Que ce soit en magasin, dans les vidéo clubs ou médiathèques, les rayons DVD/Blu-ray sont bien plus qu’un catalogue physique. Choisir un film dans un bac, c’est également un moment d’échange et de partage. Il vous suffit de croiser un regard, de sortir quelques mots, et une très longue discussion passionnée peut aussitôt en découler. Désirant reproduire ce genre de rencontre, l’association La Prochaine Séance vous propose une émission, Mag.7, ayant pour but de mettre en avant certains titres, aussi cultes qu’oubliés, et laisser la parole aux personnes pour qui le cinéma est une part importante de leur vie.
C'était la prochaine séance !
Mag.7 est un podcast, produit et diffusé par l’association blésoise La Prochaine Séance. Le principe est simple : en collaboration avec les bibliothèques d’Agglopolys de la ville de Blois, l’animateur Étienne invite des personnes à déambuler dans le service musique-cinéma et jeux vidéo des lieux et d’y choisir des DVD. Plus précisément sept films, séries, documentaires ou concerts – sept correspondant à la capacité d’emprunt proposée par la bibliothèque – pour ensuite évoquer au micro leur sélection. Une émission mensuelle basée sur le partage et la passion du 7ème art, et cherchant à mettre en valeur la qualité et la quantité de films disponibles dans les bibliothèques publiques, le tout accessible pour des montants modestes, voire totalement gratuits dans certaines collectivités.
Encore un peu de Mauvais Tours ?
Étienne semble impatient de retourner au Festival Mauvais Tours, dont la nouvelle édition se tiendra du 15 au 18 octobre prochains pour célébrer les Cinémas de l’Imaginaire. Ne tenant plus en place, il invite au micro du Mag.7 Yohan Inza, référent du jury jeune. En leur compagnie, laissez‑vous porter par une sélection qui couvre le cinéma américain, des années 70 jusqu’à la décennie 2010.
Nous profitons de cet article pour remercier le groupe Ultramoderne de nous avoir prêté leur titre Lacrimosa Bernard pour le générique de fin de cet épisode.
Gremlins (1984)
Nationalité : États-Unis – Genre : Fantastique, Horreur, Comédie – Réalisateur : Joe Dante – Distribution : Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Frances Lee McCain, Dick Miller…
Édition DVD : France | Warner Bros. | 6 février 2008 – Édition Blu-ray : France | Warner Bros . | 21 octobre 2009 – Édition 4K Ultra HD : France | Warner Bros. | 2 novembre 2023 – Plateformes de diffusion : VIVA, Pahé Home, PremiereMax, Rakuten TV, Orange, Canal VOD et SOONER
Le pitch : Rand Peltzer offre à son fils Billy un étrange animal : un Mogwai. Son ancien propriétaire l’a bien mis en garde : il ne faut pas l’exposer à la lumiere, lui éviter tout contact avec l’eau, et surtout, surtout ne jamais le nourrir apres minuit… Sinon…
Avis de La Prochaine Séance (Mia) : Un inventeur incompris cherche un cadeau de Noël pour son fils. C’est dans la boutique d’un vieil antiquaire chinois qu’il trouve son bonheur et repart avec une boîte, qui renferme une étrange créature soumise à trois règles strictes : pas de lumière vive, pas d’eau et surtout pas de nourriture après minuit. Le non-respect de ces règles pourrait bien transformer le cadeau parfait en parfait cauchemar…
Gremlins est un beau mélange des genres, entre film de Noël, comédie, fantastique, horreur et drame. On rit tout au long du film des ravages que subit la petite ville de Kingston Falls, mais les Gremlins ne sont pas de simples petits farfadets venus saccager pour notre seul bonheur. Ils viennent défenestrer la tradition classique des films de Noël et défoncer l’ordre de cette petite ville américaine à grands coups de chasse‑neige. Les Gremlins sèment la pagaille dans le monde très codé de Kingston Falls, mais aussi dans celui du cinéma. La caméra semble être la seule à pouvoir contenir ces créatures dans son cadre, en les isolant dans des gros plans et en raccordant le chaos qu’elles provoquent. Et encore : dans la suite réalisée en 1990, le film est littéralement attaqué par les Gremlins, qui emmêlent la pellicule, déchirent l’écran et réclament la projection de Blanche‑Neige. Ils envahissent ainsi l’espace du spectateur. Ce tour de force est l’un des rares points positifs de Gremlins 2, qui a quelques trouvailles mais reste globalement catastrophique.
