La 33ᵉ édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer s’est déroulée sous une atmosphère délicieusement étrange, du mardi 27 janvier au dimanche 1er février 2026. Toujours suivie par KillerSe7ven et le loup celeste, ce nouveau chapitre occulte n’a pas dérogé à sa réputation : une joyeuse meute de festivaliers, un air montagnard qui pique les joues, des rencontres improbables dans les files d’attente, des assiettes généreuses et ces discussions passionnées qui s’étirent jusqu’à ce que le bar du Grand Hôtel décide enfin de fermer. Une fois encore, tout Gérardmer vibrait au rythme du fantastique.
Et pour ouvrir les hostilités, ou devrais‑je dire la conjuration gérômoise, c’est le loup celeste qui dégaine son tout nouveau ̶c̶a̶r̶n̶e̶t̶ grimoire de bord. Un format inédit, fraîchement arraché aux griffes de la nuit, où chaque page semble respirer, frémir… et parfois grogner quand on la tourne trop vite.
Armé de sa plume trempée dans la brume du lac, notre canis lupus des Pyrénées s’aventure dans les coulisses du festival, note ce qui bouge, ce qui rôde, ce qui hurle (parfois lui-même), et transforme chaque instant en petit sortilège de lecture. On dit même que son grimoire attire les curieux comme un projecteur capricieux attire les créatures qui n’aiment pas trop la lumière.
Bref, si vous pensiez commencer tranquillement… mauvaise pioche. Ce grimoire de bord n’est pas là pour raconter : il est là pour mordre. Et une fois que vous aurez mis le museau dedans, impossible de ressortir indemne. Allez, courage. Le premier hurlement vient de tomber. Le fantastique n’attend que vous.
Sommaire
🌧️ Jour 1 : La météo attaque, le festival riposte
La 33ᵉ édition du Festival de Gérardmer s’ouvre dans un décor que seuls les Vosges savent offrir : une pluie continue, pas assez violente pour décourager, mais suffisamment insistante pour transformer chaque déplacement en micro‑expédition. Entre les parapluies qui s’entrechoquent, les badges détrempés et les discussions improvisées sous les marquises, la ville retrouve son rythme de fin janvier : celui d’un petit port de montagne où les cinéphiles accostent, ruisselants mais ravis.
Après une halte au Grand Hôtel, où l’ambiance familière sert de sas de décompression après les kilomètres avalés, l’apéritif s’improvise face à Godin Marc, bien trop occupé pour être dérangé, tandis que quelques membres du jury discutent à portée d’oreille. À peine le temps de se sécher que déjà la Cérémonie d’Ouverture s’annonce, prête à lancer les hostilités dans une atmosphère saturée d’humidité.
Cérémonie d’ouverture, tenue ce mardi 27 janvier, qui confirme ce que l’on pressentait : Gérardmer n’a rien perdu de son sens du rituel. Discours, présentation du jury, rappel des enjeux de cette 33ᵉ édition… Le tout dans une salle où l’on entendrait presque les manteaux sécher. Le festival se met en ordre de marche, avec cette solennité un peu cabossée qui fait son charme : on est là pour frissonner, rire, débattre… et, si possible, oublier qu’on a les chaussettes mouillées.
Send Help
Le pitch est simple : deux collègues que tout oppose, Linda Liddle et Bradley Preston, se retrouvent propulsés hors de leur routine après un crash d’avion qui les laisse échoués sur une île déserte. Coupés du monde, privés de leurs rôles bien huilés, ils voient leur hiérarchie se fissurer plus vite qu’un tableur Excel un lundi matin. Le survival se transforme alors en duel psychologique, où chacun tente de reprendre la main… ou simplement de garder le couteau.
Dans ce décor dépouillé, Sam Raimi s’en donne à cœur joie pour dynamiter les codes du monde corporate. Le patron persuadé d’être un visionnaire, l’employée sous‑estimée qui fait tourner la boutique, les humiliations minuscules mais quotidiennes : tout ce petit théâtre du bureau se retrouve soudain mis à nu, sans costume ni façade. Un écho parfait au thème de cette 33ᵉ édition, « Bas les masques », tant Send Help s’amuse à arracher ceux que l’on porte au travail. Les frustrations professionnelles deviennent ici des étincelles : ça crépite, ça fume, et ça finit forcément par embraser quelque chose.
Raimi, lui, retrouve son terrain de jeu favori. On sent le plaisir du cinéaste qui renoue avec ses réflexes d’alchimiste du grotesque et du gore : gags visuels qui dégénèrent en carnage, slapstick dégoulinant, caméra qui virevolte comme si elle avait avalé un expresso trop serré. C’est outré, volontairement excessif, parfois presque enfantin… et c’est précisément ce qui donne à cette série B son mordant. Raimi ne cherche pas la vraisemblance : il cherche le geste, le choc, la jubilation du « trop », cette énergie brute qui faisait déjà le sel de ses Evil Dead.
Send Help agit finalement comme un miroir déformant du monde du travail : on y reconnaît des attitudes, des travers, des rapports de force… mais passés au filtre d’un cartoon sadique. Rachel McAdams y trouve un rôle à la mesure de son talent, oscillant entre fragilité et colère rentrée, tandis que Dylan O’Brien compose un patron si insupportable qu’on en viendrait presque à remercier l’île de l’avoir isolé.
Au final, Raimi signe un film d’ouverture qui secoue les spectateurs comme un arbre détrempé. Un geste de cinéma vif, méchant, réjouissant, qui rappelle qu’il reste l’un des rares à savoir marier satire sociale et grand‑guignol avec autant d’aplomb. Un début de festival qui tombe à pic : les masques tombent, la pluie aussi, et Gérardmer peut commencer à frissonner…
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
❄️ Jour 2 : La neige impose son décor, le festival répond par son rythme
La pluie, lasse d’humidifier les festivaliers, a passé le relais à une neige compacte, déterminée, presque administrative. Le genre de neige qui ne tombe pas : elle s’installe. Gérardmer se transforme alors en décor de survival soft, où chaque trottoir devient une scène coupée de The Thing et chaque montée vers l’Espace LAC un test de loyauté envers le cinéma de genre. Les parapluies ont rendu l’âme, les bonnets ont pris le pouvoir, et les badges, déjà martyrisés la veille, ressemblent désormais à des reliques archéologiques.
Heureusement, un repère demeure : David Rault , fidèle au poste, sourire en bandoulière, diction affûtée, capable de relancer une salle comme on relance un vieux projecteur 35 mm. Il lance les hostilités, dynamise le public… et la sélection peut commencer à dévoiler ses visages.
Welcome Home Baby
Andreas Prochaska signe un cauchemar domestique qui convoque l’ombre de Rosemary’s Baby, non par citation mais par cette manière de laisser l’occultisme s’infiltrer dans les gestes les plus ordinaires. Le film scrute la maternité comme un espace où se rejouent domination, héritage et croyances enfouies, et où chaque rituel familial devient un masque de plus à faire tomber.
