• Testé sur PC
  • Pas de support des écrans ultra larges pour des raisons d’équité, scoring oblige.
  • Résolution à 3440 x 1440. 
  • Fluidité exemplaire : 160 fps constants. 
  • Code fourni par l’éditeur. 
  • 0 souci technique sur une RTX 5070 Ti.
  • Mélange de captures de gameplay officielle et maison. 
  • Joué une trentaine d’heures en quelques jours. 

Fort de son expérience pour dépoussiérer des jeux cultes du passé, Dotemu signe enfin sa première licence originale. Après des années à regarder dans le rétroviseur, l’éditeur français a-t-il atteint l’âge de la maturité ? Sans ce travail de longue haleine pour ressusciter le genre du beat’em up à l’ancienne, Absolum n’aurait sans doute jamais existé. Avant lui, les canadiens de Guard Crush Games et les frenchies de Lizardcube pouvaient se targuer d’avoir relancé la hype du beat’em up avec le retour fracassant de Street of Rage. Quatrième opus rodé, quoiqu’avec le recul encore trop endimanché pour oser déboutonner la chemise, cet hommage réussi avait eu l’effet d’un détonateur.  Retours en grâce de vedettes tombées en désuétude, les revivals se sont démultipliés. Lizardcube prendra le large chez Sega pour développer le sympathique Shinobi : Art of Vengeance (2025), tandis que les montréalais de Tribute Games s’attaquaient à Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder’s Revenge (2022). Pendant ce temps, Dotemu n’est sans doute pas resté indifférent au succès de Dead Cells (2023) et Hades (2020), deux jeux d’arcade plébiscités par les critiques comme les joueurs. C’est ce succès populaire qui a certainement poussé l’éditeur a surfé sur la vague du roguelite. L’élève a-t-il dépassé les maîtres ?

Un travail d’orfèvre

Exit les rixes urbaines de Street of Rage 4, Absolum opte pour une fantasy de toute beauté qu’on doit au studio d’animation français de Supamonks. Le jeu nous promet de parcourir le monde fantastique de Talamh, gouverné par le tyrannique Roi-Soleil Azra, qui comme tout bon despote qui se respecte, vous attendra aux confins du globe. Avant d’espérer battre le fer contre le boss final, il faudra réussir à survivre à son armée de fanatiques de l’Ordre pourpre. ADN oblige du roguelite, la mort n’est qu’une étape parmi d’autres pour tutoyer la perfection. Habitués du checkpoint s’abstenir, si vous avez la peur bleue de l’échec, partie intégrante du genre, vous êtes tombés au mauvais endroit. Absolum est un combat qui se mérite. Signe des grands, à aucun moment le joueur ne se sent pris en défaut par les mécaniques de gameplay. Juste et cruel, Absolum est un pousse-au-skill mené d’une main de maître et (presque) toujours lisible. On sent l’expérience acquise sur le boss rush de Street of Rage 4 que l’auteur de ces lignes avait poncé jusqu’au classement S. La quête du Grâle et le sentiment que chaque échec est toujours juste m’auront poussé à ne pas lâcher la manette. 26 heures de jeu en une poignée de jours, voilà le fruit de mon labeur pour arriver au générique de fin du jeu. L’aventure classique a des airs d’amuse-bouche par rapport au endgame plus corsé, nous y reviendrons.

Ne vous fiez pas à ses couleurs chatoyantes et ses contours cartoonesques qui semblent dessinés à la craie grasse, l’univers enchanteur d’Absolum regorge de pièges en tous genres. Et pourtant, comme le veut un adage bien connu, « easy to play, hard to master », simplicité ne rime pas toujours avec simplisme, au contraire. Une simple pression du bouton carré suffit à engager un combo qui, bien enchaîné, peut mettre les ennemis sous pression et générer des dégâts supplémentaires. Triangle permet d’étourdir les ennemis en les projetant contre les murs, une mécanique qui peut vite devenir dévastatrice. On peut en effet générer un « clash » lorsqu’on presse la touche adéquate, soit pile au moment de l’attaque adverse. Comme l’esquive, le clash permet de « punir » l’adversaire et de briser sa garde. Une technique indispensable face aux ennemis cuirassés munis de boucliers ou autres reptiles à la garde haute. Qu’on vous le dise tout de suite, impossible d’arriver au terme de l’aventure sans maîtriser ses aspects du gameplay. Tout l’art du combo réside dans la capacité à pousser son avantage en créant ses propres ouvertures dans la mêlée.

