Slasher cauchemardesque enchaînant les références, Terrifier 2 est surtout l’occasion pour son réalisateur Damien Leone d’hurler – entre deux effusions de sang – son amour du cinéma horrifique. Après le test technique du loup celeste, retour sur ce film d’horreur hors-norme tandis qu’il vient tout juste de trainer sa carcasse ensanglantée jusque dans le catalogue de Shadowz.

Réveil à la morgue

Une drôle d’entité vient réveiller Art le Clown (David Howard Thornton) à la morgue, l’occasion pour le médecin légiste de passer un sale quart d’heure… Mais si le Clown n’en oublie pas sa coquetterie en faisant un crochet par la laverie, il va rapidement croiser la route d’une ado, Sienna (Lauren LaVera), et de son petit frère. Un an après la précédente boucherie d’Art le Clown, voilà qu’il ramène à nouveau sa haute carcasse dans les rues de Miles County pour un Halloween qui promet d’être plus sanglant que jamais.

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Damien Leone n’est pas tombé dans l’horreur par hasard ! Sa mère elle-même était une fan inconditionnelle du genre – jusqu’à l’appeler Damien à cause du petit enfant de La Malédiction – et son métier de maquilleur lui a permis de s’infiltrer dans le monde du cinéma. Pourtant ses pulsions de cinéma le pousse à réaliser des courts-métrages : d’abord The 9th Circle (2008), puis Terrifier (2011), qui se retrouvent tous deux combinés dans un long-format dénommé All Hallows’ Eve lui aussi disponible sur Shadowz.

Il lancera un financement participatif pour tourner le premier Terrifier version long-format, mais le public reste timide… C’est donc un producteur qui financera les 35’000 dollars nécessaires pour le tournage du film. Un micro-budget pour un film américain… (à titre de comparaison, Scream VI un autre slasher récent plutôt moyen et comparativement bien peu généreux, a coûté pas moins de 35 millions de dollars !). Terrifier finit par réaliser un box-office de plus de 10 fois son budget initial et a rapidement acquis un statut de film culte dans la sphère horrifique : rien de mieux pour lancer sur les rails un projet de suite…

Sauf que contrairement aux logiques marchandes hollywoodiennes, Leone ne sacrifie pas son œuvre : le budget reste encore très modeste (250’000 $), il garde le contrôle des postes principaux et conserve le même ton de bis gore, parfois bancal, parfois très généreux, mais toujours radical.

À revers du mauvais sens...

Et Leone va s’attacher à prendre tout ce que le cinéma horrifique mainstream nous offre actuellement, et à le retourner comme un gant. D’abord, s’arracher au système de financement hollywoodien qui sature le marché de films d’horreur moyens ou dispensables permet à Leone de développer un film en gardant son goût immodéré du fait-main et de l’artisanat.

Ensuite, il joue également avec les règles du slasher. Là où pléthore de ces films jouit du jeu de massacre de protagonistes décérébrés, Terrifier 2 inverse cela : en choisissant des victimes auxquelles le spectateur a eu le temps de rentrer en empathie, les crimes sadiques d’Art le Clown sont d’autant plus insupportables. Et à l’inverse, lorsque le bourreau lui même finit par devenir la victime, c’est là que les effusions de sang et de tripailles deviennent d’autant plus jouissives pour le spectateur. Finalement, choisir de garder un pan purement fantastique confère à Terrifier 2 des décrochages cauchemardesques absolument délicieux  !

Drop on by the clown café...

Chantée dans la scène proposée ci-dessous, Terrifier 2 offre une comptine au moins aussi entêtante que celle de Freddy, et ce n’est pas là (loin s’en faut) la seule référence au corpus du cinéma horrifique…

Les Freddy, Massacre à la tronçonneuse 1 et 2, évidemment La Nuit des masques, le séminal Psychose, le cinéma de Rob Zombie, etc. Décidément, Terrifier 2 cite à la pelle sans jamais pourtant perdre son ADN si particulier, qui permet à ce film de se détacher pourtant de l’énorme masse des slashers. Peut-être est-ce dû à ce ton décomplexé, osant autant la frivolité adolescente que les blagues graveleuses (just the tip !). Peut-être également grâce à son boogeyman mutique, entrant quasiment  instantanément au Panthéon des meilleures méchants de films d’horreur. Plus sûrement un savant mélange de tout cela, couplé à l’envie du fait-main qui transforme ce Terrifier 2 en véritable fête de la matière.

Bref, vous l’aurez compris, ce Terrifier 2 est une bonne surprise pour le spectateur d’horreur au cœur bien accroché ! Entre ses vibes old school, son clown presque aussi terrifiant que Pennywise (version livres) et sa tripotée de maquillages et d’effets pratiques gores à souhait, c’est décidément une réussite du cinéma bis actuel. Et s’il est maladroit par bien des aspects, on ne voit pas passer les 2h20 (!) du long-métrage… Bref, une très jolie surprise qui devrait nous faire patienter jusqu’à la sortie de Terrifier 3 (où Art devrait troquer son costume d’Halloween contre celui du Père Noël) prévue en octobre 2024 !

Le film est désormais disponible sur Shadowz, avec un making-of et plusieurs entretiens avec Damien Leone.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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Ummagumma
18 jours

Il faut que je trouve le courage de le regarder.

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