• Testé sur Xbox One S, via l’édition physique de la version Xbox 360.
  • Jeu acheté l’année de sa sortie originale.
  •  Environ 15h de jeu au total.
  • 100% pratiquement atteints, à l’exception d’un unique collectible manquant.
  • Article garanti sans divulgâchis. 

Si vous pouviez choisir de réunir une franchise vous parlant tout particulièrement avec l’un de vos développeurs favoris, alors quelle serait l’alliance improbable que cela donnerait ? Me concernant, un Dragon Ball façon RPG confié à une boîte massive et compétente comme Square Enix, ou un The Thing chez Atlus… mais on peut toujours rêver ! Néanmoins, quand bien même ce combo m’aurait fait saliver abondamment il y a quinze ans, il me semble que j’aurais été parfaitement incapable d’imaginer quelque chose d’aussi lunaire qu’un Obsidian Entertainment, père des exceptionnels Star Wars KOTOR 2 et Fallout New Vegas, aux commandes d’un RPG South Park. C’est pourtant bien ce que l’on a eu, en 2014, sur PC, Xbox 360 et PlayStation 3. South Park : Le Bâton de la Vérité, véritable miraculé ayant échappé à l’effondrement retentissant de THQ en étant récupéré in extremis par Ubisoft, est bel et bien né. Dieu merci !

Bâton de joie

Grand faiseur marchant dans les pas de BioWare et de Bethesda, Obsidian Entertainment est parvenu, assez vite, à acquérir un statut d’incontournable du RPG occidental. Outre les deux grands jeux que je citais en introduction, on connaît ce studio américain pour plusieurs classiques tels que Neverwinter Nights 2 et ses extensions, ou Pillars of Eternity et sa suite. Bien que son palmarès ne soit pas irréprochable, le studio rivalise d’idées et de bonne volonté, ne serait-ce qu’en élargissant ses franchises maison dans l’espoir de combler les fans, comme avec le récent Avowed (lire notre critique). Alors évidemment, quand au début des années 2010 on nous annonce qu’Obsidian planche activement sur un jeu South Park, nous sommes nombreux à crever d’impatience d’en découvrir plus. Beaucoup d’enfants des années 90 ont connu cette série télévisée assez tôt pour qu’elle les marque durablement, et son ton irrévérencieux, ainsi que ses personnages grossiers, ont su se faire une place au sein de la culture populaire, aux côtés, par exemple, de Malcolm. Alors la perspective de connaître une véritable aventure interactive dans cet univers, avec cet humour si particulier, avait quelque chose d’excitant. On avait bien eu quelques jeux South Park par le passé, mais rien d’aussi ambitieux. Et surtout, rien d’aussi fidèle, à première vue, au matériau d’origine : les premières images parlent d’elles mêmes.

Et effectivement, non seulement le jeu est fidèle visuellement, mais il l’est aussi en matière d’écriture. On retrouve les créateurs du show TV aux commandes du scénario et des dialogues, avec l’intégralité du casting… américain. Les doubleurs français ne seront pas sollicités pour cet opus, qui connaîtra heureusement un assez gros succès (près d’un million et demie de copies écoulées dans le monde) pour que l’erreur ne soit plus commise par la suite. Une erreur qui a probablement empêché pas mal de joueurs d’apprécier South Park : Le Bâton de la Vérité à sa juste valeur, voire de se lancer dedans sereinement. Parce qu’en bon RPG, le titre s’avère très verbeux, et balance une quantité assez folle de références à des épisodes de la série, aussi bien de lointains que de plus récents, à l’époque de sa sortie. Non seulement les personnages parlent assez vite, mais en plus la traduction sous forme de sous-titres n’est pas idéale, ayant parfois du mal à coller avec le rythme des dialogues, et adaptant difficilement certains gags. Je dois avouer qu’à l’époque de sa sortie, j’étais passé à côté de pas mal des ressors comiques, tout simplement parce que je ne les avais pas compris, ou parce que la traduction ne leur faisait pas honneur. De retour sur le jeu près de douze ans plus tard, avec un bagage bien plus rempli en matière de langue anglaise, j’ai pu prendre une belle revanche sur le titre, et par la même me faire les abdos !

