le chaud et le froid avec une narration chaotique qui nous a laissé sur le carreau. On se perd trop vite dans cette histoire de shamans et d’exorcisme où l’on peine à saisir les enjeux. Comme on dit dans le milieu, le Phi Phong, c’est pas très fifou…
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Gaua (The Night)
Espagne | Date de sortie : NC | Réalisation : Paul Urkijo Alijo | Compétition internationale
Au cœur du Pays basque du XVIIIème siècle, une jeune femme fuyant son mari qu’on devine violent s’enfonce dans une forêt obscure. Elle y rencontre trois vieillardes qui lui racontent des histoires locales. Le film de Paul Urkojo Alijo emprunte beaucoup au Labyrinthe de Pan et au meilleur de l’univers fantastique de Guillermo Del Toro. Chaque conte se suit avec délice et on se laisse emporter par des créatures originales loin des tropes du genre. Quand l’épilogue parvient subitement à relier chacune des histoires, le conte prend une dimension politique inattendue sur toile de sabbat. Habile manière de subvertir une simple histoire de sorcières en conte féministe, Gaua aurait mérité une place de choix au palmarès du NIFFF. Dommage qu’il soit parti bredouille.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Deadline
Hong Kong | Date de sortie : NC | Réalisation : Kiwi Chow | Third Kind
Plus que toutes les autres catégories, la sélection Third Kind a le goût du politique. Certainement l’un des films les plus amers de cette sélection, le film du Hong-Kongais Kiwi Chow a souffert de la censure dans son pays pour « atteinte à la sécurité nationale ». Et pour cause, le métrage ne laisse aucune place à l’espoir lorsqu’il dépeint le monde de la compétition scolaire dès le plus jeune âge. En plein préparatifs des examens de fin d’année d’un prestigieux lycée hong-kongais, une lettre anonyme vient casser tout l’équilibre précaire du système. Si les examens de sont pas annulés, un élève se donnera la mort.
Critique virulente du crédit social qui sévit chez le voisin chinois ainsi que du culte de la compétition, Deadline est un film corrosif qui ne cesse de prendre des virages inattendus. L’individualisme, vertu par excellence du système libéral, se heurte frontalement à l’impasse d’un système où chacun est victime de sa propre condition. A l’image d’une expérience de Milgram permanente, chaque revendication vient contaminer ceux qui se taisent. Un film brillant qu’on espère voir circuler en salles !
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Blades of the Guardian
Chine | Date de sortie : 17/02/2026 | Réalisation : Yuen Woo-Ping | Compétition asiatique
Le chorégraphe Yuen Woo-ping à qui l’on doit une partie des scènes d’action de Fist of Legend, Matrix ou encore Kill Bill, revient au wuxia avec un blockbuster populaire adapté du célèbre manhua éponyme. On y retrouve des archétypes de personnages monolithiques à la croisée du western et du film de samouraïs. Le film se savoure comme un bonbon avec des chorégraphies réussies sur la majeure partie du film. Si les éclairages auraient pu être plus travaillés pour ne pas donner ce côté cosplay aux costumes, on se laisse embarquer par sa légèreté et ce ton guilleret où l’action ne souffre jamais d’aucun temps mort. Du divertissement tout ce qu’il y a de plus honnête et réjouissant !
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Eega
Inde | Date de sortie : 28/00/2026 | Réalisation : S.S. Rajamouli | Focus SS Rajamouli
On ne présente plus S.S.Rajamouli, légende du cinéma indien, symbole malgré lui du NIFFF où chaque avant-séance du festival a droit à son « Bahubali » repris en chœur par les spectateurs. Le cinéaste était invité d’honneur de cette 25ème édition du NIFFF. Pour l’occasion, le festival avait programmé sa filmographie avec Eega, certainement l’un de ses films les plus barrés de la filmo du réal. Et pour cause, ce n’est pas tous les jours qu’on suit les péripéties d’un jeune homme assassiné et réincarné… en mouche. 145 minutes de film ponctuées de scènes toutes plus improbables les unes que les autres. Avec du recul et un certain sens de la dérision, on s’amuse face à cette farce improbable où une jeune femme est coincée entre deux stalkers de niveau international, interrogeant (une fois n’est pas coutume) le goût du cinéma indien pour les tropes les plus sexistes. Eega aura aussi lancé un grand débat chez quelques festivaliers alcoolisés qui s’interrogeaient à la buvette pour savoir si Eega était un film féministe (anecdote authentique). Chers lecteurs, rappelons que l’abus d’absinthe est déconseillé pour la santé !
Nifffomètre de Killerse7ven et Mr Wilkes :
Light Pillar
Chine | Date de sortie : NC | Réalisation : Xu Jingwei | Compétition asiatique
Dans la série « Bonjour tristesse », Light Pillar occupait une place de choix au NIFFF. Dans un futur où les relations humaines ne se consomment plus qu’au travers d’un casque de réalité virtuelle, un concierge se perd dans les limbes du numérique. Même son chat semble dubitatif lorsqu’il se perd dans le monde virtuel où il fait la rencontre d’une jeune femme. Difficile de produire un film plus froid : Light Pillar entretient une ambiance clinique où l’économie des mots vise à laisser place à une poésie du non-évènement permanent. Alternant entre des phases d’animation traditionnelle et séquences filmées en argentique, le film du cinéaste chinois Xu Jingwei tenait une idée originale qu’il n’a pas su exploiter jusqu’au bout. Malgré quelques bonnes idées de mise en scène, le film nous a quelque peu épuisé par sa lenteur dont l’écueil consiste à le confondre systématiquement avec le mot « poésie ».