La mise en scène, sèche et méthodique, resserre l’espace autour de son héroïne comme un cercle d’initiés qui se referme. L’actrice principale, d’une intensité fragile, navigue entre lucidité et vertige, incarnant une femme qui découvre que son propre corps n’est peut‑être plus entièrement le sien.
Dans cette 33ᵉ édition placée sous le signe de « Bas les masques », Welcome Home Baby trouve une résonance immédiate : ici, ce sont les lignées, les traditions et les corps eux‑mêmes qui dévoilent ce qu’ils cachaient.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
Planètes
Dans un monde qui a déjà payé le prix de nos choix, Momoko Seto propose une fable écologique à hauteur de pissenlits ambitieuse, où la nature respire, lutte et s’organise comme un peuple miniature. Mais l’anthropomorphisme, des mouvements « intentionnels » aux comportements « dramatisés », censé ouvrir une porte sensible, m’a paru superflu, presque décoratif. Les textures macro, l’assemblage de timelapses, les images numériquement retravaillées composent un ballet hypnotique qui, paradoxalement, ne m’a jamais happé.
Le film parle de survie, de résistance végétale, de fin du monde. Pourtant, en refusant toute narration lisible, il finit par dissoudre son propre discours. On sent l’envie de se laisser porter au gré du vent, mais ce flottement devient une dérive, un éloignement.
Résultat : une expérience sensorielle qui se veut immersive, mais qui m’a paru opaque, distante, hermétique. Une odyssée visuelle qui lévite sans jamais réellement transporter.
Gérardomètre : 🎭🎭
Nervures
Raymond St‑Jean tisse un récit où la forêt n’est pas un décor, mais un organisme qui absorbe, transforme, contamine. Le film navigue entre drame familial, enquête trouble et bio body horror, avec des idées visuelles parfois brillantes, comme quand les chairs et le végétal se répondent, se mêlent, se parasitent.
Mais Nervures hésite : parfois limpide, parfois opaque, parfois fascinant, parfois brouillon. La mise en scène capte magnifiquement la densité du milieu forestier, mais la narration se perd dans ses ramifications, comme si le film refusait de choisir entre réalisme et mutation.
Un objet inégal, mais traversé de moments où l’organique reprend ses droits. D’ailleurs, s’il ne s’inscrit pas frontalement dans le thème du festival, il en épouse l’esprit par capillarité. Ici, le masque n’est pas un visage caché : c’est une couche de végétal qui s’infiltre, une peau qui se modifie, un organisme qui se greffe.
Qu’est-ce qui se trame sous la surface, dans ces zones où l’identité se fissure et où le corps devient terrain de mutation ? Un masque biologique, mouvant, qui colle parfaitement à cette édition sans jamais le revendiquer.
Gérardomètre : 🎭🎭
Don’t Leave the Kids Alone
Emilio Portes signe un thriller domestique ludique, nerveux, qui joue avec les codes du film de maison hantée et du drame familial… tout en glissant un clin d’œil assumé à Maman, j’ai raté l’avion !, version maléfique, évidemment.
Le film aborde la parentalité sous tension, la culpabilité, la solitude des enfants et la manière dont la peur déforme les liens fraternels. La mise en scène est vive, précise, toujours en mouvement, et les jeunes acteurs sont impeccables dans leur montée progressive vers la paranoïa.
Et sous ses airs de divertissement malicieux, le film s’attache surtout à révéler ce qui se cache derrière les rôles que chacun endosse : les certitudes des adultes, les bravades des enfants, les faux-semblants d’un foyer qui se fissure dès que la peur s’invite. Une manière discrète mais nette de rappeler que, dans ce festival, les apparences ne tiennent jamais très longtemps.
Une proposition efficace, malicieuse, qui assume son plaisir de tordre le quotidien jusqu’à la rupture.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
I Live Here Now
Julie Pacino, fille de, revendique une veine lynchienne… mais ici, avec de gros sabots : symboles appuyés, transitions abruptes, visions cauchemardesques qui ne cherchent pas la subtilité.
Et pourtant… ça fonctionne. Le film explore l’intériorité d’une femme en crise, la douleur, la reconstruction, la maternité contrariée, avec une sincérité qui dépasse ses maladresses. L’atmosphère (parfois saisie en 16 mm) est dense, enveloppante, presque hypnotique, et l’hôtel isolé devient un personnage qui révèle ce que la protagoniste tente de cacher.
À sa manière, I Live Here Now dialogue aussi avec le thème du festival : non pas par un jeu de faux-semblants, mais par l’exposition frontale d’un masque intérieur, psychique, presque viscéral. Pacino ne cherche pas à dissimuler : elle met à nu, parfois avec insistance, ce qui travaille sous la peau de son personnage.
Une œuvre fragile, excessive, mais profondément habitée… et, à mes yeux, bien plus aboutie que ce que son accueil laisse entendre.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
🧣 Un festival, deux climats, trois couches de vêtements
Au fil des projections, une atmosphère se dessine : les films dévoilent leurs masques, le public ajuste les siens, et le Festival de Gérardmer retrouve son équilibre si particulier entre frisson de salle et morsure du froid. À peine sort‑on d’une séance que la réalité reprend son souffle glacé : les conversations se poursuivent sous les auvents, les gants circulent comme des biens de première nécessité, et les festivaliers avancent dans la neige avec la détermination d’un casting de The Revenant sous caféine.
Cette 2e journée s’étire ainsi, entre salles obscures et bourrasques de flocons, entre visions de cinéma et rafales de neige qui cinglent l’air. La météo devient un personnage secondaire, parfois envahissant, parfois complice, mais toujours fidèle à l’esprit du lieu. Chaque film ajoute sa strate, chaque sortie de salle son nuage de vapeur, et l’ensemble compose cette fresque de janvier que seul Gérardmer sait offrir.
Quand le soir retombe, les joues sont rougies, les chaussures trempées, mais l’esprit en ébullition. La compétition est lancée, les débats aussi, et la neige continue de tomber comme si elle voulait participer à la programmation.
Une ambiance givrée, un festival qui commence à chauffer : tout est en place pour la 3e journée…
⛄ Jour 3 : Le brouillard avance, les festivaliers aussi
Le troisième jour s’ouvre dans une atmosphère étrange, presque suspendue : la neige a cessé, la pluie s’est retirée, et la ville s’est noyée dans une brume épaisse, douce comme un voile mais assez dense pour transformer chaque silhouette en apparition. Gérardmer n’est plus tout à fait un décor de survival ni un port de montagne détrempé : c’est devenu un paysage spectral où les festivaliers glissent d’une séance à l’autre comme des fantômes affamés… parfois de cinéma, parfois de tartiflette.
Dans cette ouate silencieuse, les besoins redeviennent très concrets : se réchauffer, se remplir, tenir le rythme. Les restaurants se muent en bunkers à fromage où l’on recharge les batteries avant de replonger dans l’obscurité des salles. Raclettes, munster flambé, gratins capables d’assommer un ours : un rituel bref, gras, vital, qui maintient le festivalier en état de marche.
