• Testé sur PC via une XFX 7900 XTX et un téléviseur LG OLED65B9 du sieur BennJ
  • Code transmis par l’éditeur
  • Screenshots éditeur et tiré de la communauté Steam.
  • Aventure principale terminée en 15 heures.
  • Aucun souci technique à signaler. 

Split Fiction place les joueurs dans la peau de deux écrivaines que tout oppose, Mio et Zoe, emprisonnées au sein des univers de fiction qu’elles ont imaginés dans leurs livres. Troisième jeu des Suédois de Hazelight Studios, ce nouveau prétendant au titre de meilleur jeu couch-coop de l’année est enfin sorti. Le titre s’inscrit dans la lignée du succès critique et commercial d’It Takes Two (lire notre critique) primé au Game Awards 2021 et écoulé à plus de 23 millions d’exemplaires depuis. Avec un tel chemin parcouru depuis la grande évasion A Way Out, Josef Fares pouvait-il vraiment faire mieux avec Split Fiction ?

Total Recall

Rétrospectivement, It Takes Two avait su cocher toutes les cases du jeu qui renverse la table. Narration soignée, humour calibré et gameplay aux petits oignon… les louanges ne manquent pas quand on évoque nos souvenirs de cette folle aventure, où deux parents, May et Cody, devaient œuvrer ensemble pour le meilleur et pour le pire. Exit les poupées de chiffon, cette fois-ci, Hazelight Studios opte pour une atmosphère plus « réaliste » (les guillemets sont de mise). Nos deux héroïnes Mio et Zoe offrent un design tout ce qu’il y a de plus standard et lisse. Pas de jaloux, tout le monde sait tout de suite qui sera le personnage relou du jeu dès l’écran titre. Là où les disputes d’It Takes Two s’entendaient du fait de nos deux personnages confrontés au divorce, la formule est ici un peu plus artificielle et les répliques moins incisives. Dommage car il y avait matière à plus de folie. Ensemble, elles devront affronter cette multinationale prête à tout pour pomper les idées créatrices de ses romancières. On est à deux doigts d’évoquer le mot IA ; le sous-texte d’une Silicon Valley sans autre boussole que l’exploitation la plus totale est limpide.

Règle numéro 1 en rando : "Toujours avoir un dragon dans son sac."

Après une brève rencontre dans l’ascenseur de ce building futuriste que ne renierait pas Tony Stark, on comprend tout de suite que les deux femmes ne sont pas sur la même longueur d’onde. La blonde, Zoe, a tout du personnage niaiseux, à l’image de ces groupies de Disney qui chantonnent « Libérée, Délivrée » chaque vendredi soir après une dure semaine à trimer au bureau. On souffrira en silence face à ses remarques cul-cul la praloche et cette fâcheuse tendance à commenter tout ce qui se passe à l’écran. On est loin de la tête-à-claque Atreus mais on regrettera que le jeu ne laisse pas le joueur vivre ses émotions par lui-même. C’est un écueil courant et cas d’école du jeu vidéo moderne qui participe à renforcer la dissonance ludique entre ce que racontent les personnages en extase et ce que vit le joueur avachi sur son canapé. Si on nous félicite inutilement, qu’on nous avertit d’un danger qui vient et qu’en réalité, on ne fait rien de spécial pour l’éviter ou que l’ensemble est scripté, cela donne l’impression d’être floué. C’est un peu comme si notre participation au jeu était dépréciée, voire carrément inutile. Sur ce point l’introduction abuse de ce procédé qui gangrène un pan de plus en plus large du média.

Les séquences en moto auraient gagné à être moins téléguidées.

Mio, elle, est plus aventureuse avec un côté un brin badass. Son monde dystopique rejoint toute l’imagerie populaire de la SF de Blade Runner à Gunnm en passant par Akira. On ouvre des portails avec des bombes, on fuit des drones à moto et on esquive des lasers avec l’élégance de Tom dans sa folle jeunesse d’agent du MI6. Quant à Zoe, on baigne dans une fantasy plus classique et ses niveaux sont clairement les moins inspirés, au début tout du moins avec un pot-pourri entre Les gardiens de la galaxie, Dragons, Le Seigneur des Anneaux et même Game of Thrones. Et c’est sans doute sur ce point que Split Fiction désarçonne le plus. L’introduction va à toute allure comme s’il fallait à tout prix maintenir le duo en éveil, quitte à le rendre plus spectateur que joueur. Qu’importe si les interactions sont téléguidées, il faut avancer quoi qu’il arrive selon le syndrome Uncharted de la chute permanente, entre quelques sauts muraux par ci par là et deux trois pirouettes au grappin.

