• Testé sur Switch en nomade et avec écouteurs cramponnés sur les oreilles !
  • Code transmis par Nintendo et captures de gameplay maison.
  • Jeu fini en une vingtaine d’heures en normal. 
  • Quelques regrets de ne pas avoir joué en difficile…
  •  3/4 des fins terminées. 
  • Je n’ai pas essayé la dernière qui est une légère variation… où il faut se laisser mourir ! (Pas de ça chez nous !)
  • Personnages renommés : Arthur, R2D2, Zatoichi, Sega Sata, K7, Akira et… Manuel Valls fidèle homme de Cro-magnon ! On ne change pas une équipe qui gagne !
Live A Live

Jeu de rôle déluré de la Super Nintendo, Live A live est un JRPG qui nous fait traverser huit époques de l’aube de l’humanité jusqu’au futur en incarnant des héros au caractère bien trempé. Marqué par une générosité de tout instant, retour sur ce classique intemporel enfin sorti du Japon où il fut (trop) longtemps cantonné. Un écueil rattrapé presque trente ans plus tard avec ce remake haut en couleurs. Après Octopath Traveler et Triangle Strategy, Square Enix signe un nouveau serment d’allégeance envers Nintendo avec cette exclusivité de poids pour les amateurs de JRPG rétro.

Choose your fighter !

Live A Live a été chapeauté par Takashi Tokita, plus connu du public pour son travail sur les franchises légendaires Chrono Trigger, Parasite Eve et Final Fantasy IV. Si Live A Live peut avoir un côté un peu déroutant au début, c’est par la liberté initiale laissée au joueur. Passé l’écran titre, on est immédiatement invité à choisir un chapitre qui correspond à une époque et un personnage. On enchaîne alors l’aventure dans l’ordre qu’on veut. 

Et autant dire qu’on va voyager dans le temps au cours de huit périodes marquantes : la Préhistoire, le Far West, le Futur proche, le Moyen-Age, le Futur lointain, la fin du Japon d’Edo, la Chine impériale et le Présent. Au premier abord, ces chapitres semblent tous indépendants les uns les autres puisque chacun d’entre eux se conclut par un générique à part entière. Pourtant tous ces petits bouts de scénarios décousus finiront par se tisser les uns les autres pour former un même patchwork.

Previous
Next

Chaque chapitre a été conçu par des artistes connus de l’univers du manga, ce qui se sent largement au niveau des mécaniques de jeu comme de la narration. C’est donc un peu décontenancé par cette liberté qui s’offre à nous qu’on choisit un chapitre selon ses affinités et sa curiosité. J’ai pour ma part débuté par le Far West. Etant amateur de westerns spaghetti, imaginer un JRPG dans cet univers présente un côté jubilatoire. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ce type d’univers chez nos amis nippons, eux qui bien souvent boudent certains pans de l’histoire et sont plus enclins à s’inspirer de la féodalité, quand ils ne retranscrivent pas leur propre folklore traditionnel.

Live A Live

Le Pixel Art au firmament !

En ce qui concerne les graphismes, on retrouve la même technique de Triangle Strategy à la croisée de la 2D et de la 3D. L’effet de profondeur est de toute beauté et le joueur nostalgique de la 3D stéréoscopique se surprend à imaginer combien le jeu aurait été magnifié sur une 3DS sous stéroïdes. C’est un véritable régal de voir ainsi le pixel art sublimé par des juxtapositions de plans qui donnent l’impression de regarder au travers de fenêtres de maison de poupées. Les couleurs sont chatoyantes et chaque chapitre à son propre style graphique et son atmosphère musicale propres. 

Les animations sont superbes avec un côté cartoon très expressif du plus bel effet. C’est fascinant de savoir retranscrire des émotions avec de si petits bouts de pixels. Il faut mesurer le travail accompli depuis la version Super Nintendo et autant dire qu’on rêve déjà d’un remake du même ordre pour la franchise Chrono Trigger. Et pourquoi pas même leur confier la licence Golden Sun tristement tombée aux oubliettes via un partenariat comme Zelda et Capcom à l’époque de l’excellent The Minish Cap ?