Mais que sont vraiment ces petites terreurs ? Leur représentation, leurs activités et les répliques finales du vieux marchand chinois nous mettent sur une piste : les Gremlins représenteraient la jeunesse turbulente des années 70‑80. Un discours sur l’adolescence qui met en comparaison un enfant rationnel, Gizmo, dont le seul vice est d’aimer la télévision, et d’autres dans l’excès, les Gremlins, qui expérimentent tous les travers et ne s’expriment que par la violence, menés par « la Mèche », caractérisé par une coupe punk. Mais est‑ce vraiment cette jeunesse violente que critique le film, ou au contraire la société traditionnelle contre laquelle elle réagit et qu’elle réforme à sa manière ? Le problème des Gremlins n’est pas seulement leur tempérament destructeur : c’est surtout leur éducation, car comme le dit le vieil antiquaire à la fin, il faut être prêt à prendre cette responsabilité. Ce sont les lacunes de l’éducation et la violence de la société qui ont rendu cette jeunesse violente, et c’est donc par la violence que la jeunesse va tenter de trouver des solutions.
Terminator 2: Le Jugement dernier (1991)
Titre VO : Terminator 2: Judgement Day – Nationalité : États-Unis – Genre : Action, Thriller, Science-fiction – Réalisateur : James Cameron – Distribution : Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong, Robert Patrick, Joe Morton…
Édition DVD : France | Studiocanal | 17 octobre 2001 – Édition Blu-ray : France | Studiocanal | 23 septembre 2008 – Édition 4K Ultra HD : France | Studiocanal | 05 décembre 2017 – Plateformes de diffusion : PremiereMax, VIVA, Pathé Home, Orange, Canal VOD, SOONER et Rakuten TV
Le pitch : En 1997, les survivants de l’apocalypse nucléaire poursuivent une guerre sans merci contre les robots et machines qu’ils ont eux-mêmes créés. Pour en finir avec John Connor qui dirige la résistance des hommes, deux « cyborgs » sont envoyés dans le passé. Leur mission : abattre Connor enfant. Le premier modèle de la série « Terminator » a échoué en 1984. Le second, modèle plus performant en liquide métamorphosable, se lance à la poursuite de l’enfant et de sa mère, Sarah, dans les années quatre-vingt-dix. De leur côté, les hommes du futur ont envoyé dans le passé un Terminator chargé de protéger le jeune Connor. Le duel des robots va prendre alors des allures titanesques. Et, tandis que l’enfant enseignera à ce Terminator des rudiments d’humanité, sa mère tentera par tous les moyens d’empêcher la création des premières machines intelligentes…
Avis de MaG (le loup celeste) : Après le classique du cinéma d’action et d’anticipation des années 80 qui ancra le Terminator (personnage mythique du 7e art) dans l’imaginaire collectif, voici le monument de la science-fiction qui révolutionna la technique des SFX (l’ère du numérique) en repoussant les limites du possible. Aux confins du paradoxe temporel, ce véritable « monstre » du cinéma à très grand spectacle est encore aujourd’hui un modèle absolu du genre. Je sais désormais pourquoi vous pleurez…
Avis de La Prochaine Séance (Aurélie) : Si Terminator pose les bases de la guerre contre les machines et la possibilité d’un voyage dans le temps, il n’en est pas moins davantage un film d’action qu’un pur film de science‑fiction. C’est incontestablement avec Terminator 2: Le Jugement Dernier que nous entrons réellement dans un film de SF, avec sa vision pré‑apocalyptique de la destruction d’une majeure partie de l’humanité.