Qui aurait pu prédire que Benoist allait tomber dans le vide ?

Le hic, c’est qu’on ne nous laisse pas le temps de croire ni à cette intrigue capillotractée de machines à rêves, ni à cette adversité factice. Ce bon vieux docteur Hakim, le « book of love » d’It Takes Two savait mettre l’ambiance et lier ces univers, alors qu’avec Split Fiction on saute sans temps mort dans un melting pot allant de la SF à la fantasy et vice versa. Le jeu n’offre pas vraiment de personnages secondaires charismatiques. Univers réalistes obliges, les niveaux sont un peu moins baroques que ceux d’It Takes Two par ailleurs.

Peut-on répliquer un chef d’œuvre ?

Là où It Takes Two se renouvelait en permanence avec des idées de gameplay à usage unique, Split Fiction est plus académique lors du premier tiers de l’aventure. Les premiers niveaux de fantasy où l’on contrôle une copie crachée de Groot et un vieux singe bleu sauce Monstres et Cie manquent de panache (et d’identité) par rapport à ce que nous avaient proposé les développeurs par le passé. Les premières propositions de gameplay sont pauvres et avec une complémentarité trop artificielle, le level design est plutôt plat entre un platform-simulator et un Assassin’s Creed téléguidé.

Certainement le chapitre le moins inspiré du jeu.... A droite "Groot" fait un doigt d'honneur au fun !

A ce stade de lecture où les défauts s’empilent, vous devez certainement vous demander si je vous parle bien du successeur au GOTY 2021. Et bien oui ! Pour être honnête, le début de l’aventure était même laborieux, voire rébarbatif, ce qui s’est traduit par de courtes séances de jeu, contrairement à It Takes Two qui nous embarquait à chaque niveau dans un tout autre univers ludique. Avec mon fidèle partenaire de jeu Benoist, on attendait qu’une chose : replonger dans la SF de Mio pour défourailler les robots. Ce sentiment planplan du début s’efface progressivement et on peut heureusement dire que Split Fiction ne cesse de s’améliorer au fur et à mesure de l’aventure. La progression est même exponentielle avant un dernier tiers enfin libéré des codes.

Il y a quelques cinématiques qui font leur petit effet "Wow" !

Passé l’agacement du début devant les mimiques et commentaires permanents de Zoe, on finit par s’amuser et à (presque) s’attacher aux personnages. Le mot presque est essentiel ici… Split Fiction avance des thèmes durs comme le deuil et la culpabilité, le trauma et son dépassement. Néanmoins l’écriture est très vite rattrapée par son manque de finesse. On renoue avec les travers d’A Way Out et ses deux frères bras cassés.  Si It takes Two n’était pas nécessairement un chef d’œuvre sur ce point, le côté Toy Story facilitait l’adhésion à l’histoire portée par un fil conducteur rarissime : le divorce et les traces indélébiles infligées aux familles. On aimerait sincèrement s’attacher aux histoires de Zoe et Mio mais la formule est malheureusement expédiée par une mise en scène sans véritable respiration.

Certains passages partent complètement en sucette. Mention spéciale à la séquence grillage de saucisses.

… Et j'vis comme une boule de flipper qui roule

Pour autant, on aurait tort de dire que Split Fiction est un jeu médiocre comme pourrait le laisser penser son introduction. Il souffre certes d’un début bancal mais il ne fait que s’améliorer sur la longueur. Est-ce que des équipes différentes ont travaillé sur certains morceaux ou niveaux pour avoir de tels écarts ? Malgré tout, Split Fiction sait offrir des séquences brillantes qui renouent avec le talent d’It Takes Two ; certains passages vont peut-être même encore plus loin lors d’un final spectaculaire qui vous décrochera la mâchoire par son insolence.

Bienvenue à Disney Land Poudlard !

