• Testé sur PC
  • Code transmis par l’éditeur
  • Fini en 9 h30 en mode de difficulté 3/3
  • Captures de gameplay maison en vidéo
  • Screenshots artworks de l’éditeur
  • Le jeu mériterait encore quelques patchs pour corriger les bugs

S’il y a bien un genre qui regagne du terrain ces dernières années, c’est sans doute celui du fast-FPS. Depuis la résurrection de la franchise Doom avec son excellent reboot de 2016, sa suite et ses DLC garantis en adrénaline, il y a bien une communauté avide d’hémoglobine et d’action effrénée. Nul doute que l’auteur de ses lignes fait partie de cette catégorie de joueurs en manque de propositions arcades survoltées. Après avoir poncé les DLC d’ID Software (lire ma critique de The Ancient Gods), j’attendais Shadow Warrior 3 comme un humble disciple du Doomlasyer. Le ninja peut-il se hisser à la hauteur du chasseur de démons légendaire ?

The world ends, (God)zilla begins

Edité chez Devolver qu’on connaît pour ses propositions bien bigarrées, c’est tout naturellement que les Polonais de Flying Wild Hog avaient carte blanche pour développer ce troisième volet d’une série encore en marge des projecteurs, pour le grand public tout du moins. Comme tout bon fast FPS qui se respecte, le scénario tient sur un timbre-poste. Lo Wang et son acolyte Zilla doivent vaincre un dragon qui s’est accidentellement réveillé. Volontairement outrancier dans son écriture potache sauce « kunfu pour les nuls », le pari de moderniser le personnage en tablant sur le registre de la parodie est malheureusement raté la plupart du temps.

Au départ, il faut même reconnaître que Lo Wang est franchement insupportable à commenter la moindre de ses actions et répéter ses « hashtags shotgun » et autres refrains qu’il entonne un peu trop volontiers pour notre plus grand désarroi. C’est comme votre petit neveu, Kevin, huit ans et qui vocifère depuis le siège bébé arrière de la kangou familiale dans l’espoir que vous croisiez son regard dans le rétroviseur. Insupportable. Et juste envie de lui mettre un pitch dans la bouche pour qu’il se taise une fois pour toute ! (Tempérons nos ardeurs de vasectomie pour ce travers du jeu vidéo moderne qui se veut cool)

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Passée la première heure de jeu cependant, on s’y fait, pire encore, dans un élan de régression refoulé, il nous arrive même de sourire. Il faut dire que le jeu enchaîne les séquences de grand n’importe quoi à un rythme soutenu. Pourchasser un œuf de poulet géant, faire d’un raton laveur une bombe à protons ou encore s’immiscer dans le gosier d’un dragon pour s’attaquer au cœur de la bête sont autant de plans qui s’apparentent davantage à des improvisations de Lo qu’à des coups de génies. Revers de la médaille de la guignolerie, à l’heure où ces lignes sont écrites, le titre souffre d’importantes saccades de framerate entre les séquences de cinématiques et les phases de gameplay. En l’absence de temps mort entre les deux, c’est la cinématique qui met quelques secondes à charger.

Un écueil regrettable alors que le jeu maintient une fluidité constante en combats avec des hordes d’ennemis qui vous harcèlent, le tout avec des effets de particules à foison. La première heure de jeu n’est pas un exemple de narration non plus, puisqu’elle abuse un peu trop des images de synthèse pour nous faire entrer dans l’histoire. Contre-productif alors qu’il aurait sans doute fallu choisir entre une vue à la première ou troisième personne, plutôt que d’osciller constamment entre les deux. Heureusement, passée l’introduction, Flying Wild Hog se détend sur le procédé. On enchaîne alors les combats en arène où l’on pourra s’amuser à loisir avec l’arsenal du héros.

Your Affinity For Guns Is Apparent

Là où Doom se démarquait par un élégant pierre feuille ciseaux qui obligeait à jongler entre distance et proximité pour récupérer des munitions, de la santé ou de l’armure, Shadow Warrior 3 propose un concept beaucoup plus simple, sinon basique diront les plus sévères. Il faut tirer sur des ennemis pour regagner par moments quelques points de vie et aller tâter du katana au corps à corps pour remplir une jauge spéciale. Cette dernière permet d’éliminer en one-shot les plus gros démons, à l’instar des fameux glory kills de Doom mais tout en récupérant un avantage tactique temporaire qui vous permettra de reprendre la main sur les foules.

Cela peut être un vortex qui aspirera tout sur son passage, une bombe qui explosera telle une boule disco, une simili gatling ou encore un œil arraché qui transpercera les défenses ennemies en guise d’assists. Ces animations sont toutes très réussies, même si elles sont peut-être un peu trop longues dans le feu de l’action. Shadow Warrior 3 présente aussi une singularité sympathique. Certaines arènes proposent des pièges que vous pouvez retourner contre vos adversaires. Utiliser une scie électrique contre une floppée de démons fait son plus bel effet dans une gerbe de sang bien sentie. Dommage que la mécanique ne soit qu’accessoire et finalement pas si fréquente dans les niveaux traversés.