Parce qu’il faut dire ce qui est, South Park : Le Bâton de la Vérité est absolument tout ce que l’on pouvait attendre, et même bien plus encore. On a vraiment l’impression de se lancer dans un épisode de la série, avec ses intrigues à tiroir absolument absurdes, débouchant sur des sujets de société brûlants et des pics gratuits lancés à des célébrités qui n’ont rien demandé. Âmes sensibles s’abstenir (enfin, comme d’habitude avec South Park en somme), le titre parle aussi bien d’avortement et de sodomie, avec quelques scènes très graphiques, que d’extraterrestres et de zombies nazis. Un grand écart qui lui permet non seulement de brasser large au niveau humoristique, mais aussi de demeurer frais tout du long, même pendant tout son contenu annexe qui ne démérite pas. Au sujet des scènes graphiques, notez toutefois que l’Europe n’a pas été épargnée par une certaine censure. Plusieurs passages ont été tout simplement coupés, remplacés par des plans fixes avec le drapeau étoilé nous expliquant ce que l’on rate via un petit texte, le tout sur fond de musique d’ascenseur. Une manière de faire qui a son charme, et qui peut arracher quelques rires, il est vrai, mais qui a de quoi décevoir en sachant à côté de quoi on passe. Quand on sait à quel point les USA sont puritains, voir que l’Europe, se revendiquant terre de la liberté d’expression, a fait supprimer des gags dans un jeu aussi peu réaliste, a quelque chose d’absurde, voire de ridicule.

Mais rien d’assez absurde pour empêcher l’appréciation de ce jeu qui réalise pratiquement un sans faute, et ce sur tous les aspects. L’écriture, donc, est absolument inattaquable. Si c’est bien du South Park que vous venez chercher ici, et si vous avez une bonne maîtrise de l’anglais, alors vous ne pouvez pas être déçu. Tout est prétexte au gag, de l’histoire principale à la moindre petite babiole récupérée à la fin d’un combat, en passant par les différentes capacités de nos écoliers ou les ennemis eux-mêmes. Visuellement, ce n’est pas beau. Mais en même temps, une adaptation de South Park ne pouvait décemment pas changer drastiquement d’aspect visuel. Certains ont été décontenancés par les graphismes en 3D du récent Snow Day, et il ne faut guère réfléchir longtemps pour comprendre pourquoi : ça n’a plus rien à voir avec le show télévisé. En cela, et comme je le disais plus tôt, South Park : Le Bâton de la Vérité est une adaptation extrêmement fidèle, qui reproduit les décors de la série à la perfection, de même que les personnages. Cet aspect collage un peu dégueulasse, qui donne la vague impression d’un travail d’art plastique réalisé par un gamin déficient, c’est tout l’ADN de la franchise de Trey Parker et Matt Stone. Ajoutez à cela toute la bande son déjà connue des fans de la série, ainsi que les doubleurs, comme dit plus tôt, et on se croirait complètement dans un épisode interactif. Ce que, dans une certaine mesure, Le Bâton de la Vérité est, puisqu’il vaut nettement plus pour tout ce qui tourne autour de son histoire et ses personnages que pour tout le reste.