Le film conserve son identité de film d’action : les courses‑poursuites et les combats sont régulièrement présents et haletants. D’autant plus que, cette fois‑ci, l’ennemi dispose de nouvelles ressources. Notre cyborg préféré, incarné par Arnold Schwarzenegger, répond à l’appel, mais dans le rôle du protecteur de John Connor. À ses côtés, il va apprendre les notions du bien et du mal, et apporter un élan d’espoir dans la vision du futur de Sarah Connor. John n’est alors qu’un enfant, mais nous comprenons rapidement en quoi ses valeurs font de lui l’un des plus grands combattants contre les machines et le principal espoir de l’humanité. Le Jugement dernier s’ancre dans la science‑fiction avec l’apparition du T‑1000, androïde fait de métal liquide. Cette matière lui permet d’adapter son apparence en prenant celle d’une autre personne, ou de modifier seulement une partie de son corps pour en faire des armes redoutables.
Terminator 2 permet un constat sur l’évolution rapide des effets spéciaux. Là où le premier film se montre novateur en 1984 avec la présence de robots humanoïdes, en moins de sept ans James Cameron et ses équipes réalisent des prouesses techniques, pour lesquelles le film recevra plusieurs récompenses, dans la mise en place d’effets spéciaux convaincants. Comme la création du T‑1000 et ses multiples métamorphoses par le biais du morphing, ou l’utilisation de l’image de synthèse. Comme quoi son réalisateur a toujours poussé plus loin pour réaliser ses rêves… ou ses cauchemars ! (Vous l’avez ?)
Boulevard de la mort (2007)
Titre VO : Death Proof – Nationalité : États-Unis – Genre : Action, Thriller – Réalisateur : Quentin Tarantino – Distribution : Kurt Russel, Rosario Dawson, Zoë Bell, Sydney Tamiia Poitier, Vanessa Ferlito…
Édition DVD : France | TF1 studio | 6 décembre 2007 – Édition Blu-ray : France | TF1 studio | 3 décembre 2009 – Plateformes de diffusion : Canal VOD, Orange, Pathé Home, PremiereMax et VIVA
Le pitch : C’est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d’Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce trio infernal, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l’attention dont ces trois jeunes femmes sont l’objet n’est pas forcément innocente…
Avis de La Prochaine Séance (Aurélie) : J’ai bien aimé Boulevard de la mort, mais surtout sa première partie. J’ai tout de suite accroché à son style de vieux film, avec la pellicule abîmée, qui donne beaucoup de charme et une vraie ambiance. Nous suivons un groupe de filles dans un bar, puis l’arrivée de cet homme inquiétant fait monter la tension jusqu’à une scène finale digne d’un bon film d’horreur. Cette entrée en matière est, pour moi, la meilleure partie du film. Celle où nous proclamons haut et fort : « Mais quel est ce co***d ? Je vais adorer ! ».
Le film trouve sa faiblesse dans la redondance de sa thématique. Les scènes ressemblent davantage à un road trip qu’à un film d’horreur, et j’ai été frustré de perdre le charme de sa première partie, que ce soit en termes d’ambiance, de visuel, d’intérêt des personnages, mais aussi dans la prévisibilité des événements. Toutefois, le film se rattrape dans sa dernière partie : il surprend et renverse la situation en redevenant un film qui nous tient en haleine, lui redonnant un véritable air de film d’horreur. Tout en abordant des sujets d’actualité, un titre qui pourrait s’inscrire dans l’époque #MeToo.
Apocalypse Now (1979)
Nationalité : États-Unis – Genre : Drame, Guerre – Réalisateur : Francis Fort Coppola – Distribution : Martin Sheen, Frédéric Forrest, Robert Duvall, Albert Hall, Dennis Hopper, Harrison Ford, Marlon Brando…
Édition DVD : France | Paramount Pictures France | 9 novembre 2000 – Édition Blu-ray : France | Pathé | 27 avril 2011 – Édition 4K Ultra HD : France | Pathé | 25 septembre 2019 – Plateformes de diffusion : SOONER, Arte Boutique, Orange, Canal VOD, Viva, Pathé Home et PremiereMax
Le pitch : Au cœur du conflit vietnamien, Apocalypse Now suit l’épopée du Capitaine Willard chargé par ses supérieurs de retrouver le Colonel Kurtz, un ancien béret vert régnant sur une armée de fanatiques quelque part au-delà de la frontière cambodgienne.