Nifffomètre de KillerSe7ven : 🍰
You are the film
Japon | Date de sortie : NC | Réalisation : Makoto Ueda | Compétition asiatique
Présenté en compétition asiatique, You are the film était l’un des films les plus audacieux de la sélection sur le papier. Madoka écrit des pièces de théâtre, Kazuma est musicien. Quand tous deux décident d’aller au cinéma, ils découvrent qu’ils peuvent interagir à travers l’écran. Avec ce dispositif méta plein de malice, le cinéaste japonais décline son concept jusqu’à l’épuisement. Malgré un concept génial, Makoto Ueda se jette trop facilement dans un épilogue « kamoulox » un peu facile par rapport à tant d’ingéniosité lors de la première partie du film tellement plus inspirée. Un bon moment néanmoins mais comme le sentiment d’être passé à côté de son sujet initial.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
The Furious
Japon | Date de sortie : 10/06/2026 | Réalisation : Kenji Tanigaki | Compétition asiatique
Face à un gang de criminels particulièrement méchants, un immigré muet et un journaliste mystérieux particulièrement gentils s’allient pour aller faire le ménage suite au kidnapping d’une fillette. Avec son scénario classique de chez classique, The Furious parvient pourtant à surprendre par ces chorégraphies très aériennes. Les combats sont d’une fluidité à toute épreuve et The Furious se distingue par ses scènes de castagnes en équipes. L’un des acteurs s’est même inspiré du style de ce bon vieux Donkey Kong. Sans révolutionner la formule et dépasser des modèles du genre comme The Raid 2 ou City of Darkness, The Furious est un film familial savoureux.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Mi Amor
France | Date de sortie : 06/05/2026 | Réalisation : Guillaume Nicloux | Third Kind
En 2022, le film La Tour avait suscité une avalanche de critiques virulentes sur les réseaux sociaux sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi verser tant de haine pour un film sympathique mais perfectible. Trois ans plus tard, c’est nous qui sommes sortis désarçonnés par cette projection qui cochait à peu près toutes les cases de la crise de la cinquantaine. Ce qui se passe aux îles Canaries reste aux îles Canaries nous souffle-t-on avec de gros sabots. On retrouve Benoît Magimel dans le rôle d’un vieux briscard cassé par les années (et les litres de gnôle), figure trouble qui aide Romy (Pom Klementieff) pour ses beaux yeux de femme fragile. Le film multiplie les pistes avec la maladresse d’un phacochère un soir de rut, le tout pour se solder par un épilogue qui vient confirmer nos doutes sur un scénario calibré sur quelques vieux fantasmes rabougris.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Colony
Corée du sud | Date de sortie : 27/05/2026 | Réalisation : Yeon Sang-ho | Film de clôture
Quel plaisir de retrouver Sang-ho Yeon au niveau du Dernier train pour Busan. Lors d’un congrès de biotechnologie, une contamination soudaine plonge un gratte-ciel de Séoul dans le chaos total. On retrouve la logique du confinement des premiers films de Romero mariée à celle des infectés de Danny Boyle. Sang-ho Yeon réussit à renouveler la grammaire des films d’apocalypse avec ingéniosité. Chapeau bas pour les scènes avec les infectés qui cavalcadent à toute allure à quatre pattes ! Rythmé du début à la fin comme l’exige le cinéma sud-coréen, Colony ne manque pas de nous surprendre en poussant tous les curseurs à fond, quitte à donner le sentiment que l’ennemi calqué sur le blob triche, tellement son évolution fulgurante dépasse toute logique humaine.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Histoire de la nuit
France | Date de sortie : 16/09/2026 | Réalisation : Léa Mysius |Third Kind
Le souci du home invasion c’est souvent qu’il peine à s’affranchir de l’héritage pesant de son maître Haneke. Une fois n’est pas coutume, Histoire de la nuit de Léa Mysius tombe dans le même piège. Dans un petit village paumé, le foyer familial va être mis à rude épreuve face à l’arrivée de visiteurs pour le moins inattendus. Malgré un casting haut en couleur qui réunit Monica Bellucci, Hazia Herzi, Benoit Magimel et une petite fille jouée par Tawaba El Gharchi qui ferait presque oublier ce palmarès XXL, Histoire de la nuit ne convainc pas complètement. Léa Mysius pousse les curseurs du malaise à un niveau trop convenu pour qu’on puisse vraiment se soucier du sort de ses personnages. Dommage car tous les acteurs semblent donner le meilleur d’eux-mêmes. Un film trop classique pour surprendre et pas assez osé pour déranger le spectateur. Quitte à regarder un home invasion novateur, préférez lui l’excellentissime Speak No Evil.
Nifffomètre de KillerSe7ven :
The Holy Boy
Italie| Date de sortie : 02/09/2026 | Réalisation : Paolo Strippoli | Compétition internationale
C’est à la Mostra de Venise 2025 qu’on avait découvert The Holy Boy. Réalisé par Paolo Strippoli qu’on avait déjà interviewé pour son précédent film Flowers, son nouveau long-métrage développe encore son thème fétiche, celui de la contagion de la violence. Dans un village où la douleur et le regret sont soignés par un jeune prodige, l’irruption d’étrangers va menacer ce fragile équilibre. Un peu moins flamboyant et surprenant que son dernier métrage, The Holy Boy déploie tout l’attirail de la cruauté et de l’égoïsme humain. Un film sympathique mais qui aurait gagné à faire preuve de plus de folie, surtout pour ceux qui connaissent ses précédents films. Plus sage que Flowers, The Holy Boy rechercherait-il à dépasser la violence pour retrouver la paix ?
Nifffomètre de KillerSe7ven :
Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.
Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.
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