• Testé sur Nintendo Switch.
  • Code transmis par Nintendo .
  • Jeu principal fini en 75 heures, game over inclus en mode normal. 
  • Fini le jeu avec un Nahobino au niveau 81.
  • 68% des démons enregistrés dans le compendium.
  • A réalisé la majeure partie des quêtes annexes. J’ai crevé tous les abscès démoniaques et zigouillé la quasi totalité des boss secondaires. Paix à leur âme. 
  • SMTV m’a reconcilé avec le JRPG !
  • Je n’ai pas joué aux précédents opus à titre de comparaison.
  • Le dernier quart du jeu est d’une intensité folle. 
  • New Game plus disponible à la fin mais pas lancé de mon côté.

Shin Megami Tensei V est l’équivalent du cochon de Bigorre pour le jambon. Il appartient à une race ancienne de JRPG et pas n’importe laquelle : celle de la détermination sans faille, couplée à l’exigence reine. Un croisement ludique rare et aujourd’hui cultivé par l’éditeur Atlus, à qui on doit également la série Persona, l’équivalent du jambon ibérique grand public. Ici pas question de farmer pour renverser un boss un peu trop costaud pour le niveau de nos avatars. C’est l’intelligence qui prime et la compréhension du système de jeu. De la chair à la couenne, il va falloir dépieuter minutieusement toutes les spécificités de gameplay pour triompher des Dieux ! Trêve de comparaisons saucissonnées, qu’apporte SMTV de si singulier dans un paysage aussi concurrentiel que le JRPG au tour par tour ? Qu’est ce qui a bien pu conduire l’auteur de ses lignes à passer des journées entières, cramponné à sa switch sur ce jeu de niche longtemps cantonné à un public nippon de doloristes aguerris ?

Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’Eternel...

Comme tout bon JRPG moderne qui se respecte, tout commence dans un charmant petit lycée Tokyoïte. Notre quotidien va basculer alors que notre jeune héros va se retrouver précipité dans le monde des Enfers. Au détour d’une rencontre avec un curieux personnage du nom d’Aogami, qui après une entrée fracassante écrase une horde de démons d’un claquement de doigts, on fusionne avec ce dernier et troque notre charmant uniforme floral pour un exosquelette (ou combinaison de latex selon les interprétations). En plus de cette charmante chevelure bleue qui flotte dans les airs, on détient désormais la force des Nahobinos, un pouvoir blasphématoire qui confine aux Dieux dit-on dans la contrée. Et des divinités vous allez en croiser et en occire un paquet sur votre route pour sauver Tokyo de l’Enfer. Scénario cryptique oblige, vous travaillez pour le compte d’une sociéte secrète, cachée aux simples mortels. Voilà pour le topos !

Petit évangéliste en culotte courte, passe ton chemin si ce programme d’apostat et de déicide te semble trop hérétique à ton gout. Précipité au milieu des guerres éternelles entre dieux et démons, SMTV vous laissera petit à petit vous positionner. Avec trois fins (bien) différentes, on se laisse très vite prendre au jeu tant l’univers est dense. Certains personnages ont vraiment du charisme dans ce joyeux foutoir où anges et démons se disputent le trône. On pensera naturellement à ce couple de mercenaires, le démon Nuwa et l’humain Nakumo, qui sillonnent le monde, sans vraiment choisir leur camp, à l’instar d’un certain Berserk. Ou encore à l’archange de Béthel qui illustre à merveille les ravages du fanatisme. Sans nécessairement nous écraser par sa narration, chaque personnage a ses propres intentions, sa vision et ses origines, ce qui apporte du grain à moudre à l’intrigue jusqu’au dénouement final. Si ces quelques lignes de synopsis semblent caricaturales, SMTV a pourtant des tonnes de choses à raconter via ses protagnonistes, tout en dressant un portrait d’une société atomisée, où les Hommes et les Dieux semblent avoir abandonné toute espérance, gagnés par l’hybris et la convoîtise. SMTV interroge enfin sur le polythéisme, sur la croyance aveugle et l’acte de création en tant que tel. 

...quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout-Puissant

Ne vous attendez pas à une narration régulière, ni même à des lignes de dialogues à tout bout de champ comme dans la série Persona. SMTV rappelle davantage Zelda Breath of The Wild dans sa manière de raconter une histoire. Par ses gigantesques zones à parcourir et paysages désolés, où chaque recoin est l’occasion d’un bonus à découvrir. Par son bestiaire qui rappelle tant de folklores différents. Chaque rencontre avec un démon est un écho des mythologies nordiques, grecques, égyptienne ou même nipponnes. La direction artistique plurielle tranche avec les autres jeux du genre et on sent combien il a fallu travailler en amont pour marier cet ensemble avec cohérence. Plus on avance dans le jeu, plus les démons sont impressionnants.

Certains rappellent ces mangas d’horreur japonais, notamment le boss Lahmu qui aura d’ailleurs un arc particulièrement sombre et malsain. Avec ses mutations lubriques et sa volonté de fusionner avec l’une des lycéennes, cela donne lieu à des cinématiques horrifiques réussies. D’autres designs mignons rappellent la série Pokemon, tandis que quelques rares démons tranchent par leur radicalité. On pensera tout naturellement à ce bon vieux Mara qui n’est rien d’autre qu’un phallus vert à tentacules monté sur un char d’or à la Ben-Hur. Notez d’ailleurs que les développeurs ont poussé le souci du détail pour générer de très rares discussions occasionnelles entre des démons spécifiques au beau milieu d’un combat. On vous laisse apprécier les retrouvailles d’un éléphant et de ce pénis sénile ou encore celles d’une sirène et de Belphegor bien harnâché sur son trône… Des dialogues typiquement japonais par leur esprit grivois et désinvolte. D’autres rencontres sont bien entendu plus conventionnelles mais elles particpent toutes à leur manière à renforcer la pertinence de l’univers, tout comme les nombreuses variantes de dialogues pour recruter les démons. Les écrans de chargement sont même mis à profit pour décrire leur histoire. Astucieux pour ne jamais séparer le joueur de l’immersion. 

Attrapez-les tous !

Spécificité de la série, chaque ennemi que vous rencontrez peut être recruté pour finir dans votre équipe. Pour ce faire, il vous faudra engager des négociations en plein combat avec l’intéressé pour le convaincre de se rallier à votre cause. Un exercice périlleux qui nécessite souvent plusieurs tentatives pour y parvenir. En effet, les démons ne se laissent pas amadouer facilement et certains n’hésiteront pas à filer un mauvais coton si vous les chagrinez. Bien souvent, il vous faudra vous lester de quelques objets ou maccas (la monnaie locale) quand il ne s’agit pas de donner carrément une large portion de vos PV ou PM. Puisque la satiété et la suffisance ne sont pas vraiment des qualités propres aux démons, attendez-vous à ce qu’ils vous rackettent jusqu’au dernier centime. Dans SMTV, mieux vaut être dispendieux. Si après avoir cédé les 75% de votre barre de vie vous contrariez le malheureux, il n’hésitera pas une seconde à vous attaquer avec toute sa bande, alors que ce n’était pas son tour. Un épisode qui peut rapidement se conclure par un game over. On vous conseillera d’éliminer ses pairs avant d’engager les négociations. Une méthode radicale mais qui a fait ses preuves ! Ou a défaut de gagner des compétences susceptibles de rectifier le tir en cours de route ou carrément de les racketter vous même. Il n’y a pas de petit profit !

Recruter de nouveaux démons et remplir le compendium qui ne compte pas moins de 200 spécimens devient très vite une obsession. Si on pense naturellement à la série Pokemon, ce n’est pas seulement la collectionnite qui nous pousse à le remplir, mais bien la nécessité. Certaines races de démons sont essentielles à notre progression et contrairement aux RPG traditionnels, un simple niveau plus élevé ne vous permettra pas du tout d’avancer sereinement. A dire vrai, gagner un rang vous permettra surtout de choisir un point à attribuer parmi la force, la vitalité, la magie, l’agilité et la chance. Notons d’ailleurs que le fait d’attribuer qu’un seul point à l’une de ses spécificités peut conduire à des comportements monomaniaques comme dans mon cas présent. Obstiné comme jamais, j’ai exclusivement augmenté la magie, sans jamais toucher aux autres stats.