Le mystère au chocolat

Et pourtant, tout le reste ne démérite pas, bien qu’en substance on demeure devant un RPG assez classique dans sa proposition. South Park : Le Bâton de la Vérité nous offre la possibilité plutôt agréable de nous promener dans un South Park fidèlement reproduit, auquel on croit, avec les maisons de pas mal de protagonistes et une bonne quantité de commerces dans lesquels on peut entrer. Le titre a le bon goût d’encourager l’exploration en disséminant pas mal de babioles dans son environnement, parfois pas évidentes à dénicher, et en nous offrant plusieurs pouvoirs, au fil de l’aventure, qui nous permettent de débloquer certains passages. Si nous ne sommes pas au niveau d’un Castlevania ou d’un Metroid, il faut reconnaître que cette façon de faire offre une bonne partie de son sel au contenu annexe, quand celui-ci n’est pas particulièrement scénarisé. Le Bâton de la Vérité propose une bonne quantité de quêtes subsidiaires, parmi lesquelles les deux tiers sont fort bien écrites (enfin comme dans un épisode de la série), tandis que le reste fait plus office de remplissage destiné à ceux qui aiment poncer leurs jeux en profondeur. Là encore, c’est assez pertinent, d’autant que c’est toujours l’occasion de découvrir une petite référence, tantôt subtile tantôt plus explicite, à un événement ou un personnage passé. Pour les fans de la première heure, c’est véritablement du pain béni. D’autant que l’exploration a le bon goût de ne pas s’encombrer de trop de combats.

Ceux-ci n’arrivant pas aléatoirement, comme chez les premiers Final Fantasy, mais offrant plutôt la possibilité d’esquiver nos adversaires (ou de les affliger d’un malus), façon Dragon Quest XI, se révèlent d’autant plus digestes. A fortiori dans la mesure où, en dehors des quelques « donjons », ils sont fort bien répartis sur la map. On peut passer plusieurs dizaines de minutes sans combattre, ce qui est assez rare, dans le genre, pour être souligné. Ces combats se déroulent au tour par tour, et vous y bénéficiez de la présence d’un allié, incarné par un des personnages principaux du show TV. Comme dit plus tôt, on demeure sur quelque chose de très classique. South Park : Le Bâton de la Vérité possède son propre système d’affinités, ainsi que de résistances, et vous devrez composer avec vos différentes capacités pour vous en sortir. Des capacités qui dépendent de votre classe, choisie au début du jeu parmi une liste de quatre : guerrier, mage, voleur et… juif, évidemment ! Peu de choses à redire à ce niveau, si ce n’est que l’on évolue assez lentement, et que la montée en puissance se traduit autant par une évolution de nos barres de vie et de points de pouvoir, que par l’accession à de nouveaux paliers pour nos capacités, que l’on débloque définitivement à l’aide de points de compétence. Rien de bien compliqué, tout est accessible aux joueurs les moins chevronnés, ce qui peut autant être vu comme une qualité, pour ceux concernés, qu’un défaut, pour les plus gros joueurs. Ces derniers seront toutefois plus à même d’apprécier la mécanique de QTE, façon Super Mario RPG (lire notre critique), permettant autant d’attaquer que de contrer les coups adverses.

Notre personnage, que l’on monte de toute pièce via un éditeur pas bien fourni (mais que l’on pourra customiser en jeu via une palanquée d’items à trouver dans les décors) se voit aussi confier un divin pouvoir, celui du pet. Après une petite séquence de tutoriel un peu nulle, mais surtout après nous avoir fait jurer de ne jamais, sous aucun prétexte, péter sur les boules d’un autre homme, Cartman nous offre la possibilité de dégazer absolument quand on le souhaite. Ce qui permet de faire rire les petits camarades, bien sûr (et vous avec, si comme moi vous êtes toujours un gosse derrière vos rides), de faire exploser des éléments de décors lorsqu’une flamme est à nu, et peut aussi être utilisé en combat. À ce sujet, petit reproche, la barre de mana, correspondant aux possibilités de pets pendant les affrontements, est la seule à ne pas se recharger automatiquement dès que l’on terrasse nos adversaires. Alors oui, c’est pour la bonne cause, puisque les pouvoirs du prout sont très puissants, mais devoir utiliser sans cesse des items pour en bénéficier a quelque chose d’assez irritant. D’autant plus que l’inventaire est assez médiocre, et représente assurément le plus gros défaut du jeu : les objets y sont simplement alignés dans une longue (très longue) liste, et chaque fois que l’on désire se soigner ou récupérer des points de pouvoir, par exemple, il faut longuement chercher, ce qui n’a rien de bien fun, vous vous en doutez.