Les rituels, clé de voûte du gameplay

A cela s’ajoutent des rituels aléatoires qu’on peut enclencher à partir du moment où on a suffisamment emmagasiné de mana, précieuse énergie qu’on récoltera en tabassant les sbires d’Azra sur notre route. Certaines armes de lancer et montures redoutables viennent conforter les combos. Jusqu’ici vous vous dites sans doute qu’Absolum est un énième succédané de Street of Rage. Vous auriez pu avoir raison, à ceci près que le titre de Dotemu semble avoir digéré tous ces prédécesseurs tout en intégrant dans le ragoût la substantifique moelle de tout bon roguelite : celle qui transforme des ingrédients ordinaires en mets raffinés. Autant dire que cela change radicalement l’expérience ; le souci de s’améliorer est diablement addictif, si bien que le mariage des genres semble parfaitement naturel.

Après chaque affrontement conséquent, le joueur a le choix entre deux, voire trois rituels aux effets radicalement différents. Une simple pression d’une des gâchettes déclenchera le rituel après s’être délesté d’une barre de mana. C’est simple, en presque trente heures de jeu, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir affaire aux mêmes situations. Les effets des rituels se superposent et de décuplent au fur et à mesure des améliorations. Avec sept familles de rituels au total, le jeu joue la carte de l’abondance. Entre les invocations nécromanciennes qui permettent de convertir les ennemis à notre cause, les chaines d’étincelles qui électrisent le gameplay, les rituels de ronces qui invoquent des tourelles et permettent de renvoyer des épines, les fins de combos qui se soldent par un tsunami ou un cyclone et j’en passe, Absolum brille par la richesse de ses styles de gameplay évanescents.  A chaque partie, nouvelle approche.

Aucun des rituels ne semble avoir été laissé au hasard, chacun d’entre eux ayant ses propres atouts selon les situations. Vaincre un boss permet également de débloquer des « inspirations » propres à chaque personnage. Soucieux de préserver l’attrait du joueur, les développeurs ont aussi intégré une sorte de monnaie locale qu’on gagnera à la sueur de notre front et qui nous permet de renforcer les aptitudes passives et offensives de notre protagoniste. D’échec en échec, on progresse et des bonus permanents permettent de donner à chaque fois le petit coup de boost nécessaire pour relancer immédiatement une partie. A chaque partie, on engrange aussi une précieuse monnaie qu’on pourra utiliser exclusivement en jeu chez les boutiquiers du cru croisés lors de notre périple. Ce sera également l’occasion de recruter des mercenaires. Un dilemne parfois cornélien quand on la bourse est presque vide et qu’il faut faire des choix judicieux avant le boss du coin. 

Toujours debout

Diablement addictif, le gamedesign laisse toujours en appétit. A l’instar d’un boxeur qui se relève au sixième round, la mâchoire chancelante mais avec l’œil du tigre de celui qui veut triompher quitte à sacrifier quelques côtes sur le ring, le joueur réclame des mandales pour mieux apprendre les failles de l’ennemi. Les premiers boss qui nous donnaient du fil à retordre deviennent des apericubes qu’on engloutit sans broncher ; les chemins qu’on pensait connus savent en revanche révéler de nouveaux embranchements et ennemis toujours plus coriaces. Savamment dosée, la courbe de difficulté suit aussi celle de « splendeur » du joueur. Plus on gagne en niveau, plus le jeu se permet de doser sa difficulté à la hausse. Ici des ennemis en surbrillance ne peuvent pas être mis sous pression et il faudra, en conséquence, impérativement maîtriser les mécaniques d’esquives, de parades et de clashs pour riposter. Une gageure parfois risquée quand on est nous-mêmes mis à l’épreuve par des hordes d’ennemis variés.