Avis de MaG (le loup celeste) : Ce film de guerre (Palme d’or à Cannes en 1979) tout sauf orthodoxe inspiré librement du roman Heart of Darkness de Joseph Conrad, est une œuvre magistrale et dérangeante sublimée par une réalisation fabuleuse et parsemée de fulgurances pop (l’ouverture où le bruit des pales d’hélicoptère est mixé avec le cultissime The End des Doors) et autres morceaux de bravoure anthologiques (l’attaque du village vietnamien par le 7ème de cavalerie aéroportée au son de La Chevauchée des Walkyries de Wagner), qui s’apparente au voyage psychédélique d’un homme (un Officier) en quête de lui-même, dans une période où les idéologies de l’Amérique apparaissent comme des mensonges. Un chef-d’œuvre !
Avis de La Prochaine Séance (Mia) : Adaptation de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, montée sur fond de guerre du Vietnam, Apocalypse Now suit l’odyssée du capitaine Willard, chargé de trouver et tuer le colonel Kurtz, un soldat prodige devenu fou.
Tout comme The End des Doors qui l’accompagne, Apocalypse Now est un film poisseux, une descente en enfer qui nous envoûte, cauchemar fiévreux d’une guerre absurde où règne la folie. La folie du soldat traumatisé qui ne peut plus vivre sans le champ de bataille, la folie des « costards‑cravates » qui dirigent la guerre comme un jeu, la folie des trop jeunes recrues et des trop vieux commandants, la folie d’une mission impossible, la folie du gourou Kurtz et de ses disciples, la folie d’un ennemi invisible, la folie sous acides et sous Hendrix. La folie d’une guerre sans sens dont les fous sont à la fois les pions et les rois. La caméra de Coppola adopte ces folies, ces peurs, cette tension.
Dès l’ouverture explosive du film, le cadre est posé et le réalisateur montre sa maîtrise du montage, de l’image et du son. La cithare de The End résonne comme une onde de choc, et sa mélodie, se mêlant au son des pales qui fendent l’air, nous entraîne dans cette ambiance poisseuse de la folie. Le son dans toute sa dimension (bruits, voix, musique mais surtout silence) est une partie essentielle du film. Pour Apocalypse Now, Coppola crée le premier système de sonorisation en cinq points (qui mènera au son Dolby que l’on connaît aujourd’hui) afin de jouer sur la spatialité du son et d’enrichir l’immersion du spectateur. Et, quand on observe, on se rend compte que toutes les séquences devenues cultes reposent sur le son : réplique culte de l’odeur du napalm au petit matin, explosion et pales des hélicoptères, B.O magistrale qui passe des Doors à Wagner…
L’ambiance du film et la folie des personnages sont parfaitement portées par les acteurs, qui excellent dans leurs rôles : Martin Sheen, Frederic Forrest, Albert Hall, Robert Duvall, Sam Bottoms, Laurence Fishburne (qui a menti sur son âge pour obtenir le rôle), Dennis Hopper et enfin Marlon Brando. Marlon Brando, grande star du film… mais qu’on ne voit presque pas ! La force du gourou, c’est le mythe : le colonel Kurtz reste invisible à ses fidèles et au spectateur. Un contrôle magistral de la lumière, au clair‑obscur tranchant, noie Kurtz dans l’obscurité. Coppola utilise l’aura que dégage Marlon Brando : on ne le voit pas, on le devine. On ne l’entend pas, on reçoit ses diktats. Kurtz appartient plus à la divinité tyrannique qu’à la folie humaine. Et peut‑on tuer un dieu ? Les notes de The End retentissent de nouveau, la folie est à son apogée.