Et une fois sustentés, tous retournent dans la brume, où les files d’attente deviennent des foyers de chaleur sociale. On y refait le programme, on démonte les films de la veille, on encense ceux qu’on n’a pas vus, on compare l’état de badges déjà fossilisés. Ça discute, ça rigole, ça partage un thé brûlant : dans ces couloirs de vapeur humaine, le festival trouve son véritable pouls.
Puis il y a les bonhommes de neige, surgis de la neige tassée de la veille comme une armée silencieuse. Les festivaliers les plus joueurs, ou les plus éveillés à des heures discutables, en ont planté partout : près du lac, devant l’Espace LAC, au détour d’une ruelle. Certains portent un bonnet du festival, quand d’autres affichent un sourire trop large pour être honnête. Figés dans la brume, ils donnent l’impression de juger les files d’attente, d’attendre la séance de minuit ou de participer eux aussi à la compétition. Des jurés fantômes, immobiles, parfaitement dans le ton de ce troisième jour.
Et pendant qu’ils veillent, impassibles, la journée déroule son programme : les salles s’ouvrent, les lumières s’éteignent, et les films de la sélection, ou pas, commencent à réclamer leur part d’attention. Le brouillard peut bien avaler la ville, c’est maintenant sur les écrans que les visions les plus nettes vont surgir.
Mother’s Baby
Johanna Moder signe un film qui commence comme un rêve tardif de parentalité avant de basculer en cauchemar d’identité. Entre la clinique trop lisse, le médecin trop parfait et ce bébé avec lequel le lien refuse de se tisser, tout respire le malaise feutré. Mother’s Baby ausculte la maternité comme un rôle qu’on plaque sur une femme, quitte à nier ce qu’elle ressent réellement.
Sous ses airs de drame intime, le récit glisse vers un thriller domestique où visions, paranoïa et culpabilité s’entremêlent jusqu’à brouiller la frontière entre instinct et délire.
Dans le cadre de cette édition, le lien est limpide : le masque est celui de la « bonne mère », ce rôle imposé qu’elle tente d’endosser jusqu’à la fissure. Quand la suspicion s’installe (est‑ce vraiment son enfant ?), le film devient sec, tendu, presque clinique, disséquant les injonctions contradictoires et la pression sociale qui s’infiltre dans chaque geste.
Pas révolutionnaire dans sa forme, mais porté par une intimité visuelle remarquable*, le film déploie une précision glaçante dans sa manière de montrer comment un masque social peut se refermer jusqu’à devenir une véritable cellule psychique. Et lorsque ce rôle imposé, celui de la mère idéale, commence à craquer, Mother’s Baby révèle ce qu’il raconte vraiment : la lente suffocation d’une femme à qui l’on demande d’aimer avant même de comprendre ce qu’elle vit.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭🎭
* Entre la précision du capteur Super 35 de l’Alexa 35, la netteté maîtrisée des Ultra Prime, la souplesse des zooms Alura et l’organicité assumée des Petzval, Mother's Baby retrouve la densité et la respiration du 35 mm dans un écrin numérique.
Les Ultra Prime sculptent une image propre et contrastée, les Alura assurent des variations focales sans rupture, et les Petzval infusent une matière vivante.
Le chef opérateur joue de ces textures avec une intuition presque viscérale. Il laisse l’Alexa 35 s’ouvrir dans sa dynamique, module la douceur ou la rugosité optique selon l’émotion, et convoque les Petzval quand l’image doit palpiter, respirer, exister.
Chaque plan semble alors naître avec la fragilité et la force d’un premier souffle... celui de Mother’s Baby, qui trouve dans cette alchimie technique son identité la plus intime.
The Weed Eaters
Transformant la beuh en vecteur de cannibalisme et assumant pleinement son concept barré, The Weed Eaters condense son idée fumeuse en une petite bombe d’ironie noire… comme si Ken Loach s’était mis en tête de tourner un épisode de MasterChef version anthropophage.
La mise en scène, sèche comme une gorge après un mauvais joint, joue sur le contraste entre réalisme social et dérapages carnivores. Et au milieu de ce chaos, l’humour britannique, le vrai, celui qui garde le flegme même quand quelqu’un perd un morceau, infuse chaque scène. Le film traite l’absurde comme une formalité, le cannibalisme comme un simple contretemps, et laisse le spectateur rire malgré lui, pris dans ce décalage so British où personne ne semble trouver la situation si étrange.
Touché par le thème « Bas les masques » de ce 33ᵉ Festival de Gérardmer, The Weed Eaters dévoile ce qui se cache derrière les façades : une société qui se dévore elle‑même, un pays où l’appétit social finit par devenir littéral, et où l’horreur révèle ce que chacun préférait garder sous scellés.
Le résultat a quelque chose d’un trip mal dosé* : ça plane bas, ça mord fort, et ça laisse un arrière-goût de satire bien sentie en bouche.
En somme, un petit ovni britannique qui roule sa pelle à l’absurde et croque la société à pleines dents. Une série B qui sait où elle va, même quand ses personnages ne savent plus ce qu’ils mangent.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
* Dans The Weed Eaters, la beuh te chuchote à l’oreille que la salade, c’est terriblement banal et que le steak, lui, n’a jamais fait son cake.
Une taffe, et te voilà à contempler une côtelette avec la ferveur d’un gentleman qui découvre une vocation tardive pour la boucherie.
On dit : « La viande, c’est la force ; les légumes, c’est la décoration ». Ici, c’est surtout la beuh qui t’explique très calmement que tout ce qui respire est une opportunité culinaire.
Alors oui, « Contre les drogues, tout le monde peut agir »... Surtout quand la prochaine bouffée risque de te transformer en explorateur culinaire du voisinage avec la politesse d’un majordome affamé.
Dans The Weed Eaters, la vraie menace n’est pas la plante... c’est ce moment très britannique où tu réalises que tu salives et que tu t’excuses déjà pour le bras que tu t’apprêtes à goûter.
The Thing With Feathers
Préférant la tension sourde aux effets, Dylan Southern refuse l’esbroufe à son drame du deuil. Le film observe une famille fracturée par la perte, et la manière dont cette absence s’infiltre dans chaque geste, chaque silence, jusqu’à devenir presque palpable. On pense à Mr. Babadook pour cette façon de matérialiser la douleur dans l’espace, mais ici l’effroi est évacué : ne reste qu’un malaise doux, persistant, qui serre la gorge sans jamais crier.
Benedict Cumberbatch porte le film avec une retenue magnétique. Il incarne un homme qui avance comme s’il craignait de réveiller quelque chose en lui, un être dont la maîtrise apparente laisse filtrer des éclats de fragilité. Son jeu, tout en micro‑tensions, donne au récit une densité émotionnelle que la mise en scène accompagne sans jamais la surligner.
Le choix du ratio 1.33 renforce cette impression d’étouffement intérieur. Le cadre carré agit comme un écrin trop étroit, un masque visuel qui contraint le personnage à se confronter à ce qu’il tente de dissimuler. Dans le contexte du « Bas les masques », ce dispositif trouve une résonance évidente : le film ne cherche pas à arracher le masque, mais à montrer comment il se fissure.
