• Testé sur Nintendo Switch
  • Jeu acheté sur l’eShop
  • Screenshots éditeur
  • Je n’avais pas joué au jeu d’origine…
  • … mais j’ai fait tous les Mario and Luigi et Paper Mario: La Porte Millénaire qui aura bientôt droit à un remaster. 
  • A quand un prochain Mario and Luigi  ?

Avec Super Mario RPG sorti en 1996 sur Super NES, Nintendo faisait un double pas de côté, d’une part en bifurquant de la plateforme traditionnelle vers le jeu de rôle, d’autre part en confiant le plombier moustachu à Square, pionnier et maître incontesté du JRPG. Nul doute que l’engouement massif autour de Dragon Quest, Final Fantasy, Seiken densetsu ou encore Chrono Trigger avaient dû justifier le choix de Nintendo pour Square comme une évidence. Un pari gagnant qui propulsa Super Mario RPG à la troisième place du podium des jeux les plus vendus au Japon lors de l’année de son lancement. Presque trente ans plus tard, que vaut le remake de l’aventure du plombier moustachu, lui qui donna naissance aux excellentes licences Mario and Luigi et Paper Mario ?

Mario au pays des merveilles

Dans l’histoire de Nintendo et de mémoire de joueur, les alliances entre le petit artisan et d’autres studios sont aussi rares que brillantes. Avant que le divorce ne soit consommé, impossible de ne pas songer à la collaboration du trouple Rare, Retro Studio et Nintendo pour Donkey Kong Country. Ou quand Nintendo confiait sa licence Zelda à Capcom, Minish Cap redéfinît avec panache les habitudes des joueurs. Nintendo et Sega ? On vous répond F-Zéro GX dont on ne compte plus les cierges brûlés pour espérer un nouvel opus ou même un remake. Plus récemment, la firme nipponne osait même l’impensable en laissant Ubisoft réaliser un tactical RPG de Mario avec les lapins crétins. Toujours pour le meilleur. Dans cette même logique, Super Mario RPG ne déroge pas à la règle et l’apport de feu Square transparaît tout au long du jeu.

Super Mario RPG

En cassant d’entrée de jeu les codes du triptyque Princesse en danger, kidnapping de Bowser et sauvetage en bonne et due forme, on doit beaucoup à Square dans la libération de la formule Mario (et à l’émancipation de la princesse vis-à-vis de ses ravisseurs). Dès le départ, Bowser se fait doubler par la bande de Forgeroi qui rafle Peach au passage. Nick Fury malgré lui, Mario finit par s’entourer de joyeux lurons à commencer par Mallow, un garçon nuage pleurnichard et Géno une poupée possédée par un esprit céleste qui rappelle Pinocchio. Ces Avengers du pauvre seront heureusement rejoints par Bowser et Peach, l’alliance la plus contre-nature possible mais qui fait tellement plaisir. Voir Peach jouer les artificiers avec l’attaque psychobombe ou lancer des sorts de thérapie pour soigner Bowser a quelque chose de terriblement régressif. Quelques scènes nous font esquisser un sourire même si on n’atteint pas encore le comique bien barré du show des deux frères Mario and Luigi qui marqueront 2003 sur GBA.  

Super Mario RPG

C’est en effet la première fois que Mario faisait expressément son numéro au milieu des années 90. Marque de fabrique des Mario RPG, l’humour occupe une place centrale dans l’expérience. Toujours mutique, Mario mime les situations ou lève les bras au ciel pour marquer ses émotions accompagnées d’un roulement de tambour et d’animations accélérées. Sur ce point, Super Mario RPG s’adresse sans doute à un public plus jeune. Les blagues restent mesurées et souvent très premier degré. Pour autant la force du jeu réside dans sa capacité à générer des imaginaires bruts. On sent aussi le clin d’œil appuyé au passé de constructeur de jouets de Nintendo. Du personnage de Géno en passant par les poupées et à la variété folle du bestiaire rencontré, il y a un côté Toy Story très plaisant, comme une patte Alice aux pays des merveilles. Le remake reste très respectueux du matériau d’origine bien ancré dans les années 9O. Si le scénario reste conventionnel dans la forme, il réserve quelques amusantes surprises sans pour autant égaler les mémorables twists de Mario And Luigi: Superstar Saga et sa suite.

Ainsi font font font les petites marionnettes

Comme la bande de Forgeroi vient d’une autre dimension, le jeu est complètement en roue libre question direction artistique et au bon sens du terme. Ça part dans tous les sens, les designs sont très réussis et les boss nombreux. Les différents mondes ont chacun leurs palettes de couleurs et leur style bien défini. On visitera autant des volcans, que les cimes du ciel, des montagnes ou des dunes du désert. Les graphismes sont fins et la colorimétrie éblouit la rétine sur Switch OLED. En focalisant chaque tableau sur l’essentiel et en inscrivant le parcours sur fond noir, le contraste donne l’impression d’évoluer dans des maisons de poupées. L’écran des stats des personnages à l’issue des combats rappellent le théâtre de marionnettes de la Commedia dell’arte. Le jeu n’est pas non plus avare en cinématiques de qualité, madeleine de Proust chère aux années 9O où le joueur attendait les cinématiques comme des récompenses et promesses d’un futur radieux pour le média.