« This is the end. Beautiful friend. This is the end… »
Bad Lieutenant (1992)
Nationalité : États-Unis – Genre : Polar, Drame – Réalisateur : Abel Ferrara – Distribution : Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo, Paul Calderon, Leonard L. Thomas…
Édition DVD : France | Wild Side Video | 21 septembre 2004 – Édition Blu-ray : France | Wild Side Video | 1 septembre 2014 – Plateformes de diffusion : Arte boutique, PremiereMax et VIVA
Le pitch : Un flic pourri et drogué accumule les dettes. Lorsqu’une nonne est violée par deux hommes dans une église, celle-ci place une récompense sur la tête des deux criminels. Le Lieutenant voulant payer les dettes qui mettent en danger sa propre vie, décide de rechercher les criminels, tel un chasseur de primes. Sa descente aux enfers ne verra plus de fin…
Avis de La Prochaine Séance (Aurélie) : Bad Lieutenant, conformément aux habitudes d’Abel Ferrara, est un film dur et dérangeant qui suit un lieutenant de police ayant perdu tout repère moral. Au lieu de faire respecter la loi, il abuse de son autorité pour voler, se droguer, jouer de l’argent et manipuler les autres, prêt à tout pour échapper aux conséquences de ses actes.
À travers ce personnage, qui devrait pourtant incarner l’intégrité, mais aussi les individus qu’il côtoie, Ferrara dresse le portrait d’une humanité rongée par la corruption et la déchéance. Dans cet univers noir, aucune âme ne semble pouvoir être sauvée, et même les croyances religieuses paraissent vaines. Pourtant, c’est peut‑être là que réside toute la force du film : en nous donnant l’impression que tout est perdu, le réalisateur finit par suggérer qu’une lueur d’espoir peut subsister, même dans les situations les plus désespérées.
Malgré cette ouverture, Bad Lieutenant reste une œuvre profondément inconfortable. La violence, la sexualité et les actes moralement répréhensibles de personnages en pleine chute rendent le visionnage éprouvant. Ferrara livre ainsi un film sombre, parfois choquant, qui oblige le spectateur à affronter la part la plus obscure de l’être humain.
Hostiles (2017)
Nationalité : États-Unis – Genre : Drame, Western, Aventure – Réalisateur : Scott Cooper – Distribution : Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adam Beach, Ben Foster…
Édition DVD : France | Metropolitan Film & Video | 18 juillet 2018 – Plateformes de diffusion : Cinemasalademande, Canal VOD, SOONER, VIVA, Orange et PremiereMax
Le pitch : En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple. Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.
Avis de MaG (le loup celeste) : Loin du moindre manichéisme, ce western mélancolico-crépusculaire taiseux au ton solennel, à la reconstitution minutieuse, au casting habité, à la mise en scène méditative, au périple lent (mais pas ennuyeux) et à la violence sèche, est un grand film humaniste qui renoue avec les codes du genre pour mieux parler du poids des remords (les personnages sont prisonniers de leurs propres culpabilités). Émouvant et profondément réflexif.
Avis de La Prochaine Séance (Sébastien) : Dans l’histoire du 7ᵉ art, il faut au moins compter deux périodes clés en ce qui concerne les westerns hollywoodiens. Bien évidemment, nous avons l’âge d’or du genre dans les années 50‑60, qui a marqué bon nombre de cinéphiles avec ses célébrités (John Wayne en tête) et ses propres codes cinématographiques. Mais il est important de prendre aussi en considération les années 80‑90. Ces dernières ont, en effet, contribué à faire revivre le western, mais en le déconstruisant. Ne serait‑ce que par les réalisations de Clint Eastwood, mythique figure du genre, qui se sont amusées à casser l’image du héros solitaire (Pale Rider, Impitoyable). Je pense également à des cinéastes tels que Jim Jarmusch (Dead Man) ou encore Kevin Costner (Danse avec les loups), qui ont voulu briser l’image manichéenne que le cinéma se faisait des Natifs américains : les « méchants » contre les « gentils Hommes Blancs ». Certains titres tels que Little Big Man peuvent même être considérés comme précurseurs sur le sujet.
Mais depuis ces grandes époques, le western est malheureusement tombé en désuétude. Certains projets ont certes continué de voir le jour, mais peu ont su recréer l’engouement d’antan… à moins de s’appeler Quentin Tarantino et d’enchaîner Django Unchained et Les Huit Salopards. Entre les remakes (3h10 pour Yuma, True Grit, Les 7 Mercenaires), les échecs commerciaux (Les Disparues, The Homesman, Horizon: An American Saga) et les direct‑to‑video (Seraphim Falls, Bone Tomahawk), le genre passe quelque peu à la trappe ces dernières décennies. Même si certains titres, comme celui des frères Coen, connaissent une certaine notoriété critique et commerciale, nous sommes encore loin des références en la matière. Et de ce fait, des films passent inaperçus aux yeux du public, comme Hostiles de Scott Cooper.
