• Testé sur PC au moyen d’un code fourni par l’éditeur.
  • Configuration de test : RTX 4090 + AMD Ryzen 7 9800X3D = 60 FPS constants en 4K avec DLSS Qualité + Frame Gen x2 et tous les réglages au max dont le path tracing.
  • Terminé en 12 h 40 selon le jeu et en 17 h selon le compteur Steam.
  • J’ai pris tout mon temps et fouillé partout.

Cela faisait depuis 2024 et l’excellent Kunitsu-Gami: Path of the Goddess que Capcom n’avait pas sorti de licence originale. L’éditeur japonais revient aujourd’hui avec Pragmata, un titre annoncé en 2020 pour un lancement initialement prévu en 2022. Le jeu sortira finalement le 17 avril 2026. Pragmata a-t-il failli rejoindre feu Deep Down dans les limbes des arlésiennes du jeu vidéo ? Nous ne le saurons probablement jamais. Qu’a donc donné ce développement à rallonge ? Réponse ci-dessous.

Les androïdes rêvent-ils de Léon électriques ?

Pragmata est un jeu d’action à la troisième personne qui nous met aux commandes de Hugh et Diana, tandis que ces derniers cherchent à s’échapper d’une station de recherche lunaire infestée de robots tueurs commandés par une IA détraquée. Hugh est un quarantenaire facile à vivre et coulant, le genre de gus qui garde la tête froide et le moral au beau fixe en toutes circonstances, et ce, même après que tous ses collègues se sont fait écraser par un tuyau en fonte de deux tonnes, puis aspirer dans le vide sidéral. Un gars sûr, ce Hugh (prononcer « Youg » comme dans « Yougoslave »). Diana est une androïde surdouée d’apparence enfantine, qui n’a aucune idée de pourquoi l’IA de la station a grillé un circuit ni de ce qui est arrivé à tout le personnel des lieux. Il n’est jamais bon d’accepter un poste lié de près ou de loin à l’espace dans le jeu vidéo : les PNJ n’apprennent-ils donc jamais ?

« Et là BAM un dobermann qui défonce la vitre comme ça sans prévenir ! Tu sais, Diana, Jill en rigole maintenant, mais à l'époque elle n'en menait pas large. »

À peine vingt minutes après s’être rencontrés, Hugh semble déjà prêt à tout pour Diana, et nos deux protagonistes engagent naturellement des conversations OKLM sur la pêche, les souvenirs d’enfance, le passage des saisons, le chocolat noir, la préférence chat-chien, le détroit d’Ormuz ou le sens de la vie. Très vite, on se retrouve à décorer notre base et à offrir des cadeaux à Diana, comme un toboggan ou une épuisette à insectes. Le joueur peut alors admirer la petite moue ravie de l’enfant qui frétille tel un Pikachu devant une centrale électrique, quand elle ne tourne pas carrément sa tête sur le côté, perplexe, comme le fait mon chat Benny quand je lui explique que nous avons pour ancêtre commun le dimétrodon.

Ayant choisi de mettre un terme à ma lignée biologique, cela m’a rappelé mes sorties au zoo étant marmot, mais ces scénettes un peu cucul la praline émouvront probablement les joueurs qui ont fait le pari d’enfanter. Mention spéciale à la doubleuse Grace Saif pour son interprétation. Je n’aurais jamais pensé écrire ça, mais il faut bien avouer que Diana est adorable, en plus de ne jamais devenir soulante. Plus qu’une simple sidekick, elle occupe autant si ce n’est plus d’importance que Hugh à l’écran.

Les toutes premières grilles de piratage sont simples comme bonjour.

Écrit comme ça, cette narration dénuée de liant dramatique crédible pourrait sembler dommageable au récit, mais pas du tout ! À l’inverse d’un God of War Ragnarök qui se prend trop au sérieux et n’a de cesse d’en rajouter des tonnes pour au bout du compte peiner à convaincre que son histoire n’est pas écrite avec les pieds*, Pragmata assume totalement son côté feel good et un peu niaiseux. L’histoire se laisse suivre sans déplaisir et on y apprécie raisonnablement nos héros, tandis que le joueur suspend volontairement son incrédulité vis-à-vis de leur relation pas plausible pour un sou, car sa construction va bien trop vite. Inoffensif dans son propos, Pragmata assume son statut de divertissement…

La combinaison de Hugh rappelle un peu celle du jeu culte Vanquish.

… et ça marche du feu de Dieu ! Principalement car cette narration accessoire s’appuie sur un gameplay maîtrisé de bout en bout. Pragmata est un ingénieux mélange des genres qui réussit l’exploit de concilier agréablement TPS et puzzles façon Snake sur Nokia 3310. En gros Hugh tire à tout va en mode TPS (« Leave the guns to me! »), pendant que Diana court-circuite sans lendemain à l’aide d’une grille de hacking (« Pika pika ! »), le tout simultanément.