Au final, The Thing With Feathers s’impose comme un drame intime, tendu, où la douleur ne se manifeste jamais frontalement mais imprègne chaque plan. Un film resserré, précis, qui préfère la vérité des émotions à la mécanique du frisson.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
Silence
Avec Silence, qui s’inscrit dans la continuité de Skins et La Pietà, Eduardo Casanova poursuit son cinéma des corps mis à nu, parfois littéralement, toujours symboliquement. Le film scrute l’exclusion sociale et le Sida non comme des sujets, mais comme des cicatrices visibles, des stigmates que la société voudrait recouvrir d’un vernis de pudeur. Casanova, lui, arrache ce vernis. Bas les masques, vraiment.
Ses vampires, figures centrales du récit, incarnent cette mise à nu radicale. Êtres condamnés à vivre en marge, éternels porteurs d’une différence que l’on fantasme autant qu’on redoute, ils deviennent les métaphores parfaites des identités que l’on stigmatise. Leur immortalité n’a rien de glorieux : c’est une survie sous surveillance, une existence assignée à l’ombre. Chez Casanova, le vampire n’est pas un prédateur, mais un exclu parmi les exclus.
Son esthétique rose, sortie d’un cauchemar de pâtissier, toujours aussi corrosive, fonctionne ici comme un révélateur : sous la douceur factice, tout hurle la marginalisation. Les personnages, telles des chambres d’écho, font tout résonner, même ce qui n’est pas dit… car le silence devient protestation.
Le film trouve ainsi un écho évident avec le thème du festival, puisque c’est précisément ce que fait Casanova en exposant les visages que la société préfère cacher… ceux des séropositifs, des exclus, des « inadaptés », et ici, des vampires réduits à leur altérité. Chez lui, la monstruosité n’est jamais dans les corps, mais dans le regard qui les juge. Le masque tombe, et ce qui apparaît n’est pas l’horreur, mais la vérité.
En moins de temps qu’il n’en faut pour s’habituer à son univers baroque, Silence impose une évidence : Casanova ne filme pas des marginaux, il filme ceux que le monde a tenté de masquer. Et il les révèle avec une tendresse féroce.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
🌫️ Parenthèse dans la brume : les revenants et le verglas
Après cette salve de visions, il est temps de reprendre son souffle. Les salles se vident, les discussions se prolongent sur les trottoirs gelés, et les visages familiers réapparaissent comme si la brume les avait simplement mis en pause. Gérardmer a ce talent‑là : faire resurgir d’anciennes connaissances au détour d’une file d’attente, d’un hall trop chauffé ou d’un verre improvisé. Quelques mots échangés, un souvenir d’édition passée, et tout se réactive comme si rien n’avait bougé.
Cela me fait d’ailleurs penser à Joko Anwar : entre deux séances, une parenthèse s’est ouverte, presque en douce, comme un refuge au milieu du tumulte. La rétrospective lui rendait hommage avec cette intensité propre à Gérardmer, où les secrets de famille, les traditions qui dérapent et les maisons qui respirent plus fort que leurs habitants trouvent un écho immédiat. Une halte brève, mais chargée, qui rappelait à quel point son cinéma dialogue naturellement avec l’ADN du festival… et pourquoi il continue de hanter les salles bien après le générique.
Et quand on ressort dans la nuit, on sent déjà que le festival prépare un nouveau piège : le verglas. Une fine pellicule sournoise qui transforme chaque trottoir en patinoire et promet un jour 4 glissant, imprévisible, peut‑être un peu cruel. Bref, du Gérardmer pur jus.
🌱 Jour 4 : Sous le manteau neigeux, les talents poussent encore
La quatrième journée du Festival de Gérardmer s’ouvre sans fracas météorologique… un progrès. Le froid reste planté là, fidèle comme un figurant trop motivé, et la neige tassée borde encore les trottoirs comme un décor que personne n’a pensé à démonter. Mais pour une fois, Gérardmer ne cherche pas à tester la résistance thermique des festivaliers : il se contente de leur rappeler, discrètement, que l’hiver n’a pas signé de trêve.
Et tant mieux, parce que ce vendredi marque surtout l’entrée en scène de la Compétition Courts Métrages, ce moment où le festival change de rythme non pas en accélérant, mais en se densifiant. On sent la journée se resserrer, comme si les films eux‑mêmes se mettaient au garde‑à‑vous : format court, idées longues, et une salle qui se remplit avec l’enthousiasme d’un public qui sait qu’ici, tout peut arriver en une vingtaine de minutes chrono.
🧪 Compétition Courts Métrages — Le chaudron des courts : ça bout déjà
Une séance que les habitués ne manqueraient pour rien au monde : ce moment où Gérardmer devient une rampe de lancement, un terrain d’essai, un laboratoire où se révèlent souvent les premiers gestes de cinéastes qui compteront demain.
Cette année, la sélection avait des allures de pépinière sous haute tension : variée, affûtée, étonnamment mature. On y sentait des voix qui cherchent, qui osent, qui affirment déjà une patte. La maîtrise narrative frappe d’emblée, les propositions visuelles affichent une assurance déconcertante, et les univers, parfois déjà très marqués, annoncent des cinéastes qui ne comptent pas rester dans l’ombre.
Le public, lui, adore cette séance : ça débat sec, ça rit nerveusement, ça applaudit fort, et ça sort en comparant les coups de cœur comme des cartes Panini. Un vrai baromètre de l’édition, et cette année, l’aiguille pointe clairement vers une génération qui arrive avec les crocs.
✨ Hommage à Olga Kurylenko — Quand l’émotion perce le vernis
Très émue sur scène, Olga Kurylenko a offert à Gérardmer un moment suspendu, rare, de ceux qui rappellent que derrière les icônes du cinéma, il y a des trajectoires, des arrachements, des fidélités profondes. Elle parle de la France comme de « mon pays », avec une sincérité qui traverse la salle comme une vague chaude dans ce mois de janvier frigorifié.
La cérémonie, élégante sans être compassée, déroule le discours de Neil Marshall, qui l’avait dirigée dans Centurion, et une série d’extraits que l’actrice accueille avec une pudeur lumineuse. On sent une gratitude réelle, presque palpable, pour ce festival qui célèbre autant les monstres que les artistes qui les incarnent.
Et dans cette édition placée sous le signe de « Bas les masques », difficile d’imaginer un hommage plus juste : Kurylenko ne joue pas, elle se dévoile. Pas de posture, pas de distance, juste une actrice qui revendique son parcours, ses choix, et ce lien intime avec un pays qui l’a vue grandir en tant qu’artiste.
Et comme si cela ne suffisait pas, elle reste pour présenter Alter Ego, entourée de ses deux réalisateurs, Nicolas & Bruno. Une transition parfaite pour vous parler de la programmation ciné du jour.
Junk World
Il y a des films qui arrivent en salle comme des chiens errants : cabossés, bruyants, pas vraiment polis, mais avec une énergie qui force le respect. Junk World appartient à cette famille-là, celle qui préfère l’inventivité au vernis, le chaos au confort, et qui transforme la débrouille en esthétique.
