• Testé sur Nintendo Switch
  • Fini en 13 heures à 99%
  • En mode dock tout le long sur une TV Samsung Q8F 4K 55 pouces

Annoncé puis « shadow droppé » comme une fleur lors d’un Nintendo Direct le 8 Février dernier, Metroid Prime Remastered fit une entrée remarquée. Si la surprise fut partielle, c’est tout simplement car la rumeur d’une actualisation de ce titre culte était régulièrement évoquée. Pour autant, son annonce combinée à sa disponibilité immédiate a fait son effet, non sans cristalliser quelques déceptions auprès de certains fans de la licence qui n’auraient pas boudé leur plaisir à l’idée de gouter à une réactualisation de Metroid Prime Trilogy, compilation des trois épisodes Game Cube parue sur Wii en octobre 2009.

Le retour de la reine

Toutefois, comment ne pas céder à la tentation de (re)découvrir cet artefact sacré, digne de ceux que l’on trouve sur Tallon IV. Véritable prouesse à l’époque et ce à tous les niveaux, Metroid Prime est un titre culte, considéré comme proche de la perfection et matérialisant l’étendue du savoir-faire de Nintendo quant au passage de ses licences en trois dimensions. Super Mario 64 ouvrit le bal pour révolutionner le jeu vidéo dans son ensemble, The Legend Of Zelda : Ocarina of Time transposa à la perfection la recette initiée notamment par A Link To The Past pour devenir l’un des jeux les plus considérés de tous les temps. Comment la saga Metroid pouvait-elle se renouveler et atteindre un niveau de transformation propre à la licence tout en parvenant à réussir sa mue avec le même brio que les deux autres I.P phares de Nintendo ? Tout d’abord en zappant la Nintendo 64, où Samus n’apparaitra que sur l’opus fondateur de Super Smash Bros et des prototypes bancals.  

Samus, tu nous manques...

Puis grâce au fabuleux Shigeru Miyamoto qui eut un éclair de génie au meilleur des moments et à l’érection d’un studio bourré de talents. En effet, Retro Studios a été fondé à Austin (Texas) en 1998 par Jeff Spangenberg sous la houlette de Nintendo dans le but de concevoir des jeux ambitieux pour la firme japonaise. Si ce nom vous est inconnu, les noms de Acclaim et Iguana Entertainement rappelleront sans doute des souvenirs aux fans de la Nintendo 64 et de la licence Turok. Ainsi, le créateur de Mario avait été impressionné par Turok et sa suite Turok 2 : Seeds of Evil qui avaient fait les beaux jours de la N64. Il admirait tout autant la façon dont Iguana maitrisait leur hardware.

I am Turok !

C’est pourquoi dès l’année 2000, Myamoto demanda à Retro Studio de réinventer la série Metroid, alors en sommeil depuis trop longtemps. Fort de leur expérience avec les jeux à la première personne, l’illustre « Steven Spielberg du jeu vidéo » changea son idée initiale de faire du nouveau Metroid un jeu à la troisième personne pour en faire un jeu en vue subjective. En passant d’un titre culte comme Super Metroid, en scrolling horizontal 2D, où le joueur avait les yeux rivés Samus à un jeu à la première personne, Retro n’a eu d’autre choix que de décortiquer Metroid jusqu’à son essence pour en concevoir la résurrection sous un angle (de vue) nouveau. D’aucuns pourraient dire que le studio Texan est parti de zéro, d’autres (dont je fais partie) pensent que bon nombre d’éléments qui ont fait le succès de Metroid Prime étaient déjà présents dans les deux premiers Turok, en particulier sa suite Seeds Of Evil

Il est où le fil d’ariane là ?

Ainsi, loin d’être un simple shooter basique fait de successions d’arènes, le chasseur de dinosaures évoluait dans des niveaux au design labyrinthique, où l’exploration était essentielle pour trouver des clés et débloquer des compétences, forçant le joueur à faire des allers-retours dans les niveaux. D’un seul coup, on comprend d’autant plus le choix de Miyamoto, car en substance, beaucoup d’éléments présents dans Metroid Prime étaient déjà là dans Turok

La renaissance d'une licence, synonyme d'un nouveau genre

Par conséquent, le résultat de cette collaboration inattendue entre Nintendo, entreprise japonaise très protectionniste vis-à-vis de ses licences et le studio texan, aboutit à un chef-d’œuvre absolu et intemporel. C’est bien simple, même aujourd’hui, la philosophie du jeu est encore unique en son genre et il n’existe aucun véritable « Prime Like ». S’il est légitime de penser que Dark Souls reprend l’idée d’un metroidvania 3D avec un level-design labyrinthique et une narration environnementale, le fait est que les deux titres sont fondamentalement différents dans leur essence.