S’il n’y a pas grand chose à reprocher au titre, dans le fond, quelques défauts sont tout de même à souligner. À commencer par quelques bugs qui n’ont jamais été corrigés : je me suis retrouvé à deux reprises bloqué par un élément du décors (deux fois sur une échelle d’ailleurs), ce qui m’a contraint à recharger ma partie. Heureusement, s’il est possible de sauvegarder manuellement, le titre le fait aussi automatiquement chaque fois que vous changez de zone. Difficile de ne pas voir là un aveux d’échec face au bug cité précédemment. South Park : Le Bâton de la Vérité n’est pas bien long, ce que personnellement je vois comme une qualité. Comptez une grosse quinzaine d’heures pour en faire un tour exhaustif, et cinq de moins si vous ne pratiquez que l’histoire principale. Toutefois, cela ne l’empêche pas de souffrir de quelques petites longueurs, mais surtout d’user à plusieurs reprises d’allers-retours franchement peu amusants, sentant assurément le remplissage facile. C’était l’époque où l’on glorifiait la durée de vie, et d’ailleurs les critiques sont assez éloquentes sur le sujet. Dommage, car dans les faits, il n’avait pas besoin de ça, puisque son aventure est extrêmement dense, et par dessus tout mémorable. Enfin, on pourra lui reprocher une interface façon réseau social qui manque pas mal d’ergonomie, ainsi qu’un challenge qui aurait gagné à être un brin plus relevé dans le mode de difficulté médian.

Cliquer ici
Cliquer ici

South Park : Le Bâton de la Vérité c'est, à l'époque de sa sortie, la cristallisation de tous les rêves humides des amoureux de la franchise. Et bonne nouvelle, puisque le jeu embarque un style visuel extrêmement proche de la série, il est toujours aussi appréciable aujourd'hui. On lui pardonnera certes moins ses quelques petites errances, surtout son inventaire et son interface peu ergonomiques, mais il ne s'agit finalement que de grains de sable qui n'enrayent nullement le plaisir de la découverte. Alors bien sûr, le titre ne parlera pas à ceux qui ne connaissent pas South Park. Mais si vous suivez la série, même depuis peu, et que son humour vous parle, alors vous n'avez aucune raison de passer à côté de cet excellent RPG. D'autant qu'il ne coûte plus grand chose, et demeure rétrocompatible sur Xbox.

Pour
  • Extrêmement fidèle visuellement...
  • … mais surtout niveau écriture
  • Des séquences vraiment mémorables
  • Plutôt court mais intense
  • RPG classique et solide
Contre
  • Quelques bugs
  • Interface peu ergonomique
  • Des allers-retours dispensables
  • La censure européenne

Hermite en devenir, depuis longtemps l'esprit égaré dans de vieux livres, j'ai échoué dans ces colonnes dans l'espoir de partager autour de mon monstrueux Backlog, ou à l'occasion de mes grands amours que sont Biohazard et le J-RPG.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Commentaires sur Inline
Voir tous vos commentaires
KillerSe7ven
Administrateur
10 jours

“Guerrier, mage, voleur et… juif évidemment”. Je crois qu’il n’y a que South Park pour se permettre une telle liberté de ton. La dernière saison est pas si mal mais je regrette quand même l’époque de la légèreté et où le politique se glissait un peu plus “subtilement” dans la vie de jeunes collégiens. Tu me rappelles (encore un jeu) qu’il faut que je fasse. Je le mets sur ma liste. Je l’avais loupé à l’époque, le principe de la censure m’avait sérieusement saoulé

FrançaisfrFrançaisFrançais
1
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x