Le film carbure à une logique de récup’ totale : décors bricolés, idées jetées comme des boulons dans une machine trop rapide, personnages qui semblent sortir d’un vide‑grenier post‑apocalyptique. Et pourtant, ça tient. Mieux : ça vit. On sent derrière chaque plan une envie de cinéma qui dépasse largement les moyens, un plaisir presque enfantin à assembler des morceaux de rien pour fabriquer un monde entier.
Ce n’est pas toujours élégant, parfois même franchement bancal, mais c’est précisément ce qui fait son charme : Junk World avance avec la conviction d’un film qui n’a rien à perdre et tout à prouver. Et dans une compétition où beaucoup cherchent la maîtrise, lui choisit l’audace brute, le geste instinctif, la poésie du déchet.
Et s’il fallait vraiment chercher un lien avec le thème « Bas les masques », il serait là : dans ce refus du maquillage, dans cette manière d’assumer chaque couture apparente, chaque rafistolage, comme si le film revendiquait sa propre vulnérabilité. Rien à cacher, tout à montrer.
Un vrai petit coup de vent sale… et ça fait du bien. À présent, va falloir que je découvre enfin Junk Head.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
Redux Redux
Il y a des films qui revendiquent leur statut de série B comme d’autres brandissent un étendard, et Redux Redux fait clairement partie de ceux‑là. Pas de cynisme, pas de second degré forcé : juste un plaisir franc du genre, tenu par une mise en scène qui sait exactement où elle va. Là où tant de productions Netflix semblent sorties d’un moule industriel (même lumière, même découpage, même dramaturgie sous vide), Redux Redux respire la singularité, la main humaine, le geste décidé.
Le film avance avec une précision presque old‑school : cadrages nets, rythme tendu, effets pratiques assumés, et cette manière de construire un univers sans s’excuser de ses limites. On sent le réalisateur amoureux de ses références, mais jamais prisonnier d’elles. C’est une série B de SF qui ne cherche pas à faire semblant d’être plus qu’elle n’est… et c’est précisément ce qui la rend meilleure que beaucoup de productions « premium » qui s’épuisent à paraître importantes.
Et si l’on veut y voir un écho au thème « Bas les masques », il est là : dans cette transparence totale, ce refus du vernis, cette manière d’assumer son identité sans chercher à se déguiser en blockbuster. Redux Redux ne masque rien, ne maquille rien, et c’est dans cette honnêteté que le film trouve sa force.
Une œuvre qui rappelle que la série B, quand elle est tenue, pensée et aimée, peut encore mettre une claque à bien des productions soi-disant plus prestigieuses.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
Alter Ego
Certaines comédies se contentent d’aligner les situations, d’autres prennent le risque de regarder leurs personnages droit dans les yeux. Alter Ego appartient clairement à la seconde catégorie. Le film joue avec l’absurde, mais jamais gratuitement : chaque dérapage comique révèle un petit morceau de vérité, un angle mort que les personnages préféraient laisser dans l’ombre. C’est ce qui avait déjà séduit à l’Alpe d’Huez : une écriture plus fine qu’elle n’en a l’air, un sens du rythme, et cette capacité à faire rire sans sacrifier l’humain.
Le casting est l’un des moteurs du film. Les acteurs s’amusent, et ça se voit : chacun trouve son registre (l’ironie tranquille, l’excès parfaitement contrôlé, la sincérité un peu gauche) et l’ensemble fonctionne comme une mécanique comique bien réglée. Pas de surjeu, pas de clin d’œil appuyé : juste des interprètes qui comprennent que l’humour marche mieux quand il repose sur des personnages, pas sur des numéros.
Et puis il y a cette idée centrale, simple mais redoutablement efficace : se retrouver face à une version de soi qu’on n’a jamais voulu affronter. Pas un mélange de genres, mais un jeu sur les registres, entre satire douce, miroir psychologique et comédie à concept. C’est là que le film trouve naturellement sa place dans le thème « Bas les masques ». Ici, les masques tombent sans fracas, parfois malgré les personnages, parfois avec soulagement, mais toujours avec une sincérité qui surprend.
Alter Ego fait rire, beaucoup rire, mais surtout, il observe. Et dans un paysage où la comédie se contente trop souvent de cocher des cases, ce regard-là fait toute la différence.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
🌙 Fin de journée — Quand la nuit reprend le cadre
La nuit tombe sur Gérardmer et, avec elle, cette sensation familière d’avoir traversé plusieurs mondes en quelques heures. On a ri, on a sursauté, on a levé un sourcil, parfois les trois en même temps. Alter Ego a apporté sa légèreté réfléchie, Redux Redux son énergie de série B tenue comme un arc bandé, et Junk World son chaos poétique qui colle encore aux semelles. Trois films, trois gestes, trois façons de rappeler que le cinéma de genre n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il assume ce qu’il est… et la Compétition Courts Métrages, toujours plus audacieuse, ne fait que le confirmer.
Et je rentre dans la nuit, le cœur encore vibrant.
Sous la lune attentive, un autre jour m’attend.
À celui qui se reconnaîtra, merci pour le défi lancé en douce : glisser un alexandrin dans un compte‑rendu de festival n’était peut‑être pas indispensable… mais avoue que c’est toujours plus amusant quand on me pousse un peu. Pour la peine, tu en auras même eu deux pour le prix d’un.
☀️ Jour 5 : À découvert sous la lumière, le festival retient son souffle
Le cinquième jour s’ouvre sous un soleil clair, presque trop franc pour un festival qui avait pris l’habitude de nous parler en précipitations. La neige se retire en silence, en laissant derrière elle des bordures humides et des trottoirs qui brillent comme des pellicules fraîchement développées. Gérardmer respire enfin, et les festivaliers avec : on marche plus lentement, on lève les yeux, on se surprend même à profiter de la lumière. Les terrasses, soudain pleines comme des salles à la première séance, bruissent d’un enthousiasme retrouvé : chaises raclant le sol, manteaux ouverts, visages tournés vers le soleil comme vers un projecteur.
Cette accalmie donne au jour une tonalité particulière. On n’est plus dans la survie climatique, ni dans l’euphorie des débuts : c’est le moment où chacun fait le point. Les conversations se resserrent, les avis se précisent, les certitudes se fissurent parfois. On compare, on réévalue, on défend ses favoris avec une conviction qui n’a plus rien d’hypothétique. Et cette année, luxe rare, le Festival de Gérardmer ne s’arrête pas ce soir : un jour supplémentaire attend les plus endurants, une dernière fenêtre pour rattraper les films manqués, revoir un coup de cœur, ou simplement prolonger un peu le plaisir.
Pour l’heure, la ville glisse doucement vers la Cérémonie du Palmarès. On en parle partout, mais sans fièvre : une tension calme, presque élégante, comme si le soleil avait poli les nerfs. Les files d’attente ressemblent à des salles de rédaction improvisées où chacun tente de deviner ce que le jury a retenu, ou oublié. J’y reviendrai plus tard, une fois les gagnants annoncés.
En attendant, la journée déroule ses dernières séances avec une douceur inattendue. On profite, on complète, on affine. Le festival entre dans cette zone étrange où tout est encore possible, mais où l’on sent déjà la bascule.