Le titre du jeu prend alors tout son sens et Hazelight Studios parvient à repenser la logique de l’écran splitté qu’on connaissait jusqu’ici. La barre qui divise l’écran n’est plus fixe, elle peut bouger ou pivoter comme les aiguilles d’une montre, Mio et Zoe peuvent basculer d’un côté ou de l’autre de l’écran splitté, les univers se mélangent et même la perspective déraille avec des interactions folles et pour le coup jamais vues dans un jeu du genre. Les développeurs ont même osé proposer une fusion des deux univers simultanément où l’on doit coopérer pour résoudre des énigmes, chaque partie de l’écran ayant ses propres indices cachés. Chapeau bas aux équipes de dev ! Outre la prouesse technique, c’est ici que le jeu libère tout son potentiel créatif et on aurait aimé qu’il fasse preuve de moins de retenue dès le départ. Les trois derniers chapitres sont un régal intégral et rien que pour ça le jeu rattrape son démarrage en demi-teinte. Ces passages renouent avec le meilleur d’It Takes Two et son gameplay asymétrique.

Le niveau des glitchs renouvelle l'appréhension du split screen. Brillant !
Le passage du boss flipper rappelle le lointain Metroid Pinball (2005).

Outre son final explosif, Split Fiction essaie aussi de renouveler la formule en l’axant davantage vers l’action lors de courses poursuites et glissades qui passent d’un scrolling horizontal à des séquences en profondeur avec des transitions douces souvent bien senties. Néanmoins le côté spectaculaire prend trop souvent le pas sur le gameplay et certaines séquences auraient gagné en intensité si les développeurs avaient fait confiance à l’intelligence du joueur. Les checkpoints sont sans doute trop permissifs et réduisent d’autant l’intérêt des boss dont on n’appréciera pas forcément toute la palette d’animations à cause d’une barre de vie qui fond comme neige au soleil. Restent de très belles idées dans les niveaux bonus, quelques boss sacrément bien pensés comme le dentiste ou encore des séquences ultra dynamiques de flipper où l’un joue la boule tandis que l’autre utilise les gâchettes pour jouer.

Pas toujours évident de passer après un rouleau compresseur comme It Takes Two. Sans faire mieux que son prédécesseur, Split Fiction rattrape le tir après un début d’aventure moins inspiré que ce qu’on espérait. Néanmoins, les développeurs savent aussi donner le meilleur sur la seconde partie du titre avec des idées débridées et généreuses qui talonnent son modèle. Ce bon vieux Josef Fares avait raison quand il fanfaronnait en ce termes : « il y a des choses dans ce jeu, en particulier vers la fin, que vous n'avez jamais vus dans un jeu vidéo. Voilà à quel point je suis sûr de moi ». Verdict ? Si l’on résumait Split Fiction à une expérience gastronomique, on peut dire qu’on passerait d’une entrée fadasse à un plat principal réconfortant jusqu’au dessert grandiose. Ce n’est peut-être pas le meilleur équilibre ludique, mais rien que pour la cerise sur le gâteau qu'on attendait plus, on ne saurait que vous recommander de lui pardonner ses quelques errances. Malgré ses défauts bien réels, Split Fiction n’augure que du bon pour l’avenir de ce fleuron du programme EA Originals. Avec Split Fiction, Hazelight Studio signe une nouvelle expérience couch coop pleine de surprises. Un vent de fraîcheur qui fait du bien, alors que la vraie coop est trop souvent délaissée aujourd’hui. Une belle pioche dont bénéficiera la Switch 2 pour son lancement le 5 juin !
Pour
  • Un jeu chatoyant
  • Couch coop inspiré
  • Gameplay accessible
  • Pas de temps morts
  • Les niveaux futuristes
  • Les niveaux cachés
  • Le dernier tiers du jeu renversant
  • Le final grandiose
  • Un jeu pour petits et grands
  • Hommages nombreux
Contre
  • Direction artistique inégale
  • Narration prévisible
  • Personnages sans charisme
  • Début du jeu planplan
  • Plateforme trop téléguidée
  • Moins de coopération brute
  • Le split screen revisité intelligemment
  • Boss trop simples
  • Zoe niaise et bavarde
  • Challenge limité
  • Mini-jeux plus rares

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

Tout a commencé à 10 ans avec l'achat d'une NES et sa cartouche contenant Duck Hunt / Super Mario Bros. Quelques années plus tard mes goûts ont bien sûr évolué, mon Mario a maintenant un M16 et s'éclate en pilotant un char d’assaut dans Battlefield. Comment ça le Bowser d'en face m'a mis une balle entre les deux yeux ? C’est forcément un « cheater » !!

 

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