Egō est un peu la surprise que tout le monde attendait à Gérardmer. Avec son alléchant synopsis, le premier long métrage d’Hanna Bergholm laisse difficilement indifférent. Tinja a 12 ans. Sa mère la pousse à faire de la gymnastique jusqu’à poursuivre un perfectionnisme malsain. Une nuit, la jeune fille va faire la découverte d’un œuf étrange, qu’elle va cacher, puis couver jusqu’à l’éclosion d’une inquiétante créature Alli. Nous avons pu échanger avec Hannah Bergholm juste avant que son film ne soit couronné du grand prix du jury et celui du jury jeune à Gérardmer. Retour sur cet ovni qui renouvelle le film de genre par son approche métaphorique des névroses familiales.  

Interview d'Hanna Bergholm au festival de Gérardmer

«J'espère que votre vie est aussi superbe que la nôtre »

Ego - Sophia Heikkilä dans le rôle de la mère de famille maniaque

Ego s’inscrit dans la veine de ces films fantastiques où l’horreur surgit en pleine lumière. Loin du brouillard qui règne dans She Will, Hanna Bergholm préfère présenter un monde trop idyllique pour être vrai. Une mère au brushing parfait et à la dentition étincelante pourrait être tout droit sortie d’un foyer américain qui concourrait au titre de la famille idéale. Le choix des couleurs frappe de prime abord avec un recours massif à des tons qu’on oppose volontiers : le bleu contre le rose. 

Un pull cardigan rose qui pend benoitement sur les épaules d’un père effacé ou Tinja toujours en pardessus de gymnastique bleue tranche comme le vilain petit canard au milieu d’une chambre aux clichés de barby-girl avec ces papiers peints aux motifs de roses. « Nous avons tourné en Lettonie et pas en Finlande. D’un point de vue finlandais, on pense reconnaître la Finlande mais on sent que quelque chose n’est pas normal. On voulait créer un monde qui pouvait exister un peu n’importe où en Occident. » nous raconte la réalisatrice.

« Je voulais créer un monde unique dans le film, un monde que l'on pourrait trouver n'importe où dans le monde. Dans ce film, le suspense ne se déroule pas dans l'obscurité, mais dans des pièces aux couleurs pastel »

Hanna Bergholm

Dès qu’on découvre la créature, le film renverse très vite ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. Le monstre n’est monstrueux qu’à partir du moment où il nous ressemble. Alli est une part de Tinja comme du refoulement de sa propre mère. Si la perspective est toujours celle de Tinja, Egō contribue à générer le malaise en entretenant la confusion entre la réalité du monstre et sa figuration évidente. Le monstre se devait d’exister physiquement comme si la névrose devait trouver corps où s’exprimer. Par le biais d’Alli, Tinja peut autant extérioriser ses craintes que donner de l’amour à son double. Comme un manque à combler, Alli trouve refuge dans son placard ou sous son lit. N’est pas le monstre celui qu’on croit. Tinja vomit son mal-être pour nourrir Alli. Le caractère organique de l’ensemble est amplifié par le recours à des animatroniques plutôt qu’à des images de synthèse.

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« Ce que nous avons déterminé dès le début, le scénariste et moi, c’est que la mère devait être la méchante du film »

Hanna Bergholm

Egō réussit à dessiner sa propre voie dans les films fantastiques de genre par un formidable jeu d’acteur de Siiri Solalinna (Tinja) qui a endossé un personnage schizophrénique tout au long du tournage. Une belle prouesse pour un tout premier rôle sensible et délicat à incarner. Quand sa mère lui confie odieusement ses infidélités le sourire aux lèvres, le regard de l’enfant qui voudrait combler sa mère s’emplit de tristesse, sans même que la mère ne ressente un seul instant cette déception, trop obnubilée par sa propre personne, elle-même prisonnière d’une vie nulmérique vide.

« Tinja a peur que sa mère pense qu'elle est comme Alli le monstre : une créature difforme, repoussante, imprévisible et collante que personne ne peut aimer. Alli le Monstre est aussi quelque chose que la mère craint de voir en elle »

Hanna Bergholm

Au fond, « La mère parle davantage à son écran qu’à sa propre fille » révèle Hanna Bergholm. Miroir d’une société qui se regarde à vide avant de vivre, Egō est un puissant plaidoyer fantastique en faveur de la révélation du sujet. Sortie programmée le 27 avril en blu-ray, DVD et VOD.

Hanna Bergholm - Réalisatrice et scénariste

Hanna Bergholm est une réalisatrice et scénariste finlandaise. Elle est diplômée en 2009 de l’Université d’art et de design d’Helsinki avec une maîtrise en réalisation cinématographique. Elle a réalisé des courts métrages primés à l’échelle internationale ainsi que des séries télévisées. Son dernier court-métrage d’horreur, Puppet Master, a été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux, dont le Fantasia Film Festival de Montréal 2018, le Fantastic Fest d’Austin 2018 et le MoMA Museum of Modern Art New York 2019. Egō est son premier long métrage récompensé cette année à Gérardmer. Une réalisatrice à suivre !

Critique vidéo - Egō

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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[…] 2022, Post Mortem était le nouvel esporir de la Hongrie. Ce sera finalement Ego (lire notre critique et voir notre interview) qui sortira primé des […]

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