Et maintenant, place aux films du jour… ceux qui ont accompagné cette éclaircie et qui méritent, eux aussi, leur moment de lumière.
Cadet
Adilkhan Yerzhanov poursuit avec Cadet son exploration des zones d’ombre où l’autorité se délite et où les hommes se transforment en rouages d’un système qui les broie. Le film, convoque sans détour les vieux spectres soviétiques : discipline absurde, verticalité autoritaire, croyance archaïque dans la violence comme outil de formation. Rien n’a vraiment disparu, tout s’est simplement fossilisé. Yerzhanov filme cette contamination du présent par le passé comme une radioactivité lente, incrustée dans les murs et les corps.
Le résultat est un théâtre de masculinité dégénérée où les garçons, à peine sortis de l’enfance, sont dressés comme des chiens de guerre. On les voit glisser, presque mécaniquement, du statut d’élèves à celui de soldats, puis de soldats à celui de monstres. Yerzhanov observe ce processus avec une froideur clinique, sans emphase ni pathos, ce qui donne parfois l’impression d’assister à une autopsie en temps réel. Mais cette sécheresse, qui pourrait être une force, finit par tourner à vide : la noirceur devient monotone, le propos martelé perd de son impact, et l’on se surprend à souhaiter que le film enlève lui aussi son masque pour révéler autre chose qu’un constat déjà connu.
Dans le cadre du thème « Bas les masques », Cadet coche toutes les cases : il arrache celui de la virilité héroïque, celui de l’institution protectrice, celui du patriotisme glorieux. Il montre ce qu’il y a derrière, et ce n’est pas beau à voir. Mais Yerzhanov semble parfois si fasciné par la laideur qu’il expose qu’il en oublie de la questionner. On sort du film avec l’impression d’avoir traversé un long couloir disciplinaire où chaque porte mène à la même pièce.
En somme, Cadet est un film cohérent, rigoureux, hanté… mais aussi hermétique, répétitif, et trop satisfait de sa propre noirceur. Les fantômes qu’il convoque sont bien là, mais ils finissent par faire du surplace. Et c’est précisément là que surgit un parallèle involontaire : on dit souvent que le passé ne meurt jamais, mais Cadet rappelle surtout qu’il peut revenir hanter les vivants avec une lourdeur que n’importe quel spectre littéral leur envierait. À ce jeu-là, le J‑Horror du début des années 2000 faisait d’ailleurs bien mieux : chez Nakata ou Kurosawa, la malédiction rampait, s’insinuait, contaminait. Chez Yerzhanov, elle tombe comme un dossier administratif oublié depuis l’URSS : pesante, grise, inévitable.
Gérardomètre : 🎭🎭
Cold Storage
Cold Storage fait partie de ces films qui se regardent avec un plaisir immédiat, presque coupable, mais qui laissent derrière eux une impression diffuse de produit trop bien emballé. On sent la mécanique huilée, le récit pensé pour fonctionner au quart de tour, comme si chaque scène avait été calibrée pour maintenir le spectateur dans un confort permanent. Même la menace biologique, pourtant prometteuse, semble constamment tenue en laisse.
Le film joue avec l’horreur, mais sans jamais accepter d’en payer le prix. À chaque montée de tension, un trait d’esprit vient désamorcer l’instant, comme si l’œuvre craignait de devenir réellement inquiétante. L’humour fonctionne, certes, mais il agit comme un coupe‑circuit : il protège, il rassure, il empêche la contamination émotionnelle. Résultat, on sourit souvent, on frémit rarement.
On retrouve un divertissement de série B efficace, rythmé, porté par un duo attachant (Joe Keery de Stranger Things), mais qui manque d’audace. Le film effleure des thèmes passionnants (la responsabilité scientifique, la fragilité des infrastructures humaines, la peur de l’invisible) sans jamais s’y enfoncer. Tout reste en surface, comme si Cold Storage préférait l’écume au courant profond.
La présence de Liam Neeson introduit un décalage saisissant : il apporte une intensité brute que le film, plus léger dans son ADN, n’absorbe jamais vraiment. En quelques scènes, il installe une gravité qui semble appartenir à un autre Cold Storage, plus sombre, plus tendu, presque fantasmé. Cette densité crée une friction de ton, très certainement assumée, et l’on regrette qu’elle ne diffuse pas davantage dans le reste du récit.
Quant à David Koepp, qui adapte ici son propre roman, on reconnaît son efficacité narrative et son sens du concept, mais aussi une certaine prudence. Il polit son matériau au point de gommer ce qui aurait pu en faire une œuvre plus rugueuse, plus dangereuse, plus mémorable.
On pourrait dire que le film ressemble à son organisme mutant : fascinant à observer, mais contenu dans une boîte hermétique. Rien ne déborde, rien ne contamine vraiment.
Au final, un bon film, agréable, bien ficelé, mais qui ne cherche jamais à sortir de sa zone de sécurité. Un thriller microbiologique qui préfère le clin d’œil au frisson, et qui, à force de vouloir plaire, finit par ne pas vraiment marquer.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭
Retour à Silent Hill
Adapter Silent Hill 2 au cinéma, c’était s’attaquer à un monument dont la force repose justement sur ce qui échappe, sur ce qui se devine plutôt que sur ce qui se montre. Le jeu est un gouffre psychologique, un labyrinthe de culpabilité où chaque silence pèse plus lourd qu’un dialogue. Retour à Silent Hill aborde ce matériau avec respect, mais sans parvenir à en retrouver la profondeur. Le film semble animé d’une volonté sincère de bien faire, tout en se heurtant à une forme de prudence qui l’empêche d’embrasser pleinement la noirceur et l’ambiguïté de son modèle.
Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont la narration se fragmente. Les flashbacks, omniprésents, interrompent constamment la progression du récit. Ils surgissent comme des béquilles explicatives, cherchant à éclairer ce que le jeu laissait volontairement dans l’ombre. Au lieu d’épaissir le mystère, ils le dissipent. Au lieu de creuser la psyché du personnage, ils la commentent. Cette mécanique finit par casser l’élan dramatique, par empêcher l’immersion, comme si le film craignait que le spectateur ne comprenne pas les enjeux sans qu’on les lui répète. On se retrouve alors face à une œuvre qui explique trop ce qu’elle devrait laisser infuser.
Pourtant, l’univers visuel possède une certaine tenue. La ville, ses silhouettes déformées, sa brume presque vivante, tout cela est restitué avec sérieux. On sent un désir de renouer avec l’imaginaire du jeu, de retrouver cette atmosphère poisseuse où chaque recoin semble respirer la menace. Mais cette fidélité reste en surface. Elle reproduit sans réinventer. Elle convoque les symboles sans leur redonner la charge émotionnelle ou symbolique qui les rendait si puissants. L’angoisse affleure, mais ne s’installe jamais durablement, comme si le film hésitait à s’abandonner à la lenteur, au malaise, à l’inconfort.
La mise en scène, elle aussi, oscille entre application et retenue. Certains plans témoignent d’une vraie compréhension des codes du récit psychologique, mais l’ensemble manque d’audace. On devine ce que le film voudrait provoquer, un vertige intérieur, une descente progressive dans la culpabilité, sans que cela ne prenne réellement corps. Le résultat est propre, parfois même élégant, mais rarement habité.