A force de castagne, on lit de mieux en mieux les patterns des ennemis et ce qui nous semblait impossible au premier abord devient un jeu d’enfant. Qu’on ne s’y méprenne, comme tout jeu d’enfant, il y a une part de vice dans l’affaire. Un run bien engagé peut parfois tourner au vinaigre comme si le jeu avait intégré qu’on avait pété une mécanique de gameplay. Je regrette un peu d’avoir découvert qu’on pouvait utiliser nos montures avec parcimonie pour les réserver contre les boss qui sont alors expédiés en quelques secondes. Afin de rajouter de la harissa dans le couscous, Absolum nous jette alors à la tronche de la semoule à gros grain : deux cuirassés résistants à la pression au milieu d’un joyeux bordel viennent nous mettre des bâtons dans les roues. « Prends-ça et montre-moi si tu as vraiment digéré l’entrée avant de passer au plat principal » semble fanfaronner Absolum. Pour arriver au dessert, il faudra savoir affuter sa fourchette. Perché dans sa tour, Azra se mérite et aucune route alternative entre les quatre différents biomes du jeu ne vous facilitera la tâche. Notons au passage que les développeurs ont ajouté un portail caché à Yeldrim, comme une porte vers l’enfer au cœur des ténèbres. Après avoir été méchamment corrigé, l’égo rabougri par la raclée, je n’y ai pas (encore) remis les pieds (la vengeance est un plat qui se mange froid).

Les quatre mousquetaires

Au cœur du gameplay d’Absolum, il y aussi quatre personnages jouables aux aptitudes radicalement différentes : l’épéiste Galandra aux combos acérés, le nain Karl qui préfère les patates de forains aux coups d’estocs, Cidre qui voltige entre les ennemis pour mieux les frapper dans le dos et Brome, le mage grenouille hermaphrodite qui envoie des sorts redoutables. Si on commence avec Galandra et Karl au choix, on débloque les autres personnages en parcourant le monde de Talamh. Quelques quêtes nous donnent accès à de précieux cristaux qu’on utilisera pour renforcer nos statistiques et qui permettront plus tard de relancer des rituels aléatoires, ce qui peut à terme déséquilibrer un peu le parti pris initial et les mariages improbables de rituels contraires qui font partie intégrante de l’expérience.

Si le scénario se dessine par bribe, le lore d’Absolum reste volontairement trouble. Généreux dans son approche, Absolum ne cesse de surprendre le joueur avec de nouveaux embranchements qui s’ouvrent au fur et à mesure des parties. Qu’on se le dise d’entrée de jeu, ce n’est pas l’histoire d’Absolum qui vous poussera au bout de l’aventure. Cela dit, le jeu jouit d’un excellent doublage anglophone et les quelques brèves descriptions des paysages renforcent l’adhésion à cet univers fantastique. Sans égaler la narration environnementale de Dark souls ou Hollow Knight, loin s’en faut, Absolum a su forger sa propre identité qui ne rappelle aucune autre.

OST au diapason

Derrière ce sentiment qu’aucun détail n’a été laissé au hasard, Dotemu a aussi apporté un soin remarquable à l’OST du titre. Gareth Coker s’est entouré des meilleurs compositeurs contemporains pour les thèmes des boss, faisant d’Absolum un voyage musical d’une richesse folle. Les quelques pistes qui illustrent cet article devraient vous en convaincre. On retrouve Mike Gordon (Doom Eternal) qui a vraisemblablement eu carte blanche pour le thème du roi des morts, un délice où les riffs de guitare s’enflamment lors de ce premier pic de difficulté qu’on ne risque pas d’oublier. Comme si cela ne suffisait pas, on retrouve aussi les artistes Yuka Kitamura (Elden Ring) et Motoi Sakuraba (Dark Souls) pour des partitions gothiques envoûtantes.

