• Testé sur PC
  • Code transmis par Devolver
  • Joué une dizaine d’heures en mode coop avec le petit Brigadier, le fils d’un ami actuellement au lycée.
  • La rédaction de MaG décline toute responsabilité concernant les blagues qui essaiment cette critique.
  • Captures de gameplay officielles. 

Gamescom 2018, stand Devolver, MaG découvrait Heave Ho premier du nom, un jeu d’adresse calibré sur le multijoueur et la débilité des situations. C’est Alexandre Muttoni cofondateur du Cartel qui nous expliquait comment les quatre français derrière le studio étaient passés de de la baston crue sauce année 1990 de Mother Russia Bleeds au platformer familial d’Heave Ho. « Une compétition paralympique, ça peut donner des idées de gameplay saugrenu » nous soufflait-il à l’époque avec le sourire en coin. Surprise de l’été, le second épisode de Heave Ho parvient-il à renouveler une formule déjà bien rodée ?

Ne me laisse pas tomber

Pour ceux qui n’ont jamais joué à la franchise, Heave Ho repose sur un concept de gameplay rudimentaire et convivial. Suffisamment pour qu’il figure sur le podium des jeux les plus funs en couch-coop. Heave ho propose une formule coop jusqu’à quatre joueurs ou plutôt quatre patates avec de longs bras de chimpanzé. Une gâchette pour chaque main et à vous d’essayer tant bien que mal de faire une chaîne « humaine » façon Human Centipede pour atteindre l’objectif. La communication est de mise pour éviter de tomber dans le vide et d’exploser dans une giclée de peinture qui souillera vos partenaires. Les patates poussent toujours des cris débiles et improbables râlements à chaque échec, ce qui interrogera certainement vos voisins sur vos pratiques domestiques les soirs de canicule. Notons au passage que le jeu peut se targuer d’avoir une OST aventureuse et qui reproduit parfaitement le côté erratique d’un gameplay basé sur l’expérimentation.

Ce second volet reprend la formule de son grand-frère mais s’éloigne un peu plus de la plateforme traditionnelle pour lorgner du côté du casse-tête, tout en ajoutant une dimension on-line. Si le jeu a avant tout été pensé comme le compagnon idéal d’une soirée pizzas en couch-coop, ce mode reste un bon point supplémentaire, à supposer que les serveurs Discord soient suffisamment peuplés dans les mois qui suivent. De notre côté, nous nous sommes essentiellement concentrés sur le jeu local, une pratique ludique aujourd’hui menacée d’extinction et pourtant tellement plus fun que de jouer en ligne. Même formule donc, mais nouveau menu : Heave Ho 2 repose sur huit mondes thématiques conçus comme des univers à part entière. Chaque zone est reconnaissable tant en termes de direction artistiques que d’idées ludiques déclinées tout au long des niveaux. On sent que les développeurs voulaient ici prioriser la communication plutôt que l’adresse pure et dure pour avancer. C’est cette philosophie revendiquée par le Cartel Studio. Les développeurs sont partis d’un thème duquel ils ont tiré un level design singulier dans des lieux plus interactifs.

« Chaque niveau doit être capable de générer un souvenir de jeu unique. »

Les puristes pourront retirer l'affichage des gants L (gauche) et R (droite) pour activer les méninges jusqu'au bout.

Les montagnes enneigées introduisent les mécaniques de base et la physique si particulière du titre.  Le manoir hanté repose sur des clés qu’il faudra transporter jusqu’aux portes de sortie de chaque niveau. Dans le monde des ninjas, les cordes et les lianes permettent de gagner en souplesse et il faudra prendre garde aux surfaces glissantes. Changement radical d’ambiance dans la cuisine où un chef très franchouillard nous demandera de réaliser des recettes en réunissant les ingrédients étape par étape de quoi séduire les amateurs d’Overcooked. Quel joyeux bordel quand le steak haché se fait la malle et qu’une tranche de salade vient contrarier le dressage in extremis ! Le château médiéval regorge d’idées ludiques avec des mécanismes à activer en duo comme des catapultes et pont-levis. Le monde des pirates est aussi particulièrement guignolesque avec un bateau qu’il faudra guider du début à la fin du niveau. Cerise sur le gâteau, d’autres patates viennent nous enquiquiner en nous tirant dessus à l’arc quand d’autres s’accrochent comme des sangsues à nos basques.

La galerie d’art et le manoir hanté reposent davantage sur des petites énigmes à résoudre en observant le décor. Notons au passage que cet épisode propose aussi de faire des figures en grand écart dans chaque niveau en se plaçant comme il faut devant des ombres cachées dans les décors. Les niveaux dans l’espace reprennent l’esprit du très sympathique Affordable Space Adventures et il faudra diriger une fusée à plusieurs, tout en intégrant les lois de l’apesanteur. Enfin le cirque est certainement le monde le plus acrobatique du titre et c’est ici qu’on tentera les cabrioles les plus folles pour épater l’assemblée.