Je ne suis pas Castlevania !

Aussi, à la différence du Halo de Bungie et Microsoft, auquel il était maladroitement comparé à l’époque, si les séquences de shoot font partie intégrante de Prime, le jeu est davantage conçu comme un jeu d’aventure, d’où son appellation de FPA (First Person Adventure) en 2002. Le rythme du jeu est tranquille, les joueurs passant le plus clair de leur temps à observer, comprendre le monde exotique qui les entoure pour en résoudre les mystères et les énigmes. 

Le jeu est constitué de grandes salles, interconnectées par des couloirs, que Samus devra analyser au sens propre comme au figuré pour pouvoir progresser et comprendre ce qui a bien pu se passer sur la planète Tallon IV, alors rongée par un mal mystérieux. Metroid Prime Remastered étant absolument identique au jeu original dans sa composition, nous allons aborder à la fois le jeu en lui-même et l’impressionnant travail de refonte du titre. Un titre qui, s’il est sorti en 2002, est bel et bien là pour rappeler aussi bien aux joueurs de l’époque qu’aux nouveaux venus combien son statut d’œuvre culte n’est pas usurpé.

Dès le lancement du jeu, la présentation donne le ton. Le thème principal de Metroid revisité par son compositeur originel Kenji Yamamoto nous enveloppe dans une ambiance musicale à base de sonorités électroniques matérialisant une atmosphère sombre et mystérieuse. L’animation de l’écran titre est toujours aussi fantastique aujourd’hui, tout comme le thème qui y est associé. La première séquence de gameplay du jeu, mettant en scène Samus qui mène son enquête dans une station spatiale abandonnée, montre combien la nouvelle perspective du jeu respecte l’âme de la licence. 

C’est moi Samus, c’est moi la reine, du royaume spatial !

Une station spatiale suivie d’une remise à zéro des compétences de la chasseuse de primes, puis un atterrissage sur une planète inconnue et sous une pluie battante. Cela vous rappelle Super Metroid ? C’est normal, le jeu respectant et honorant le cahier des charges de la licence, tout en l’enrichissant considérablement. Je n’entrerai pas davantage dans les détails pour préserver les joueurs qui n’auraient pas encore touché à ce joyau. Cependant, gardez bien en tête que Metroid Prime n’est pas un FPS en tant que tel et que son rythme est davantage une succession de balades dont le but est de rechercher des indices et autres éléments de l’histoire à l’aide du scanner intégré à sa visière, de phases de plate-forme et de moments où l’on se faufile dans des zones étroites sous forme de morph ball

On sent bien le frais.

Bien sûr, si les combats ne sont pas en reste, leur nombre et leur intensité grimpant par ailleurs au fur et à mesure de l’aventure, il est important toutefois de rappeler qu’ils ne constituent pas le cœur du jeu. L’âme du titre repose sur le plaisir que l’on à découvrir la richesse des environnements, l’intelligence de son level-design et la sensation grisante lorsque l’on récupère de nouvelles compétences, armes ou armures qui permettent de varier le gameplay et de découvrir de nouvelles zones de la planète. Metroid Prime est plus que jamais une ode à la contemplation tout en étant un véritable tour de force tant il retranscrit à la perfection les codes de la licence. A présent, après avoir vanté les qualités intrinsèques du titre, qu’en est-il de ce remaster ?

Un lifting réussi pour une âme sublimée

Ainsi, dès l’intro du jeu et l’arrivée de Samus sur l’imposante frégate spatiale, on se rend compte combien le terme Remastered est un euphémisme, tant le travail sur les textures et la remodélisation de Samus sont impressionnants. C’est bien simple, Metroid Prime Remastered est certainement l’un des plus beaux titres de la machine et n’a pas à rougir avec la concurrence boostée en teraflops.