Un grand nom ça se mérite

Mention spéciale pour l’OST qu’on peut d’ailleurs consulter dans le jukebox avec des airs jazzy, des cœurs lyriques, de la musique mariachi ou de l’électro pop pour ne citer que quelques exemples de la richesse musicale du titre. Ces 50 morceaux ont été remarquablement remasterisés par Yoko Shinomura, compositrice émérite de la série Kingdom Hearts et de Final Fantasy XV. L’ensemble est d’autant plus agréable que Square Enix a mis les petits plats dans les grands et les répliques des personnages sont presque intégralement doublées en anglais.

On sent combien les interprètes se sont fait plaisir, de la voix rauque du vieux cowboy en passant par l’anglais littéraire du Moyen-Age ou les saillies stridentes du Karaté Kid du cru. Une symphonie pour les amateurs de la langue de Shakespeare qu’on découvre sous toutes ses coutures. Même en plein combats, les personnages se permettent des commentaires bien sentis qui augmentent d’un cran le dynamisme du jeu, déjà particulièrement bien rythmé au demeurant.

Live A Live

Dans sa construction, Live A live est une surprise permanente. Les différents artistes à la barre ont chacun proposé leur vision avec une liberté d’expression débordante. A la Préhistoire, les dialogues des personnages sont réduits à de simples borborygmes, tandis que les chapitres du futur lointain privilégient largement l’écriture aux combats en nous proposant d’incarner un petit robot qui officie dans un vaisseau mère aux airs de Nostromo. On reconnaît autant des références expresses à Alien (testé ici), qu’à The Thing (testé ici) ou 2001 L’Odyssée de l’espace.

Live A Live

Les autres épisodes sont quant à eux plus axés sur les combats. A la Préhistoire, Pogo peut flairer et repérer les monstres, au Far West le Sundown Kid et Mad Dog peuvent déposer des pièges pour protéger le village des bandits. Au Moyen-Age, le gamedesign est nettement moins étriqué et la carte s’ouvre au joueur. Quant au Japon Edo, c’est un donjon labyrinthique typique des années décennies 8O’ 90’ avec ces pièges qui renvoient au début du niveau jusqu’à s’arracher les cheveux. On se laisse emporter par l’écriture et la mise en scène d’une 2D qui parvient même à nous faire sursauter dans le futur lointain où une bête nous traque sans répit.

Live A Live

Ce grand écart permanent entre des époques radicalement différentes et un registre tantôt comique, tantôt dramatique est particulièrement jouissif. On peut d’ailleurs quitter un chapitre pour mieux y revenir plus tard histoire de varier les plaisirs. Une idée rafraichissante bienvenu et parfaitement adapté à la Switch. Jongler entre la SF et le western en passant par la tragédie shakespearienne, c’est le pari réussi de Live A Live. Le jeu suinte l’amour du cinéma, des jeux-vidéo et de la culture pop en général sans jamais tomber dans le piège de l’hommage permanent de licences plus modernes comme Retro city Rampage

On retrouve pêlemêle des clins d’œil appuyés à King of Fighters, Super Metroïd, Shinobi, Megaman et même Castlevania pour certains éléments de gamedesign ou l’écriture mais le tout s’articule en bonne intelligence. Quelques twists scénaristiques viendront lier l’ensemble avec malice mais on vous laisse découvrir la surprise par vous-même.

Live A Live

La boucle est bouclée ?

Si vous êtes toujours en train de lire ces lignes, vous vous demandez sans doute si Live A Live finira au panthéon des jeu vidéo étant donné mon enthousiasme affiché devant sa plastique et son écriture alléchantes. Live A Live est assurément un titre de très bonne facture. On aimerait voir l’ensemble des productions modernes faire preuve d’autant d’ingéniosité mais est-ce un bon RPG pour autant ? Déjà, il faut être prêt à accepter une progression à l’ancienne avec un côté téléguidé dans l’approche. 

On suit la plupart du temps un radar d’un point à un autre pour faire avancer l’intrigue, ce qui peut en 2022 en rebuter certains. Quant au gameplay à proprement parler, certains équilibrages sont à revoir de fond en comble. Là où Triangle Strategy savait articuler des mécaniques intelligentes et où la fougue aveugle conduisait bien souvent à un châtiment punitif, Live A Live est autrement plus permissif, quitte à dénaturer sa propre proposition de gameplay.