Quant aux personnages, ils existent davantage comme des fonctions que comme des présences. L’acteur principal parvient à transmettre une forme de lassitude hantée, mais son parcours émotionnel se voit constamment interrompu par les ruptures de rythme imposées par le scénario. Les figures secondaires, elles, semblent flotter autour de lui sans jamais trouver leur place, comme si le film n’osait pas leur accorder une véritable densité.
Ainsi, Retour à Silent Hill laisse une impression mitigée. Le film n’est pas dénué de qualités, et l’on sent à chaque instant le respect porté à l’œuvre d’origine. Mais cette révérence se transforme en frein. En cherchant à rendre limpide ce qui, dans le jeu, relevait du trouble et du non-dit, le film perd une part essentielle de son âme. Il reste une adaptation honnête, parfois touchante, mais qui ne parvient jamais à atteindre l’abîme émotionnel du jeu dont elle s’inspire. Une descente, oui, mais trop balisée pour véritablement nous engloutir.
Et lorsque l’on en ressort, presque malgré soi, on repense au premier Silent Hill, déjà signé Christophe Gans, à cette adaptation qui osait l’opacité, l’étrangeté, la lenteur hypnotique. Un film qui ne craignait pas de perdre le spectateur pour mieux le posséder. Peut‑être est‑ce là qu’il faut retourner : à cette porte d’entrée plus rugueuse, plus viscérale, où l’on acceptait de se perdre sans qu’on nous tienne la main.
Gérardomètre : 🎭🎭
Dolly
On croise parfois des films qui ne frappent pas à la porte : ils la défoncent, caméra à l’épaule et forte granularité en embuscade. Dolly est de ceux‑là. Dès les premières secondes, on comprend qu’il ne cherche pas à moderniser l’horreur, mais à la ré‑incarner : en 16 mm, en sueur, en poussière, en chair. Le grain n’est pas un effet de style, c’est une déclaration d’intention. On retrouve cette texture râpeuse, presque abrasive, qui évoque immédiatement les seventies et l’ombre immense de Massacre à la tronçonneuse. Non pas un hommage timide, mais un geste frontal : Dolly ne cite pas, il respire le cinéma craspec.
L’histoire, pourtant simple (une jeune femme enlevée par une créature qui veut l’élever comme son enfant) devient sous la caméra de Rod Blackhurst un rituel de tension pure. Le film ne cherche jamais à intellectualiser son dispositif : il l’assume, le serre, le tord, jusqu’à ce qu’il devienne une expérience sensorielle. Là où tant de productions contemporaines se perdent dans l’ironie ou la sur‑explication, Dolly avance avec une sincérité brutale, presque primitive. On n’est pas là pour comprendre : on est là pour survivre.
La mise en scène, d’une précision presque animale, joue constamment sur la proximité : des cadres serrés, des mouvements nerveux, une caméra qui semble respirer au rythme de Macy. Le 16 mm amplifie tout : les pores, les ombres, les tremblements, les silences. On a l’impression que chaque plan pourrait s’effriter entre les doigts. Cette fragilité apparente donne au film une force rare : Dolly n’a pas peur d’être laid, d’être grotesque, d’être excessif. Il sait que l’horreur naît souvent de ce qui déborde.
Et puis il y a Dolly elle‑même, figure monstrueuse mais étrangement touchante, incarnée avec une intensité déstabilisante. Pas un(e) simple boogey(wo)man, mais une présence. Une masse de contradictions : maternelle et terrifiante, grotesque et tragique, presque mythologique. Le film ne cherche jamais à la psychologiser, et c’est précisément ce qui la rend fascinante. Elle existe comme un bloc d’instinct, un archétype qui aurait pris vie dans un cauchemar de celluloïd.
À vrai dire, difficile d’imaginer un film qui dialogue plus frontalement avec l’idée de tomber le masque. Dolly trouve une résonance presque troublante. Le film ne se contente pas de dévoiler un visage monstrueux : il expose la mécanique même du mensonge affectif. La créature se fabrique un rôle, celui de mère, comme on enfile un masque trop serré, et tout le film consiste à regarder ce masque se fissurer, se déformer, puis tomber. Ce qui surprend, c’est la manière dont Dolly parvient à être outrancier sans devenir gratuit. Le film pousse les curseurs, oui, mais toujours avec une forme de cohérence interne, une logique de conte noir. On sent l’influence de la New French Extremity (coucou James Quandt), de Martyrs à Frontière(s) en passant par À l’intérieur, mais filtrée à travers une sensibilité américaine plus narrative, plus structurée. Le résultat est un hybride étrange, viscéral, qui ne ressemble à rien d’autre dans le paysage actuel.
On ressort de Dolly avec l’impression d’avoir vu un film qui ose : oser la matière, oser la difformité, oser la simplicité, oser la violence émotionnelle. Un film qui ne cherche pas à plaire, mais à marquer… À gifler… À laisser une trace.
Et c’est peut‑être ça, la plus grande réussite de Blackhurst : rappeler que l’horreur n’a pas besoin d’être propre, lisse ou conceptuelle pour être puissante. Il suffit parfois d’un monstre, d’une caméra qui tremble, et d’un cœur qui bat trop fort.
Dolly n’est pas seulement un hommage : c’est un rappel. Un rappel que l’horreur, la vraie, se tourne avec du sang, du grain, et une conviction féroce.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
🏆 Cérémonie du Palmarès — Visages nus, paroles franches
Le palmarès de la 33ᵉ édition du Festival de Gérardmer s’est refermé sur une impression de gravité lucide. Mother’s Baby a décroché le Grand Prix, confirmant l’appétit du festival pour les récits où le fantastique se glisse dans les failles du quotidien. Un film de soupçons, de doubles fonds, de maternité sous tension, qui s’est imposé comme une évidence dans une édition où l’intime n’a cessé de se fissurer sous la pression du monde.
Mais l’image qui restera, celle qui a traversé la cérémonie comme une onde de choc, c’est le discours de Nadège Beausson-Diagne. Sur scène, poing levé, symbole assumé de lutte et de résistance, elle a parlé de racisme, de violences, de la nécessité de « réparer le monde ». Elle a rappelé que le fantastique n’est pas un refuge mais un miroir, et que les monstres que l’on filme ne doivent jamais faire oublier ceux qui existent dehors. La salle s’est levée d’un seul mouvement, comme si l’air lui-même s’était chargé d’électricité. Ce n’était plus un discours : c’était une déflagration morale, un rappel à l’ordre adressé à un milieu qui aime parfois se croire à l’abri derrière ses fictions.
Quelques minutes plus tôt, Philippe Rouyer, fidèle à son élégance critique, a apporté à la cérémonie la clarté et la précision verbale qui caractérisent ses interventions publiques, rappelant combien son regard affûté accompagne depuis longtemps le fantastique à Gérardmer.