Armé d’un budget de 39 millions de dollars, le film n’est pas parvenu à rentabiliser ce dernier, ses recettes mondiales s’élevant à moins de 36 millions. Comme tant d’autres, Hostiles tombe dans l’oubli alors que le titre mérite toute notre attention. Avec son casting cinq étoiles, l’ensemble se présente comme un western crépusculaire dont l’intérêt n’est pas de respecter les codes ou de s’amuser avec un lot de fusillades. L’ambition du film est clairement ailleurs. Ce dernier renoue même avec la déconstruction du « méchant Natif », mais en la creusant encore plus profondément. En contant le périple de soldats devant accompagner un chef de guerre cheyenne mourant, Hostiles fait s’affronter deux mondes à première vue différents, mais qui s’avèrent être le reflet social l’un de l’autre. En effet, le titre brise cette barrière entre le bon et le mauvais, et s’aventure dans une zone d’un gris absolu.
Les Blancs ne sont plus les gentils et les Natifs les méchants… ou inversement. Chaque clan possède aussi bien sa part de bonté que ses individus dangereux. Par ce postulat, Hostiles tend à casser les préjugés qui voudraient qu’une personne soit définie par ses racines ethniques ou culturelles. Un message fort dont le film tire toute sa puissance, et qui résonne encore aujourd’hui, ne serait‑ce que pour critiquer l’amalgame que beaucoup peuvent encore faire entre Musulmans et Islamistes (pour prendre un exemple parmi tant d’autres). C’est par cette thématique que Hostiles se présente comme une œuvre captivante et humaine. J’oserais même dire : un western important de notre époque, digne représentant d’un genre qui en a encore dans le barillet.
Massacre à la tronçonneuse (1974)
Titre VO : The Texas Chainsaw Massacre – Nationalité : États-Unis – Genre : Horreur – Réalisateur : Tobe Hooper – Distribution : Gunnar Hansen, Marilyn Burns, Allen Danziger, Paul A. Partain, William Vail…
Édition DVD : France | StudioCanal| 4 juillet 2001 – Édition Blu-ray : France | TF1 Studio | 3 décembre 2014 – Édition 4K Ultra HD : France | Carlotta Films | 19 septembre 2023 – Plateformes de diffusion : ARTE boutique, Canal VOD, Orange, VIVA et PremiereMax
Le pitch : Au fin fond du Texas, des habitants font une découverte macabre : leur cimetière vient d’être profané et les cadavres exposés sous forme de trophées. Pendant ce temps, cinq amis traversent la région à bord d’un minibus. Ils croisent en chemin la route d’un auto-stoppeur et décident de le prendre à bord. Mais lorsque les jeunes gens s’aperçoivent que l’individu a un comportement inquiétant et menaçant, ils finissent par s’en débarrasser. Bientôt à court d’essence, le groupe décide d’aller visiter une vieille maison abandonnée, appartenant aux grands-parents de deux d’entre eux. Chacun leur tour, les cinq amis vont être attirés par la maison voisine. La rencontre avec ses étranges habitants va leur être fatale…
Avis de MaG (le loup celeste) : Véritable matrice du slasher, cette œuvre fondatrice du cinéma d’horreur moderne qui pose un regard impitoyable sur le Texas, berceau ingrat de l’Amérique, est un cauchemar éveillé terriblement malsain qui traverse les décennies sans rien perdre de sa puissance traumatisante.