Essence de démons : le nouveau Channel

Tout le corps du gameplay dépend d’un système complexe de résistances et faiblesses. Votre Nahobino comme chaque démon dispose de onze potentiels à améliorer. Certains monstres résistent à l’électricité, d’autres au feu, etc. Plus le chiffre est proche de 10, plus le démon peut maîtriser des compétences puissantes et plus elles seront efficaces contre les faiblesses de vos adversaires. Sur votre route, vous pourrez également dénicher des essences de démons afin d’apprendre certaines compétences ou pour changer vos résistances. Une fois consommée, l’essence disparaît, alors soyez précautionneux avant de faire n’importe quoi, surtout face aux (très) nombreux boss qui s’enchaînent à un rythme effréné, tout particulièrement dans le dernier tiers du jeu.

En outre, le jeu vous pousse systématiquement à l’exploration pour dénicher ces petits personnages, les Midams, lesquels vous récompenseront de points de gloire. Cette dernière est un élément essentiel du gameplay et d’une richesse folle pour personnaliser votre expérience selon vos préférences. Dans l’antre du démon, vous pourrez ainsi augmenter le nombre de compétences de votre Nahobino ou de vos démons par exemple. Cela sera même essentiel en fin de partie pour ajouter des pouvoirs passifs susceptibles d’augmenter vos résistances. A défaut, vous serez incapables de rivaliser ne serait-ce qu’un seul tour face à certains ennemis. Un personnage bien construit vous permettra même d’absorber de la vie ou mettre un terme au tour de votre adversaire s’il utilise une attaque contre laquelle vous êtes prémuni.

Ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre nous du mal (ou pas)

Mon Nahobino a ainsi vaillamment riposté seul plusieurs tours face au boss final, une prouesse ô combien satisfaisante quand on sait combien le jeu est intransigeant face aux erreurs. Perdre ses trois compagnons est souvent un funeste présage. La gloire vous donnera aussi la chance de remplir plus rapidement votre jauge de Magatsuhi, qui pourra renverser le cours des combats pour vous – comme vos adversaires – en augmentant largement vos dégâts et le nombre de tours. Il faudra encore bien des pages pour expliquer toutes les subtilités de gameplay et c’est sans doute ce qui fait la force SMTV. On pourrait encore parler des objets, ici indispensables pour avancer, comme vos PM viendront systématiquement à manquer. Pensez aux boissons énergisantes qui peuvent altérer votre état mais, qui en contrepartie, doublent vos PV. N’oubliez pas vos grimoires et sutra (que j’ai découvert dans mon inventaire aux trois quart de la progression…), ces derniers vous permettent de gagner des niveaux immédiatement ou de renforcer vos potentiels de feu, de glace, etc. Ils seront de précieux alliés quand vous vous sentez un peu trop faiblard. 

Certains objets sont très rares, notamment ceux qui vous permettent de récupérer des PM, alors soyez stratèges.  Même la santé se paye dans SMTV. Pas de sécurité sociale en Enfer voyons. Enfin le système de fusion des démons est là encore particulièrement riche et vous donnera même accès à des triples, voire quadruples fusions pour invoquer des boss que vous avez autrefois vaincus. Dragon Ball n’a qu’à bien se tenir. Cela peut également donner des surprises les soirs de pleine lune ou selon les accointances des démons fusionnés pour avoir les meilleures stats. Autant dire que vous allez passer plus de temps dans les menus qu’en jeu, si bien que la progression peut parfois sembler un peu hachée. Si SMTV n’est pas à donner entre toutes les mains, des guides existent sur internet pour les novices même si on perd sans doute une partie du charme de l’initiation au masochisme. 

Le labyrinthe de Pan

Chaque pas est une petite victoire et on revient régulièrement en arrière pour consigner notre progression aux points de sauvegarde qui font également office de téléporteurs. Mention spéciale à la dernière zone qui est absolument gigantesque. Du début à la fin SMTV est véritable dédale où la verticalité est omniprésente. C’est remarquable comme la carte regorge de secrets et « d’abscès démoniaques » à crever pour débloquer de nouvelles apothéoses. Ces abscès sont l’occasion de combats techniques où il vous faudra vous adapter à toute situation. Idem pour les quelques ennemis gigantesques qui peuplent la map dès la première zone et que vous ne pourrez affronter que bien plus tard. 