Live A Live

Les trois quarts du jeu sont une véritable promenade de santé et le mix entre tour par tour et temps réel aurait gagné à davantage de profondeur. Avec son damier sur lequel on évolue, Live A live avait pourtant une idée intéressante de gamedesign à développer. Les ennemis n’ont pas de points de magie mais des barres d’action qui progressent avec le temps ou lorsqu’on déplace nos troupes. Pourtant rares sont les fois où notre adversaire nous surprend ou interrompt l’une de nos attaques. 

C’est dommage car cela n’encourage pas vraiment la tactique. En outre, le positionnement face aux ennemis n’influe que très peu sur l’issue des combats qu’on expédie trop souvent avec des attaques de zones qui occupent tout l’espace sans forcément prendre la peine de bouger. Le fait de pouvoir électriser, congeler ou brûler le sol pour occasionner des dégâts de long terme est sous exploité. Quant à la plupart de nos compétences, on a l’impression qu’elles ont été équilibrées à la truelle. On peut spammer une attaque latérale pendant que l’ennemi se jettera littéralement dans la gueule du loup. Ce n’est que dans le chapitre final qu’il faudra faire preuve de davantage de prudence.

Un épilogue nettement plus musclé

Curieusement il y a alors un mur de difficulté sur lequel vient s’écraser le joueur avec des boss particulièrement costauds et adeptes du soin permanent ou d’attaques one shot assez fourbes. Rien d’insurmontable mais le gap est de l’ordre du fossé. C’est dans les derniers boss que le jeu prendre un peu plus de sens avec le système des résistances et faiblesses qu’il faudra (un peu) exploiter pour obtenir la vraie fin du jeu. Paradoxalement j’ai apprécié cette manière de jouer avec nous, de nous faire croire à une certaine invincibilité avant de nous poignarder dans le dos. 

Live a Live, heureusement, ne nécessite pas de farmer et il sait intelligemment solliciter notre curiosité pour trouver le moyen de revenir plus tard mieux rodé et avec des soins en conséquence. Chaque gain de niveau supplémentaire est la plupart du temps couplé par l’apprentissage d’une nouvelle attaque, avec à chaque fois des animations de toute beauté.

Live A Live

Pour apprécier Live a Live à sa juste valeur, il est plus que recommandé de finir les quatre fins du jeu. Ce RPG taquin va vous pousser à résoudre ses mystères par le choix des personnages et sa narration qui cherche quoi qu’il arrive à rattraper la boucle. Ne vous arrêtez pas au générique final. Il y a un lointain côté irrévérencieux façon The Stanley Parable dans le rapport qu’on entretient avec le jeu. On cherche coûte que coûte à reprendre le contrôle de ce qui nous échappe. Difficile d’en dire davantage sans révéler ce qui fait son charme. Un peu comme ce vendeur de Link’s Awakening qu’on cherchait à duper en tournant autour de lui, le joueur est invité à faire preuve de curiosité pour littéralement tirer son épingle du jeu.

Certes Live a Live est un peu pété dans son gameplay qui se contente de survoler ce qui aurait pu faire sa spécificité. Nul doute que cette partie aurait mérité un remaniement plutôt qu’un simple ripolinage. Certaines mécaniques de gamedesign d’Hyper Light Drifter ou de Fire Emblem auraient pu donner davantage de corps à la formule. Pour autant, on ferme volontiers les yeux devant ses défauts, emporté par la générosité d’une aventure certes courte mais d’une densité folle. Live a Live est une déclaration d’amour à la pop culture, un jeu attachant qui se picore avec gourmandise et qui privilégie l’expérimentation avant toute chose. Parfaitement adapté à la switch et son côté nomade, Live a Live est assurément l’un des incontournables de l’été !
Pour
  • Splendide mariage de la 3D et de la 2D
  • Une OST folle de 50 morceaux
  • Quasiment entièrement doublé en anglais
  • Variété des chapitres et environnements
  • L'écriture de qualité
  • L'originalité du Futur Lointain et du Moyen-Age
  • Des références savamment dosées
  • L'amour de la pop culture à chaque sprite
  • Un côté méta assumé
Contre
  • Finalement assez rigide dans sa liberté encadrée...
  • Gameplay sous-exploité et mal équilibré
  • Les trois quarts de l'aventure trop faciles
  • Certains chapitres beaucoup plus courts que les autres

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires sur Inline
Voir tous vos commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x