• Testé dans sa version 1.3 sur PC (évitez les versions old gen comme la peste bubonique)
  • RTX 3060 = 60 FPS avec tous les potards à fond en 1080p sans raytracing
  • La partie s’est déroulée sans trop d’encombres, avec une vingtaine de bugs visuels ou d’IA à déplorer

Les crédits de fin défilent depuis quelques secondes que déjà l’embarras m’étreint. Moi qui m’efforce toujours de rédiger des critiques construites sur les jeux que je termine, je sais que j’aurai peu à écrire sur Cyberpunk 2077. J’y ai pourtant joué environ 25 heures, assez pour boucler la quête principale et m’essayer à une poignée de missions secondaires. Seulement il y a un hic : quand je repense à mes sessions eh bien je réalise que je ne me souviens pas de grand chose. Je ressors partiellement amnésique de Night City, avec l’impression tenace d’avoir perdu du temps. Que s’est-il passé ? Tentative d’auto-psychanalyse ci-dessous, dans un style plus saquedenesque qu’à l’accoutumée, sans  »pour » ni  »contre » en conclusion. Un coup d’œil mêlé à un coup de gueule.

2020, année chaotique

À l’approche de Noël dernier sortait Cyberpunk 2077, la nouvelle création des Polonais derrière The Witcher. Succès critique et commercial, The Witcher 3 compte parmi mes expériences vidéoludiques les plus mémorables. Autant dire que son successeur bénéficiait d’un tapis rouge marketing tout déroulé en amont de sa sortie. De mémoire, avait-on auparavant assisté à une telle hystérie collective ? Souvenez-vous. Les journalistes qui l’avaient approché brièvement en hands off à l’E3 2018 en parlaient avec les pupilles dilatées et l’œil fou. Les forums de sites spécialisés grouillaient de pancartes Day 1. Les youtubeurs jusqu’aux plus intègres relayaient en direct chaque nouvelle information, même la plus insignifiante. Une  armée de publicités ambulantes en somme, pour un projet sur lequel personne n’avait encore pu poser les mains. Un énième train de la hype à bord duquel tout le monde a embarqué sans réfléchir, ses passagers portés par l’agitation du moment et cette impression superficielle « d’en être ». Cette tendance à faire miroiter monts et merveilles est malheureusement courante et prouve que la frontière entre art et entertainment est mince dans le milieu du jeu-vidéo.

Mais voilà que fin 2020 des révélations tombent sur le mal-être des employés et le recours systémique à un crunch inhumain violant le droit du travail et faisant fi de leur santé. Les retards se succèdent mais le flot de promesses ne tarit jamais. Cyberpunk sera exceptionnel, il y aura un avant et un après. C’est sûr. Arrive enfin la date du 10 décembre : seule la version PC s’avère jouable, CD Project ayant malhonnêtement décidé de ne fournir aucune copie current gen à la presse pour leurs tests. La grande classe pour un studio alors si conspué par les joueurs que le co-fondateur Marcin Iwiński présentera des excuses publiques dans une vidéo comptant aujourd’hui plus de trois millions de vues. Trop tard, le portage est si catastrophique que Sony décidera carrément de retirer la mouture PS4 du PS Store. C’est un désastre à tous les étages, d’autant plus que le jeu se coltine toute une tripotée de bugs qui font les beaux jours des monteurs vidéo sur Reddit, générant une avalanche de memes. Qu’en-est-il neuf mois après la sortie ?

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« No you're breathtaking ! »

Bonne nouvelle sur le plan technique ! C’est effectivement tout à fait jouable, avec le lot habituel de bugs propres aux mondes ouverts comme des réactions incohérentes de la foule ou quelques approximations de collisions par-ci par-là. Pour le coup je me marre en repensant à cette flopée de passants à genoux en train de supplier dans le vide tandis que deux PNJ aux modèles identiques dévoraient nonchalamment un hotdog en parlant de sexe. Tout ça parce que j’avais sauté depuis le haut d’un escalier. Il en faut peu pour déstabiliser le nightcityen moyen. Graphiquement le titre s’en sort avec les honneurs, sublimé par son ambiance visuelle cyberpunk de chaque instant. Impossible de ne pas être réceptif au charme vicié de Night City, à son macadam détrempé sur lequel se reflètent les enseignes des néons, à ses artères sordides jonchées de détritus, à ses quartiers pleins de vie (et de mort). Mention spéciale à son atmosphère lubrique, martelée à grands renforts d’affiches publicitaires sexuellement explicites et ce peu importe le produit vanté. On apprécie par ailleurs ces chaînes d’information en continu qui vomissent leur propagande abjecte jusque dans les ascenseurs ; on s’attendrait presque à voir apparaître un Zemmour augmenté. La ville constitue la plus grande réussite de Cyberpunk, tout simplement.

