Jonquil ‘Jonny’ Baptiste est une adolescente insouciante qui va devoir vivre chez sa tante. Le jours de ses 18 ans, elle fait l’objet d’une métamorphose mystique à la suite d’un sort familial, le Forevering. Après que plusieurs adolescentes du lycée ont mystérieusement disparu, ‘Jonny’ se donne pour mission de traquer le Perpetrator. Retour sur ce film plein de bonnes intentions mais aussi maladroit que les jeunes adultes en devenir qu’il met en scène. Présentée au festival fantastique de Gérardmer, la séance a très vite douché notre enthousiasme…

Gérardmer 2024

La sororité pour les nuls

Perpetrator nous vient du latin et renvoie directement au mot « perpétrateur », celui qui commet un crime. Très impliquée dans la défense des droits des femmes, Jennifer Reeder signe ici un film imprégné de l’air du temps pour le meilleur mais surtout pour le pire. Teen movie qui mange à tous les râteliers, Perpetrator revendique sa parenté avec le body horror et tout naturellement Cronenberg, qu’il n’arrive jamais à effleurer.

Fin comme un tractopelle, le film se condamne à un dégueulis de valeurs mal amenées. Les métaphores sont si grossières et peu subtiles que l’image se retrouve systématiquement associée à une explication de texte indigeste et des dialogues d’une pauvreté affligeante. Et ne parlons pas du jeu d’acteur que ne renierait pas une mauvaise série B. Là où des films comme Men parvenaient à produire un discours sensible quoiqu’imparfait sur la masculinité toxique, Perpetrator échoue sur quasiment tous les plans, la faute à un agenda militant qui noie le propos du film dans une palette de bonnes valeurs dignes du club des cinq.

Jennifer Reeder cherche ici à renverser les archétypes du patriarcat en choisissant une bande de filles solidaires à la suite de la disparition de l’une d’entre elles. Comprendre que le féminicide et ses dérivés que constituent le viol sont une violence commune qui n’épargne personne quel que soit le milieu social. Thriller sans suspense ni audace autre que ses trop rares expérimentations formelles qu’annonçait sa couverture trompeuse, chaque trope cher au cinéma masculin décrié est renversé, quitte à générer un négatif aussi caricatural que ce que la réalisatrice voulait pourtant dénoncer au départ.

En déclinant ad nauseam la métaphore de la perte de sang, le spectateur a l’impression d’être pris (au mieux) pour un idiot. Alors que le tabou des menstruations difficiles se libère fort heureusement aujourd’hui, Jennifer Reeder file la métaphore et échoue dès qu’il s’agit de suggérer les choses autrement qu’en arrachant ses signifiants au forceps.

Le personnage de ‘Jonny’ est un condensé préformaté caricatural des causes pourtant bien légitimes du mouvement LGBTQIA+, un acronyme bienveillant auxquelles vous pourrez ajouter toutes les lettres de l’alphabet à loisir. Produit queer sous l’angle le plus tristement mercantile du terme, Perpetrator enferme ses personnages dans des cases si grossières que l’ensemble sonne radicalement faux. Au lieu de choisir un angle plus ouvert sur l’intersectionnalité plutôt que le communautarisme non avenu, la psychologie monolithique des personnages semble configurée au seul service d’une dénonciation périmée de combats pourtant sincères, à commencer par celui des victimes bien réelles d’oppressions identitaires perpétrées au quotidien.

Perpetrator clignote tellement d’intentions qu’il ne réussit jamais à ouvrir la question la question du cinéma vers autre chose qu’une fatalité du genre. Il faut voir combien les rares personnages masculins (et pas qu’eux) sont écrits avec les pieds.

Un film manifeste vu et revu

Sans vouloir enterrer cette jeune réalisatrice engagée qui signe ici son quatrième film, tout semble élagué avec l’élégance de la moissonneuse batteuse. Si le film échoue à emporter son spectateur, c’est qu’il scelle ses personnages pour une seule et même fonction politique : montrer une femme forte. Sans jamais composer avec des personnages féminins qui ne seraient pas autre chose que des ersatz inversés d’un cinéma masculin viriliste éculé, en l’espèce exclusivement basé sur la force et le courage de ses héros, Perpetrator signe d’entrée de jeu sa déchéance. Comment se réduire à une vision si pauvre du cinéma dit féministe ?

Pepetrator n’arrive ni à déconstruire nos représentations genrées ni à démultiplier les angles de la subjectivité. Vouloir prouver que les femmes sont aussi fortes dans le sexisme que les Hommes est le produit d’une vision binaire atterrante là où bien des réalisatrices ces dernières années ont su produire de nouvelles représentations plurielles, loin des archétypes et produits d’une époque où les formes tâtonnent encore depuis le cinéma post #MeToo.

Dans le cinéma (de genre notamment), des métrages comme Titane (et tant d’autres comme Blaze, Le Ravissement, Une fille facile, Anatomie d’une chute, Roqya, etc.) ont réussi à créer des héroïnes à la marge, complexes et torturées. Des figures bien plus crédibles et sensibles que Perpetrator et sa palette de personnages grimés à la moraline. Un angle obtus (voire misandre ?) qui dessert tristement la cause queer, le tout couplé d’une intrigue médiocre.

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

Nyctalope comme Riddick et pourvu d’une très bonne ouïe, je suis prêt à bondir sur les éditions physiques et les plateformes de SVOD. Mais si la qualité n'est pas au rendez-vous, gare à la morsure ! #WeLovePhysicalMedia

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le loup celeste
Administrateur
11 jours

Férocement féministe et queer-friendly, cette série B horrifique 100% girl power détourne cocassement les tropes du genre mais se vautre dans les mares de sang (dégoulinant d’orifices plus ou moins naturels) qu’elle laisse dans son sillage. Car entre des situations sans queue ni tête, des personnages schizophrènes et des thèmes survolés (le passage à l’âge adulte, la prédation masculine), ce drame adolescent qui se masturbe maladroitement en pensant au cinéma de Cronenberg (le body horror) et Lynch (la musique) se fait mordre par ses défauts d’écriture. Misandre cette sororité ? 🩸🩸

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