Ce soir je serai la plus belle pour aller chasser !

L’un des plus beaux compliments que l’on pourrait faire à ce remaster, c’est qu’il réussit l’exploit de rendre le Metroid Prime original obsolète graphiquement, là où il était coutume de s’extasier de son caractère intemporel. Evidemment, loin de moi l’idée de dénigrer le jeu original dont l’image vampirique de jeune premier surclasse la quasi-totalité de ses contemporains, lequel représente par conséquent un matériau de base plus que solide. 

Toutefois, lorsqu’on les compare côte à côte, les différences sautent immédiatement aux yeux. Rien ne demeure intact, tout a été refait, que ce soit Samus elle-même, ses ennemis ou l’étendue des environnements, le tout en réussissant l’exploit de ne jamais dénaturer l’œuvre originale. C’est bien simple, on peut résumer Metroid Prime Remastered comme l’incarnation même de nos souvenirs, ceux-là même qui enjolivent le passé. On est de fait loin des portages fainéants de la compilation réunissant les aventures du plombier moustachu, si bien que l’on pourrait croire qu’il s’agit d’un avant-goût tout à fait crédible du très attendu Metroid Prime 4.

Metroid Prime 4 : un logo sinon rien ?

Le diable est dans les détails dit-on. Dès lors, tous les effets associés à la vision intra-diégétique de Samus, autrement dit à l’intérieur de son casque, sont sublimés. Outre l’affichage en 16/9ème et en HD de l’ATH, que ce soit les gouttes de pluie qui coulent sur le casque, les effets de condensation et les taches visqueuses qui se répandent dessus, tout a été retravaillé dans les moindres détails. Mieux, ils ont été améliorés, comme en témoigne la pluie à la surface de Tallon où l’on peut non seulement distinguer chaque goutte frappant le canon de Samus, mais en plus, si vous pointez votre canon vers le haut, les gouttes de pluie tomberont alors en cascade dessus. 

Enfin, Samus étant mystérieuse par essence, un sentiment renforcé par la vue subjective, l’un des gimmicks préférés des joueurs de l’époque a été sublimé. En effet, dès lors que Samus est sujette à une explosion ou si elle tire un missile dans l’eau, le visage de l’héroïne qui apparait aussi subitement que furtivement a été entièrement retravaillé. 

Je vous le dis, les yeux dans les yeux : je n’ai pas fait de lifting !

Si Metroid Prime est un jeu reconnu grâce son incroyable direction artistique et à son atmosphère envoûtante, sublimant la notion même d’immersion dans les jeux vidéo à l’époque, ce sentiment d’immersion est plus que jamais présent dans ce remaster. Comme un Scorn (lire notre critique, notre podcast et notre dossier dédié) avant l’heure, chaque environnement, chaque pièce est une œuvre d’art qui raconte une histoire et dissimule un mystère, grâce à un travail remarquable sur l’architecture de chaque région de Tallon et à la crédibilité d’un monde qui possède son propre écosystème et dont les mécaniques vidéoludiques sont de plus justifiées de façon crédible et cohérente avec l’univers. 

Samus Aran Pro Skater !

Cette atmosphère à nulle autre pareille est renforcée par la bande-son du jeu, qui est bien sûr sans fausse note. Des cris de l’héroïne aux sons d’ambiance, tout est fait pour nous plonger dans ce monde à l’identité si singulière. Le sentiment de solitude inhérent à la saga Metroid, dépourvu de dialogue et où les scènes cinématiques sont aussi brèves que réduites, est ici au centre de l’expérience. Le joueur devient alors Samus, en tête-à-tête avec lui-même, et Tallon IV compte sur lui pour en percer tous les secrets. En outre, si le jeu jouit d’une bande originale mémorable, chaque morceau a été conservé à l’identique pour illustrer à merveille les différentes régions de la planète, elles se renouvèlent et ne sortent jamais sortir le joueur du jeu, à l’exception peut-être du thème qui accompagne les combats contre les fantômes chozos, agaçant à la longue.