Rip And Tear

La première qualité de Shadow Warrior, c’est sans doute sa direction artistique qui offre un festival d’ennemis détraqués. Visuellement le jeu affiche une palette de couleurs réjouissante à l’image de sa bonne humeur débordante et de son gameplay on ne peut plus arcade. On croisera des accordéons lâcheurs de scie circulaires, des kamikazes hurleurs, des simili Cacodemon équipés de puissants lasers ou encore des sosies de Mancubus mais avec un avorton coincé entre les bourrelets. Un régal guignolesque qui donne un air de nouvel an chinois au bestiaire. 

On aurait aimé davantage de variété même si l’ensemble des démons croisés reste satisfaisant. Autre spécificité de gameplay, Lo Wang peut également utiliser son chi pour repousser des adversaires et exposer leur point faible. A part quelques rares ennemis, cette mécanique reste parfaitement accessoire. Idem pour notre sabre qu’on peut charger afin de délivrer une onde de choc électrique ou de glace. C’est classe, c’est très joli, certes, mais parfaitement dispensable. De bonnes idées qui auraient sans doute méritées d’être creusées au bénéfice du gameplay.

Tout cet arsenal peut être amélioré en récupérant des orbes lors des phases de plateformes entre les arènes. Aucun d’elle ne présente de difficulté, mais cela reste agréable pour apporter un peu de variété et de fraicheur. Problème et non des moindres cependant, l’aventure se terminant en moins de dix heures en mode le plus difficile, c’est un peu court pour bénéficier de tous ces bonus. C’est d’autant plus dommage que le jeu se refuse -pour l’heure- à proposer un mode de difficulté plus élevé ou un new game plus qui permettrait de profiter de tous ces apports lors d’un second run. L’arbre de compétences aurait mérité davantage de réflexion afin de solliciter le joueur autrement que par la qualité de ses réflexes. 

En outre rien ne nous  encourage vraiment à les débloquer, puisque les ennemis réagissent globalement de manière identique quelle que soit l’arme utilisée. On ne nous motive pas davantage à alterner les guns, si bien que c’est davantage le manque de munitions et le changement automatique qui nous fera varier les plaisirs. Bug contraignant pour l’heure, j’ai été obligé de finir tout le jeu sans pouvoir attribuer les chiffres du clavier à mes armes, ce qui a donné lieu à d’étranges circonvolutions pour atteindre les touches F1 et consœurs. Une contrainte qui fait tache malgré le dernier patch de mars. Un correctif devrait sans nul doute rectifier cette étrange bévue. Là où des séries comme Serious Sam semblent s’être embourbées, Shadow Warrior 3 parvient à trouver sa place dans le palmarès des jeux arcades effrénés. On attend maintenant la nouvelle licence Evil West de pied ferme !

Shadow Warrior est un peu mon plaisir coupable de l'hiver qui s’achève. Certes on sent que le développement a dû être précipité et que l’ambition du studio a peut-être été bridée par des objectifs de calendrier et un financement vraisemblablement moins dispendieux que celui de l’écurie Bethesda. Nettement plus permissif et moins subtile que Doom dans l’approche, le gameplay reste pourtant diablement efficace. Les armes sont toutes réussies, les tirs ont de l’impact et la souplesse du héros augure de belles reprises de volée. Seul le grappin reste un peu trop timide et manque d’impact comme de vitesse quand on se jette sur un ennemi. L’ensemble peut paraître un peu brouillon parfois et quelques problèmes de collision peuvent survenir, sans pour autant être des freins au plaisir de jeu toujours intact. Shadow Warrior 3 reste un amuse-bouche de choix avant le prochain jeu d’ID Software dont on devrait entendre parler d'ici le prochain E3. Il faudra seulement fermer les yeux sur une durée de vie faiblarde pour le genre. Un moindre mal pour une expérience courte mais intense, histoire de garder de l’appétit pour le retour du roi. Ni parfait, ni raté, Shadow Warrior 3 est à l'image de son héros : un peu cabossé, parfois lourdaud mais avec un très bon fond à l'intérieur pour qui voudra bien creuser.
Pour
  • Direction artistique chatoyante
  • Bestaire très original et déjanté
  • Le thème principal qui claque
  • La nervosité du gameplay
  • Gameplay arcade maîtrisé
  • L'arsenal qui a du punch
  • Les glory kills revisités
  • Le combat de boss contre le coq géant
  • Le raton laveur kamikaze (RIP)
Contre
  • Quelques bugs de collision
  • Manque de variété du bestiaire
  • OST discrète
  • Le grappin mou du genou
  • L'IA qui fait parfois des AVC
  • Lo Wang souvent lourdingue
  • Durée de vie très faible
  • Customisation limitée par la durée de vie
  • Plateforme niveau CP
  • Seulement deux boss
  • Ralentissements dans les cinématiques
  • Pas de new game plus ni de mode nightmare

Critique JV / ciné. Toujours prompt à mener des interviews à la volée lors de salons ! N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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