Super Mario RPG

Cependant, passée la baffe graphique, que vaut le gameplay du titre en 2023 ? Comme on dit dans le jargon, il n’y a pas de bons JRPG sans gameplay sérieux (Sea of Stars en a fait récemment les frais dans nos colonnes). Et c’est sans doute sur ce point que Mario RPG ne semble qu’esquisser son sujet. Si les combats restent dynamiques et sans temps morts grâce à un système en semi-temps réel, les développeurs n’ont pas osé pour autant bousculer les bases du jeu d’origine en intégrant les apports monstres des franchises Mario and Lugi et Paper Mario. Et les sept ans qui séparent Super Mario RPG de Mario and Luigi ont été l’occasion d’une folle gestation en termes de renouvellement de la formule. En se contentant d’un simple bouton pour parer une attaque ennemie et en réduisant les attaques spéciales à des actions élémentaires, le jeu saborde une partie de son plaisir et donne l’impression de ne rester qu’en surface. Ces actions se borneront à tourner le joystick ou marteler le bouton A sans autres subtilités là où Mario and Luigi offraient justement une vraie profondeur (et complexité) avec de multiples interactions à exécuter au poil de mouche et vagues d’attaques à esquiver d’adversaires parfois très tenaces.

La mariologie pour les nuls

Certes chronologiquement on ne peut pas reprocher au premier jet des apports des œuvres qui en résultèrent mais on ne peut pas s’empêcher d’y penser en jouant. Et c’est aussi à cela qu’on distingue un bon remake d’un remaster. Par ailleurs, les attaques qu’on ne peut pas parer réduisent l’intérêt des esquives. Grosso modo, en attendant de lancer notre pouvoir spécial à trois, on se retrouve à spammer des attaques spéciales et à boire du sirop d’érable pour récupérer des PM. À ce jeu-là et en l’absence de limitations de l’économie du jeu, nul doute que Mario et sa bande auront un taux de diabète avancé au terme de l’aventure. Le jeu joue aussi la carte de la surenchère d’ennemis rencontrés plutôt que sur l’intensité des combats, ces derniers ne durant qu’une fraction de secondes dans la majeure partie des cas même en mode de difficulté maximale. Heureusement, il est assez facile et recommandé d’éviter une partie importante des combats pour ne pas perdre le gout des batailles. De toute façon, le jeu est plus que permissif et ne présente quasi aucune difficulté, sauf de manière marginale dans le dernier chapitre et encore.

Super Mario RPG

Super Mario RPG ne fait qu’effleurer ce qui fait le sel d’un bon RPG, à savoir la personnalisation des compétences et l’équipement des personnages. Strict minimum de ce côté-là avec quelques badges qu’on peut équiper pour éviter d’être altéré par certains sorts, de toute façon très peu contraignants. En somme et malgré un certain dynamisme, on enchaîne les combats comme un cahier des charges à remplir. L’équilibre global donne tellement la main au joueur que choisir entre les points de santé, l’attaque ou la magie n’a qu’une influence micro-marginale sur les stats de nos héros. Je n’ai ainsi augmenté que la magie sans aucune difficulté majeure concernant mes autres caractéristiques. Entre les combats, le jeu essaie de se renouveler avec des mini jeux pas toujours très inspirés ni très précis, tout particulièrement pour les phases de plateformes entachées de problème de lisibilité sur la profondeur. Le jeu aurait été le candidat type pour la 3DS. Là il est fréquent de tomber dans le vide la faute à une perspective pas toujours heureuse, marque de fabrique des jeux 3D de l’époque.

Super Mario RPG est une lettre d’amour au jeu originel, une adresse directe aux fans du tout premier Mario RPG. Malgré ses graphismes mignons et son univers débordant d’idées, il n’en reste pas moins que le titre a quelque peu souffert des années. En presque trente ans, de l’eau a coulé sous les rivières et difficile de ne pas comparer l’original à ses suites autrement plus abouties que sont Mario and Luigi et Paper Mario. Super Mario RPG tombe ainsi dans le piège du remake qui ne s’affranchit pas assez de son matériau originel, de peur sans doute de chagriner les souvenirs des anciens. Le titre reste ainsi une madeleine de Proust à réserver aux curieux ou nostalgiques de l’ère où Square était encore de ce monde. Un joli voyage au pays des merveilles. Simple et trop superficiel, le système de combat constituera cependant un amuse-bouche pour les tout-petits et une excellente entrée en matière avant de goûter au retrogaming avec la folle saga Mario and Luigi ou en attendant le mémorable Paper Mario, jeu culte de la Gamecube qui aura prochainement droit à un remaster plus qu’attendu à la rédaction.
Pour
  • DA enchanteresse
  • Le côté maison de poupées
  • Une équipe hétéroclite
  • (Re)découvrir un jeu culte
  • Des idées à foison
  • Bestiaire varié
  • Le duo Peach Bowser
  • Les clins d'œil à l'univers Nintendo
Contre
  • Quelques rares micro saccades
  • Gameplay trop superficiel
  • Customisation décevante
  • Trop facile
  • Mini jeux pas très précis
  • Phases de plateformes vieillissantes

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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