Le fait que Capcom soit parvenu à rendre un mini-jeu de piratage – un artifice d’ordinaire si rébarbatif – à ce point réactif et exaltant relève de la prouesse de game design. Cette capacité de Diana, cumulée au jetpack de Hugh, aboutit à un système hybride ultra réactif et jouissif manette en main, au service d’une action nerveuse et prenante. C’est tellement un sans-faute qu’on se surprend à vouloir flirter avec le 100 % de complétion, juste pour le plaisir de contrôler nos personnages. Je n’avais pas ressenti ça depuis les Spiderman d’Insomniac et leur homme-araignée si plaisant à incarner.

Certains boss sont gigantesques.

Comme si cela ne suffisait pas, le bestiaire robotique s’avère varié et nous force à adapter notre stratégie de combat. De nombreuses armes et puces modificatrices de gameplay pour la partie piratage sont également de la partie, en sus d’une amélioration plus classique des compétences de base de Hugh. Les joutes sont endiablées et finissent toujours dans un déluge d’explosions de composants informatiques lumineux que n’aurait pas renié Michael Bay, pour le plus grand plaisir de nos canaux de dopamine. Bref, vous l’aurez compris, Pragmata brille avant tout par son gameplay. Du point de vue du level design, on a affaire à des couloirs et à une progression très guidée et plan-plan, malgré une verticalité appréciable par endroits. On ne perd jamais son chemin, ce qui est une bonne chose pour ce genre de jeux purement orientés action.

Graphiquement parlant, le jeu est sublime.

Enfin, comment ne pas mentionner le sommet graphique et technique qu’atteint une nouvelle fois Capcom avec le RE Engine et ses effets de path tracing à s’en décoller la rétine, qui restituent à la perfection la lumière frigorifique des étoiles sur les surfaces lustrées de la station. Ça m’a rappelé ma fin de semaine passée sur l’ISS à l’automne dernier à l’occasion du 51ème anniversaire de Leonardo DiCaprio. Tout dans Pragmata paraît si pur, si propre : les vitres y sont garanties sans aucune trace de doigts, la lumière rebondit partout et tout se reflète, peut-être même un peu trop. Quid du réalisme revendiqué par le path tracing ? Je m’en fiche, car c’est magnifique en plus de constituer un fantasme pour les maniaques de la première heure. J’en frissonne encore.

*Aussi, comme toute personne normalement constituée, je hais Atreus.

Avec Pragmata, Capcom prouve une nouvelle fois sa capacité à créer avec maestria une licence originale de toutes pièces. Peu importe que son histoire légère tienne sur un bout de ficelle et que la relation entre Hugh et Diana prête à sourire du fait de son caractère intime si précipité, le cœur de Pragmata réside avant tout dans son gameplay tellement nerveux, agréable et étrangement zen à prendre en main qu’on se surprend à entreprendre la quête du 100 %. Tout cela donne envie de voir Capcom continuer sur cette voie novatrice en proposant davantage de nouvelles œuvres plutôt que de s’appuyer majoritairement sur ses franchises établies.

Pour
  • Une histoire qui ne se prend pas au sérieux…
  • Des personnages sympathiques…
  • Un gameplay hybride TPS / puzzle ingénieux et sans anicroches
  • Des combats pêchus et intenses
  • De nombreuses armes et améliorations de puces de piratage pour autant de styles de jeux possibles
  • Superbes graphismes et effets de path tracing de haute volée : Capcom à la pointe de la technique sur PC
  • Le doublage anglais et la capture de mouvement de Diana
  • Un peu trop facile en mode Normal
Contre
  • … et tant mieux car elle ne vole pas bien haut
  • … à défaut d’être intéressants ou véritablement attachants
  • Musiques oubliables
  • Les défis de plateforme optionnels moins adaptés au gameplay TPS
  • Pas de mode Difficile proposé à la première partie
  • Univers pas très original

Résident permanent dans la petite bourgade de Raccoon City et prosélyte du génial Rain World depuis 2017, on l'entend parfois jurer à pleins poumons lorsqu'il perd lamentablement face au singe de Sekiro à un poil de lemming près. En quête d'une 3080 depuis bientôt un an, le malheureux espère une réception de sa commande en 2022 : l'important c'est d'y croire ! Son TOC préféré ? Recenser dans un PDF tous les jeux auxquels il a joué dans sa vie.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
2 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
KillerSe7ven
Administrateur
9 heures

Qu’est ce que j’ai ri au réveil en lisant ta critique. 😅Ca a l’air de coller parfaitement au ton léger du jeu comme on en fait plus trop aujourd’hui. Du grand Capcom. Et jolis jeux de mots au passage.

2
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x