• Grand Prix : Mother’s Baby
• Prix du Jury : The Weed Eaters
• Prix du Jury : Cadet
• Prix de la Critique : Cadet
• Prix du Public : Redux Redux
• Prix du Jury Jeunes : Don’t Leave the Kids Alone
• Grand Prix du Court Métrage : Exsanguina
La dernière journée s’ouvrira demain avec cette étrange clarté : le fantastique a parlé, mais le monde aussi. Et il faudra désormais avancer avec les visages nus et les mots qui ne tremblent plus.
🫀 Jour 6 : L’ultime battement, quelque part entre la brume et la scène
Dernier jour, dernier tour de piste. Après cinq journées menées tambour battant, ce dimanche a pris des allures de décélération bienvenue : une seule séance au compteur, comme un sas de décompression avant l’ultime rendez‑vous. Une respiration, presque un luxe, avant que Gérardmer ne referme sa parenthèse fantastique.
Flush
Flush s’impose comme l’un de ces objets cinématographiques qui semblent naître d’une blague de comptoir avant de révéler une rigueur de mise en scène presque mathématique. Le film repose sur un concept si radical qu’il en devient immédiatement hypnotique : un homme, cocaïnomane, la tête coincée dans une toilette à la turque, condamné à affronter une nuit entière dans le sous-sol déserté d’un bar où chaque bruit, chaque ombre, chaque souvenir remonte comme une bulle d’air dans un siphon bouché. Ce huis clos extrême, qui pourrait n’être qu’un gadget, se transforme en véritable chambre d’écho psychologique. Le décor ne bouge pas, mais tout tremble. Le carrelage devient une arène, la cuvette un piège métaphysique, et le personnage un gladiateur de l’absurde, forcé de négocier avec sa propre déchéance.
La force du film tient à son équilibre improbable entre grotesque et gravité. On rit, oui, mais d’un rire nerveux, presque coupable, comme si l’on assistait à la dégringolade d’un homme qui touche le fond… et découvre qu’il y a encore un étage en dessous. Le high concept n’est jamais traité comme une simple trouvaille : il structure le récit, impose un rythme, crée une tension continue. Le réalisateur exploite chaque centimètre carré du décor avec une inventivité qui surprend constamment. Les variations de lumière transforment les toilettes en purgatoire, les cadrages serrés deviennent des instruments de torture, et les ruptures de ton empêchent toute installation confortable. On croit savoir où l’on va, puis le film pivote, glisse, dérape, comme si la narration elle-même perdait l’équilibre sur un sol trop humide.
Jonathan Lambert livre une performance qui dépasse largement l’exercice de style. Il joue un homme littéralement coincé, mais intérieurement en mouvement perpétuel. Son visage, prisonnier de la céramique, devient un paysage émotionnel : honte, panique, lucidité, rage, tout circule. Il parvient à rendre touchant un personnage qui, sur le papier, aurait pu n’être qu’un clown pathétique. Ici, il devient un Sisyphe de toilettes, un naufragé accroché à une cuvette comme à une bouée de sauvetage.
Sous son humour corrosif, Flush parle de la spirale de l’addiction, de la honte qui colle à la peau, de la famille qu’on a laissée filer, de la possibilité, ou de l’illusion, de remonter à la surface. Le film tire la chasse sur les faux-semblants et expose un homme réduit à l’essentiel, forcé de regarder en face ce qu’il a fui trop longtemps. C’est une comédie, oui, mais une comédie qui fait mal, qui pue, qui laisse une marque. Une comédie où la tête dans la cuvette n’empêche pas d’avoir les idées claires, et où toucher le fond devient paradoxalement une forme de renaissance.
Flush est un geste de cinéma rare : audacieux, nerveux, inventif, et surtout parfaitement assumé. Un huis clos qui ne manque pas de profondeur, un film qui transforme un concept absurde en expérience viscérale, et une preuve éclatante qu’on peut faire du grand cinéma avec un espace minuscule, un acteur déterminé et une idée folle poussée jusqu’au bout.
Gérardomètre : 🎭🎭🎭🎭
🏵️ Cérémonie de Clôture : Sous le signe des premières fois
La soirée a pris des allures d’événement historique pour cette 33ᵉ édition. La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre délégué à la Ruralité, Michel Fournier, venu saluer l’importance du festival pour les territoires de montagne et la vitalité culturelle locale . Une présence politique remarquée, qui a donné à la soirée un relief particulier… comme si le fantastique, l’espace d’un instant, devenait affaire d’État.
Mais la véritable nouveauté tenait au choix audacieux de conclure non pas par un film, mais par une pièce de théâtre. Pour la première fois depuis la création du festival, le rideau final s’est baissé sur Le Faiseur de monstres, revisité par la compagnie gérômoise Des Corps en Voix (une création montée en un temps record), devant plus de 500 spectateurs à l’Espace LAC.
Un pari scénique relevé haut la main : un geste artistique qui prolonge l’ADN du Festival de Gérardmer tout en l’ouvrant à d’autres formes de narration. Une manière élégante de rappeler que le fantastique ne se limite pas à l’écran, il se glisse partout où l’imaginaire trouve une scène, et n’a pas peur de changer de peau.
🦸🏻♂️ Les véritables héros : 600 bénévoles et zéro superpouvoir
Difficile de refermer ce carnet sans saluer celles et ceux qui, dans l’ombre, rendent l’impossible possible : les 600 bénévoles mobilisés pendant six jours. Leur énergie, leur patience et leur capacité à absorber l’imprévu forment la véritable colonne vertébrale du festival. Sans eux, pas de files fluides, pas de salles prêtes à l’heure, pas de magie logistique.
Le fantastique, c’est aussi ça : une armée de mains discrètes qui transforment un chaos potentiel en expérience maîtrisée.
🤱🏻 La maternité, ce monstre magnifique
Aux côtés du motif des masques, impossible d’ignorer la présence insistante, presque hantée, de la maternité dans la programmation, qui explorait ce territoire intime, viscéral, parfois monstrueux, où l’amour et la terreur se confondent. Et le palmarès n’a fait que confirmer cette tendance.
Gérardmer 2026 aura rappelé que le genre sait parler de nos origines, de nos peurs premières, de ce lien primal qui nous façonne… et parfois nous poursuit.
Cette année, le monstre avait un berceau !
🎬 Clap de fin
Cette 33ᵉ édition s’achève comme elle a vécu : avec panache, quelques audaces, et cette atmosphère si particulière où la ville entière semble vibrer au rythme des récits qui la traversent.
Un dernier soir, au restaurant Le Détour où l’on dîne népalais à l’heure de Paddington, un dernier salut, et déjà l’impatience de revenir arpenter les couloirs, les salles, les nuits givrées et les discussions passionnées qui font de Gérardmer un territoire à part.
Le festival s’éteint, mais ses ombres persistent. Sur MaG, elles trouveront encore matière à se déployer : paroles d’artistes, articles de fond, vidéos critiques.
Rendez-vous l’an prochain.
Nyctalope comme Riddick et pourvu d’une très bonne ouïe, je suis prêt à bondir sur les éditions physiques et les plateformes de SVOD. Mais si la qualité n'est pas au rendez-vous, gare à la morsure ! #WeLovePhysicalMedia
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