Le fait est que passé la passion de la découverte, je me suis sacrément ennuyé. Pour un AAA glorifié des années durant comme la future référence du RPG occidental, la déception est rude face à la disette des choix de dialogues et dont les conséquences sont la plupart du temps anecdotiques. Pauvreté des systèmes également, illustrée par un arbre des compétences sommaire à la Far Cry 3. Le craft n’est pas en reste et se voit réduit au strict minimum. Quant à la personnalisation cosmétique du personnage elle est sans intérêt vu qu’on joue à la première personne. On ignorera ainsi rapidement les différents perks alloués par les vêtements tant tout devient de toute façon trop vite trop facile, la faute à une IA qui semble tout droit sortie du gros orteil de Franck Ribéry et à une courbe de progression aussi pétée que KillerSe7ven un soir de Nouvel An.

Et puis à quoi bon se battre ? Vous pourrez zapper la quasi intégralité des combats en slalomant au nez et à la barbe de vos adversaires. Imaginez une fusillade endiablée dans un entrepôt qui cesserait net dès que vous le quittez. Eh oui les cutscenes mettent fin aux phases d’action donc autant se dégourdir les jambes et en finir au plus tôt, à moins qu’étriller des cyborgs avec une tartiflette à la place des implants ne vous branche. Les armes ont toutefois du punch, je le concède ! Je m’en suis rendu compte alors que je criblais de balles un civil au volant de sa voiture, dans un souci professionnel de constater d’éventuels démembrements. Tronc, bras, jambes et têtes restent tristement soudés à moins d’une explosion auquel cas c’est spaghettis bolo pour tous. Je prends mon rôle de testeur très au sérieux ! Vous vous en doutez les flics n’ont pas tardé à se pointer. Heureusement pour mon avatar, le concours pour devenir policier est encore plus permissif à Night City qu’à Paris, si bien que faire le tour du pâté de buildings suffira à semer les plus fut-futs d’entre eux, comprendre ceux qui parviennent à démarrer dans le bon sens et à ne pas se bloquer entre une poubelle et un banc.

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Pour déjouer l'ennui

Passé le cap de la dizaine d’heures, c’est l’espoir de s’intéresser au scénario qui s’amenuise tant il se révèle inutilement tortueux et bavard. Je ne calcule plus les soupirs durant certains échanges qui n’en finissaient pas, tout ça pour en définitive aller fumer une énième bande de cyber-dégénérés. Attention l’histoire de Cyberpunk n’est pas mauvaise ni foncièrement mal écrite : elle est juste péniblement passable. J’en ai déjà oublié la moitié. Je me fichais éperdument du destin des héros (à part peut-être celui de Johnny Silverhand, superbement doublé par Keanu Reeves). D’ailleurs à la première occasion j’ai opté pour la mauvaise fin en me collant une balle dans la tête. Il faut dire que les discussions tapent sur les nerfs, entre des  »FUCK » une phrase sur cinq et un protagoniste principal qui crie davantage qu’il ne parle. On baisse alors le son du casque d’un cran, puis de deux avant de réaliser que le jeu nous épuise.

Pour conclure c’est certainement le manque de propos global de Cyberpunk qui m’a le plus navré. Il ne suffit pas d’une météo pluvieuse, de néons roses, de sexe et de drogue pour qu’un monde soit cyberpunk. On navigue ici bien loin de l’insolence subtile et revendicative du comics Transmetropolitan de Warren Ellis. On gravite à des années-lumière des couloirs lugubres de l’excellent Observer ou des monologues désabusés du philosophique The Red Strings Club. Filez tout de suite jouer à ces deux ténors du genre si vous ne les connaissez pas, je vous en conjure. Le dernier-né de CD Projekt est un crâneur qui gesticule dans tous les sens pour finalement rester muet dès qu’il obtient l’attention de l’assemblée. Son univers est sous-exploité, détaillé visuellement mais incapable de dégager de l’épaisseur sitôt le vernis effrité. Là où The Witcher 3 nous gratifiait de quêtes secondaires ambitieuses, son dauphin nous inonde de propositions de courses de voitures, de concours de tirs et autres tâches ingrates lorgnant avec le FEDEX que même Sam Bridges de Death Stranding refuserait. On a certes droit à plusieurs moments de grâce dans la narration mais ces passages timides sont trop épars tout au long de l’aventure.

Le monstre Cyberpunk pâtit encore en 2021 de son développement contrarié. Ainsi le squelette du Goliath paraît toujours empêtré dans les velléités narratives des scénaristes, les attentes ridicules des joueurs, les reports répétés des pontes du studio et les ultimatums pour « raisons commerciales » des « corpos », à l’abri dans leurs tours d’ivoire. Quand les crédits se déroulent enfin et que les noms et prénoms des employés s’enchaînent, on pense amèrement aux années de crunch subies pour accoucher d’un mastodonte en équilibre si précaire…

Tout ça pour ça ?

Résident permanent dans la petite bourgade de Raccoon City et prosélyte du génial Rain World depuis 2017, on l'entend parfois jurer à pleins poumons lorsqu'il perd lamentablement face au singe de Sekiro à un poil de lemming près. En quête d'une 3080 depuis bientôt un an, le malheureux espère une réception de sa commande en 2022 : l'important c'est d'y croire ! Son TOC préféré ? Recenser dans un PDF tous les jeux auxquels il a joué dans sa vie.

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