Au rang des défauts, la caméra aurait sans doute gagné à être moins proche du personnage surtout dans les environnements exigus. Les quêtes annexes sont basiques mais nombreuses et surtout l’occasion de rallier de nouveaux démons qui n’hésitent pas à poser des contrats sur les leurs. Libre à vous de les honorer ou de les trahir. Une idée originale qui pèse aussi sur la narration, même si c’est difficile à mesurer en un seul run. Si la direction artistique est au diapason tout comme la majeure partie des musiques de l’OST, on regrettera en revanche que la Switch patine sévèrement pour faire tourner le jeu correctement. La fluidité n’est malheureusement pas souvent au rendez-vous. 

Certains donjons sont également un calvaire ludique et font passer le labyrinthe de Shining pour un jeu d’enfants. Trop de labyrinthes tue le labyrinthe. Utiliser une cloche répulsive pour éloigner les démons vous aidera à avancer plus sereinement, même s’ils sont toujours faciles à éviter. Clairement, ces quelques rares donjons ne sont pas la force de SMTV et manquent cruellement d’inspiration. Pensée émue, lors du passage des ventilateurs qui vous propulsent dans les airs et vous ramènent au début du niveau à la moindre erreur… Un calvaire qui m’a fait pousser quelques jurons contre le Tout Puissant. 

Exigeant mais jamais injuste, Shin Megami Tensei V est une bien belle exclusivité pour la Nintendo Switch. Si vous échouez, ne blâmez pas le jeu ; c’est qu’il faut changer de stratégie, d’équipe ou de compétences. Si certains seront sans doute désemparés par la liberté offerte, où dès la première zone, même les démons les plus mignons veulent votre peau, le dernier né d’Atlus offre une proposition atypique et affutée dans le paysage du JRPG. Rares sont les titres à faire preuve d’autant d’intelligence, là où bien souvent le temps passé à farmer suffit à triompher de toutes les situations. SMTV est un jeu de rôle à système, où il vous faudra révéler les finesses du gameplay pour en tirer toute sa saveur. Passé le tutoriel de l’antre du démon, vous êtes lâché dans le grand bain et c’est à vous d’apprendre à tout découvrir par vous même. Une proposition radicale appréciable quand on connaît la fâcheuse tendance aux tutoriels invasifs pour un public de plus en plus assisté. SMTV vous pousse chaque instant à expérimenter des stratégies contre les inombrables démons et anges qui vous barreront la route. Le plaisir de la découverte, l’exploration permanente et la satisfaction de triompher des Dieux est sans commune mesure. Une véritable montée en puissance qui interroge à sa manière sur la place du Bien, du Mal et de l'autonomie de la volonté à l’épreuve de la Foi. Derrière le Créateur se cache toujours une forme de tyrannie. Irez-vous cueillir le fruit défendu ?
Pour
  • Système de jeu d'une richesse infinie
  • Effet Pokedex du compendium
  • Recruter et fusionner des démons
  • Direction artistique surprenante
  • Cinématiques rares mais réussies
  • Nombreux boss jamais recyclés
  • Level design des cartes axé sur l'exploration
  • Doublage anglais excellent
  • Propos pas si manichéen...
  • Plusieurs fins différentes
  • Certaines musiques excellentes
Contre
  • Technique à la ramasse
  • Les rares donjons ratés
  • Trop de labyrinthes tue le labyrinthe
  • Carte brouillonne et pas toujours lisible
  • Quêtes annexes sommaires
  • Impossible d'éloigner la caméra
  • Rythme plutôt hâché
  • ... mais pas de voix japonaises !
  • Clichés lycéens vus et revus
  • Ichiro Dazai sacré tête à claque du casting...

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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Nosphor68
Nosphor68
9 mois il y a

Clairement Shin Megami Tensei V est le meilleur J-RPG de cette fin d’année avec Tales Of Arise !!! (Je rajouterai également Scarlet Nexus que j’ai fait sur le Gamepass via Xcloud)
On a vraiment eu une très bonne année du côté des RPG !!!

Très bonne critique sauf….. concernant le point négatif sur l’absence des voix japonaises . Elles sont disponibles en DLC Gratuit à la sortie du jeu sur l’Eshop avec un autre DLC sur un mode de difficulté plus accessible (car oui Shin Megami Tensei V est un J-RPG pur jus à l’ancienne donc pas simple pour les débutants…..)

Merci Killer7 pour le contenu de qualité 👍👍👍😎😎😎🎮🎮🎮

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