Un gameplay réactualisé et éternel

Néanmoins, ce remaster ne se contente pas de simples améliorations visuelles dans la mesure où il incorpore de nombreuses fonctionnalités qui améliorent le confort du joueur. Si le système d’indice est, contrairement à ce que l’on peut lire ici et là, une reprise du jeu original, la plupart étaient déjà présentes dans la compilation Metroid Prime Trilogy sortie en 2009 sur Wii. Ainsi, le jeu est jouable avec les joy-con, la manette pro et même une manette Game Cube compatible Switch. En effet, les joueurs peuvent désormais choisir entre un style de commandes à l’ancienne, basée sur le système de lock et où on dirige Samus uniquement avec le stick gauche, un système beaucoup plus actuel où l’on utilise deux sticks comme dans n’importe quel FPS, ou encore utiliser les joy-con pour simuler le principe de pointage propre à la version Wii.

Samus en saute de joie !

En outre, on apprécie la possibilité de sauter directement avec la morph ball et qui avait été introduite dans Metroid Prime 3 : Corruption puis rajoutée à chaque jeu dans l’édition Trilogy. Enfin, la présence d’une galerie où l’on peut consulter différents artworks, une playlist pour écouter les musiques du jeu ainsi que la possibilité de consulter les modèles 3D du jeu peuvent être débloquées au fur et à mesure de la progression du joueur.

En définitive, si l’on peut comprendre la grogne de certains joueurs qui auraient aimé avoir la trilogie d’un seul coup plutôt que seulement l’épisode original, fort est de constater que ce Metroid Prime Remaster jouit d’un travail remarquable et que les 40 € demandés ne paraissent pas si cher compte tenu des efforts fournis. On ne peut que rendre hommage à un tel travail, là où bon nombre d’éditeurs, Nintendo compris, ont l’habitude de proposer à plein tarif un simple portage HD du jeu. Si Metroid Prime jouit d’une aura de jeu culte deux décennies plus tard, ce Remastered en rappelle les raisons de la plus belle des manières. En actualisant la façon de jouer du titre, et en sublimant chaque détail d’un jeu qui en comporte un nombre incalculable, Metroid Prime Remastered est non seulement la version ultime d’un des plus grands jeux de l’histoire, mais aussi l’un des plus beaux jeux de la Switch. Si on regretta deux choses, la première étant l’absence des bonus originaux tels que la présence de l’épisode fondateur sur Nes et le costume Fusion du jeu Metroid du même nom, la deuxième, elle, n’est pas à prendre à la légère, dans la mesure où elle rend l’attente de Metroid Prime 4 plus insoutenable encore.
Pour
  • Un chef d’œuvre absolu dans son plus bel écrin
  • Une expérience unique encore aujourd’hui
  • N’a pas pris une ride
  • Les musiques, éblouissantes
  • La sensation de solitude
Contre
  • Donnez moi Metroid Prime 4 bon sang
  • Metroid Nes et le Costume Fusion absents

Joueur insatiable sur PC et Switch, j’aime grignoter à tous les râteliers. Bidouilleur de l’extrême, j’aime attendre quelques jours après la sortie d’un jeu pour avoir le plaisir d’installer un mod remplaçant Nemesis par Thomas le train ou permettant d’incarner Kratos avec une moustache. Étant incapable de me décider au moment de commencer un jeu, je laisse les clés de mon destin à une roue virtuelle qui choisira un jeu au hasard.

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Ummagumma
11 mois

Ça fait plaisir de lire un tel cri d’amour à ce chef-d’œuvre. C’est également un de mes jeux préférés de tous les temps.

Je l’ai d’ailleurs refait cette année (ça faisait 15 ans) ainsi que le 2. Je les ai refaits sur PC par l’entremise d’un mod clavier-souris et d’un lifting graphique, moins réussi que ce remaster, qui avait pour effet de simplement adapter l’ancien jeu aux résolutions actuelles et d'”upscaler” les textures.

J’étais tellement obsédé dans mon exploration que j’allais me coucher super tard, le signe des grands jeux.

Et dire que KillerSe7ven ne l’a toujours pas fait :-O

trackback

[…] est amusant. Les développeurs puisent également dans d’autres licences de Nintendo de Metroid pour le clin d’œil au vaisseau mère à Captain Toad pour certains niveaux spéciaux cubiques […]

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