Typiquement le genre de moment où un moment d'absence peut briser une amitié.

Ce second épisode mise donc sur la variété et on se plaît à varier les ambiances et les approches de gameplay d’un univers à un autre. Plus vous ajoutez de joueurs, plus vous arriverez à faire des chaînes humaines, mais plus il faudra vous coltinez les retardataires. Les cavaliers seuls essayeront de prouver leur bravoure en accédant les premiers au point d’arrivée. Ils pourront ensuite savourer ce moment de grâce en humiliant les retardataires, après avoir pris le contrôle d’un drône de sauvetage qui leur évitera de franchir les obstacles. Les développeurs ont ainsi trouvé un compromis astucieux permettant aux bons et mauvais joueurs de jouer ensemble. Comme son prédécesseur, Heave Ho 2 salue l’inventivité et l’imagination des joueurs. On a parfois l’impression d’être une pieuvre dans un aquarium et qui chercherait à résoudre une énigme. Le jeu n’hésite pas à remuer gentiment vos méninges tout en vous trollant à la fin en indiquant le nombre de morts et le temps qu’il vous aura fallu prendre pour décrocher la victoire. Les plus rapides s’amuseront à défier les chronos pour gagner des bonus.

Initiation à l'histoire de l'art avec Heave Ho 2 !

Marcel Prout

Nouvel épisode oblige, les développeurs ont aussi réfléchi à une mécanique secrète et prisée des dieux protecteurs du cassoulet. Une technique qu’on appellera sobrement « turbo-prout ». Le TP, pour les intimes, permet de prolonger un saut après avoir lâché les vannes. Les plus gourmands pourront même réussir à déplacer des éléments du décor selon la logique de « l’effet pet-pillon » et les lois de la physique gastrique. Or, c’est la technique la plus approximative du jeu et l’art du pet bien placé aurait mérité d’être digéré en profondeur. Si tout le monde peut péter IRL, la chose est autrement plus savante ingame. On aurait aimé gagner en agilité au lieu de rester si près du sol. On se surprend à serrer les fesses pour un résultat pas toujours à la hauteur de nos flatulences au moment de la libération. Plutôt que d’utiliser le turbo-prout avec parcimonie, vous passerez donc une partie substantielle du jeu à péter sur vos amis en toute impunité. Un plaisir simple qui, de tous temps, réunit les Hommes, quelles que soient leurs origines, à Rio comme à Paris, des plaines de la Taïga jusqu’au désert de Gobie.

Parenthèse historique oblige, certains anthropologues prétendent qu’on peut communier avec n’importe quelle civilisation par le jeu universel du « Tire mon doigt », dont on trouve traces en Mésopotamie jusqu’à l’Irak contemporaine et ses places fortes autrefois occupées par Daesh. Nul doute que les développeurs ont cherché à reproduire cette communion des esprits et cultures du monde, même s’ils se sont quelque peu perdus en route. Cette imprécision ou plutôt ces aléas physiques propres à la nature moléculaire du gaz font cependant partie de l’ADN de la formule. Les amoureux de la tripaille apprécieront de lâcher la moutarde au moment opportun pour rompre la chaine humaine, condamnant celui du bout à chuter seul dans le vide. En une fraction de seconde, le pétou, volatile, peut vous faire passer de vie à trépas, du rire aux larmes. Les plus pervers n’hésiteront pas à semer la zizanie en profitant de la cacophonie pour larguer quelques petits pets furtifs au moment fatidique pour enfumer vraiment votre salon et profiter du 4DX en toute élégance. On ne pensait jamais écrire ça un jour, mais les développeurs sont tout de même passés à côté de l’essence du prout, qui aurait pu être plus ludique encore en optant pour une dimension stratégique plus poussée. Oui, le turbo-prout est sous-exploité !

Dans l'espace, personne ne vous entendra péter.

Un petit pet pour l’Homme mais un grand pas pour l’humanité

Taillé pour le speed run, Heave Ho 2 vous invite aussi à toutes les guignoleries en récoltant des pièces statiques et même des trophées qui vous narguent en volant d’un bout à l’autre du niveau. Dans certains niveaux, on pourra même libérer des petits koalas qui s’accrocheront (comme tout bon koala qui se respecte) à votre poitrail bien musclé. Tout au long de l’aventure, on peut débloquer différents looks saugrenus dont certains sont tirés du « Devolver mutiverse » (coucou Anger Foot). On peut aussi gagner des accessoires rigolos et même utiles comme la bombe qui révèle des plateformes invisibles ou la corde qui rappelle la sacro-sainte corde à linge de Worms Armageddon. Outre la coopération, le jeu propose un mode versus que nous n’avons pas encore exploré. Sur une petite dizaine d’heures à deux, on aura pris un malin plaisir à replonger dans l’univers si particulier des (demi) hommes-troncs du Cartel studio. Heave Ho 2 est un jeu à la fois accessible et rigoureux qui réunira les casuals et les amateurs de score dans la joie, la bonne humeur et les flatulences.

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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