La bande originale s’adapte aux quatre biomes distincts et rares sont les jeux qui manient autant de registres avec une telle aisance. Preuve en est, Dotemu a mis les petits plats dans les grands en ayant recours à un orchestre de 65 musiciens. Faire une OST allant des instruments à cordes aux guitares électriques, c’est le pari intégralement réussi d’Absolum. Trop souvent négligée dans les jeux de ce calibre, l’OST est pourtant le ciment d’une action survoltée. Il faut vivre ses moments où on se laisse enivré par les instruments à corde. Frapper l’ennemi alors qu’un chœur balbutiant commence à dicter le tempo fait aussi son petit effet. Le cœur s’emballe et le joueur voit la lumière au bout du tunnel. « Résiste » nous souffle le jeu, « Tu es à deux doigts de la victoire ». Et c’est peu dire : la moindre hésitation et un combo bien engagé peut se transformer en dérouillée carabinée. Souvenir douloureux d’avoir failli face au boss final à qui il ne restait qu’un pixel de vie. C’est la loi de la jungle. Pour ne pas rester la proie, il faut accepter sa condition de prédateur.

Endgame aux petits oignons

Une fois la quête principale finie, le jeu propose la même aventure dopée aux amphétamines. Certaines zones sont corrompues, comprendre qu’elles sont infestées d’ennemis coriaces et même parfois de deux boss réunis, qui plus est escortés par des monstres qui sortent en continu de portails spatiotemporels.  Indiquées sur la carte, ces zones au challenge musclé, peuvent être évités en choisissant un chemin plus sûr. Pour autant, même au bout d’une trentaine d’heures, la courbe de difficulté semble chercher à s’adapter aux progrès du joueur. Quand la situation devient ingérable, reste la possibilité d’utiliser une étoile de puissance pour générer un superpouvoir dévastateur et propre à chaque personnage.

Les développeurs ont (pour une fois) compris qu’il fallait impérativement en limite l’usage pour ne pas dénaturer le gameplay. Les étoiles de puissance sont rares et on ne pourra pas en avoir plus que trois, ce qui ne m’est arrivé que quelques fois sur une trentaine d’heures. Après avoir vaincu Azra, l’engame vous proposera de défier Absolum à la toute fin du jeu. Et puisque le défi en vaut la chandelle, le bougre n’hésitera pas à vous tuer instantanément dès les premières secondes de combat. Objectif à peine déguisé : vaincre le jeu sans vie supplémentaire ! Malgré tout, on ne cessera de le redire, la difficulté d’Absolum est élevée mais parfaitement surmontable pour qui voudra bien chercher à comprendre les rouages du gamedesign plutôt que de marteler benoitement les boutons de la manette.

Reste aussi la possibilité de former un duo en local et même en ligne pour parcourir l’aventure avec des renforts. Le jeu adapte sa difficulté et il faudra cependant être habitué au genre pour ne pas perdre le fil. Ce qu’on gagne en soutien, on le perd mécaniquement en lisibilité, d’autant plus avec les rituels de nécromanciens qui peuvent générer un joyeux bazar. Jouer à deux, c’est aussi s’envoyer les ennemis comme des balles de ping pong, de quoi décupler les effets des saisies et projections.

Seul ou épaulé par un partenaire, Absolum est un régal de chaque instant. On se réjouit que Dotemu ait su supporter une nouvelle licence plutôt que de revisiter de nouveau une ancienne licence. Les développeurs français signent un excellent roguelite qui fera date. Le gameplay est un bonbon, les animations sont de toute beauté et la direction artistique graphique et sonore renforcent le sentiment d’aventure. Avec Absolum, Guard Crush Games ne fait plus seulement partie des développeurs qui ont savamment compris les rudiments du genre. Le studio peut désormais jouer dans la cour des grands, celle où l’on ne rend plus seulement hommage aux maîtres. Les développeurs appartiennent désormais à un petit cercle d’initiés qui donnent le cap vers de nouveaux horizons ludiques. Nul doute qu’on ne manquera pas de surveiller avec attention les prochaines sorties de Dotemu, éditeur en lice pour détrôner son rival Devolver, quelque peu en perte de vitesse depuis son entrée en bourse.

Pour
  • Direction artistique magnifique
  • Animations au top
  • Gameplay addictif
  • Le côté sandbox des rituels
  • Roguelite équilibré
  • Variété des personnages
  • Bestiaires et boss variés
  • OST sublime
  • Doublage excellent
  • Jouable en coop
  • En ligne et en local
  • Enfin une nouvelle licence
  • Difficulté savamment dosée
  • Rejouabilité importante
Contre
  • Rare perte de lisibilité en coop
  • Système de scoring opaque
  • Bouton carte mal placé
  • Montures un peu cheatées

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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