Coffret Nicolas Roeg
Titre VO : Don’t Look Now / The Man Who Fell to Earth / Bad Timing, A sensual Obsession Nationalité : Grande Bretagne – Genre : Thriller, Drame – Réalisateur : Nicolas Roeg
Édition DVD : France | Potemkine Films | 6 octobre 2015 Plateformes de diffusion : Ne vous retournez pas : VIVA, La Cinetek, Orange, PremiereMax et Canal VOD – L’Homme qui venait d’ailleurs : Canal VOD et SOONER
Le pitch : Ce coffret contient 3 films :
- Ne vous retournez pas : Laura et John Baxter sont confrontés à la mort de leur fille. En voyage à Venise, des événements troublants les renvoient à cette perte traumatisante. Un film à la lisière du paranormal, un grand moment d’effroi dans une Venise filmée comme jamais…
- L’Homme qui venait d’ailleurs : Venu d’une autre planète pour chercher de l’eau sur Terre, Newton bâtit un empire industriel grâce à sa maîtrise de technologies futuristes. Un conte philosophique magistralement interprété par David Bowie…
- Enquête sur une passion : À Vienne, un psychanalyste éprouve une passion maladive pour une jeune femme mystérieuse… une incursion magistrale et troublante dans le monde obscur de l’obsession sexuelle…
Avis de La Prochaine Séance (Sébastien) : Nicolas Roeg, c’est un réalisateur que je connaissais sans réellement connaître. Avant que je ne me lance dans cette série de visionnages, je n’avais que son adaptation de Sacrées Sorcières (avec Anjelica Huston) à mon actif, sans m’être un seul instant soucié de son nom. En empruntant ce coffret DVD, j’ai pu découvrir le travail d’un véritable cinéaste. Comme tout artiste, Roeg possède une patte assez spécifique qu’il s’est amusé à exploiter sous différents genres : le fantastique, donc, mais aussi le thriller (Ne vous retournez pas), la science‑fiction (L’Homme qui venait d’ailleurs) et la romance côtoyant le film policier (Enquête sur une passion). Avec cette jolie proposition, l’éditeur Potemkine nous offre l’occasion d’entrer dans l’univers d’un homme au goût prononcé pour l’expérimental, ayant livré des films loin de toute convention.
Peu importe le film que vous verrez, se lancer dans le visionnage d’une œuvre de Nicolas Roeg, c’est s’attendre à être bousculé, à être déboussolé. Outre l’utilisation de séquences de sexe crues (elles ont souvent fait polémique à la sortie de chaque long‑métrage), le cinéaste s’amuse à éclater les intrigues qu’il traite, en usant d’un montage abrupt et non chronologique. Chaque titre se présente comme un kaléidoscope d’images, un objet filmique à la liberté débridée. Cela peut perdre le spectateur dans un premier temps, il faut bien le reconnaître. Mais ce procédé n’est clairement pas vain, puisqu’il fait en réalité toute la force de ses longs‑métrages. Il parvient même à les transformer en des récits plus complexes qu’au premier abord, à l’atmosphère parfois si particulière. Ne vous retournez pas devient alors un drame psychologique éprouvant sur le deuil, oscillant entre malaise et horrifique. L’Homme qui venait d’ailleurs épouse l’étrangeté de son personnage et de son interprète (David Bowie) pour nous apparaître comme une œuvre onirique sur le consumérisme, issue d’un autre monde. Et Enquête sur une passion se présente comme une belle histoire d’amour qui dérive peu à peu vers la tragédie passionnelle, abordant la relation toxique de manière très frontale.
Ces œuvres ne sont clairement pas simples à aborder, L’Homme qui venait d’ailleurs étant sans conteste la plus kitsch et hermétique des trois. Mais en vous plongeant dans leur visionnage, vous y verrez des films qui méritent d’être analysés dans les moindres détails pour en apprécier toute la maîtrise, toute la substance. Et pour cela, je ne peux que remercier des éditeurs tels que Potemkine, qui nous invitent à (re)découvrir la filmographie d’artistes aussi forts. C’est tout simplement passionnant et enrichissant !
Les différents podcasts de La Prochaine Séance sont accessibles à cette adresse.
Biberonné aux films de Steven Spielberg et passionné depuis la découverte d’un certain Alien de Ridley Scott, je dévore chaque film qui me tombe sous la main. Le cinéma tendant au partage et au rassemblement culturel, j'aime en discuter avec les amoureux du 7e art. La Prochaine Séance
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