• Testé sur PC avec RTX 4070 TI en 3440 X 1440 écran ultra large HUD intégralement retiré.
  • Code fourni par Capcom.
  • Fluidité moyenne autour de 80 fps (sauf dans les villes).
  • Screenshots et captures de gameplay maison réalisées avec le mode photo du jeu sans retouches. 
  • Recommande chaudement de jouer avec le HUD le plus résiduel possible pour profiter pleinement des panoramas.  
  • A joué 6O heures à sillonner la campagne plutôt que les quêtes principales.

Véritable rouleau compresseur, Dragon’s Dogma 2 s’est vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires dans les onze premiers jours de sa sortie. Résurrection d’une licence intimiste qu’on pensait condamnée aux oubliettes depuis l’annonce en 2013 de son successeur spirituel Deep Down, ce second opus aura finalement eu un destin plus heureux. Ode au voyage et à l’exploration, Dragon’s Dogma 2 tire son épingle du jeu dans le cercle très prisé des open world. Journal d’un insurgé en pleine rébellion après une soixantaine d’heures frappées du sceau de l’anarchie, la vraie. 

Résiste, prouve que tu existes

Le scénario de Dragon’s Dogma 2 tient sur un timbre-poste. Précipité lors d’une intro expéditive de la chambre royale au bagne des mines de pierre, notre héroïne n’a pas fière allure avec ses habits de forçat. Le titre n’est pas bien bavard et on nous invite d’entrée de jeu à créer notre avatar sur mesure grâce à un éditeur de personnages parmi les plus raffinés du genre. Il suffit de voir les créations des autres joueurs du monde entier pour comprendre qu’on n’aurait jamais eu notre place aux Beaux Arts. On reste pantois d’admiration devant un éditeur aussi chiadé et, très certainement, un nouveau mètre étalon du genre avec celui de Baldur’s Gate III et prochainement le moteur Meta Human de l’Unreal Engine. 

Les combats ont quelque chose de diablement régressif.

Ce n’est qu’après avoir joué les apprentis démiurges qu’on fait nos premiers pas en culotte courte et en haillons. Une mystérieuse histoire d’usurpateur et d’insurgé nous est contée lors d’une courte cinématique à la première personne où l’on comprend qu’on nous a chipé notre place de premier de cordée. Pour les questions, on repassera !  Après une évasion à dos de griffon, fini la servitude et à nous les joies de la liberté ! A l’image des derniers Zelda, rien ne nous empêche d’aller cul nu où bon nous semble, pour peu qu’on résiste aux hordes d’ennemis qui nous harcèleront tout au long du jeu.

Au début, Dragon’s Dogma 2 est assez déstabilisant alors qu’on erre en slip dans la brousse et qu’on cherche à rivaliser avec des sacs à PV monstres beaucoup plus costauds que nous. Attiré par l’inconnu et une carte qui ne sortira de son brouillard de guerre qu’après avoir exploré les régions à la sueur de notre front, j’aurais donc passé les quinze premières heures du jeu à ignorer la citadelle, hub central de Dragon’s Dogma. J’ai dès le départ flairé l’arnaque de la campagne principale (nous y reviendrons) et préféré l’amour de la campagne, aussi dure soit elle. C’est la « liberté libre » comme le scandait Rimbaud dans ses poèmes. Ce n’est que bien plus tard que j’ai regagné Vermund, les pieds crottés, l’air cabossé, mais l’esprit plein de nouvelles promesses de voyage. Je reviendrais décrypter le langage de ces elfes chez qui j’avais passé la nuit après avoir fui un minotaure enragé. Quelle mémorable première expédition à y repenser ! C’est donc à la capitale qu’on peut faire des emplettes et aller à la taverne du coin glaner des informations afin de « résoudre » l’affaire qui nous a conduit à l’errance. Objectif : attirer l’attention de l’impératrice.

On est jamais à l'abri d'une visite surprise même en plein combat !

Il nous faudra donc suivre des quêtes principales d’un autre âge : rejoindre des personnes à l’autre bout de la carte pour leur livrer un objet, espionner des hommes politiques, etc. Aucun challenge si ce n’est comprendre ce qui est attendu de nous par Capcom tant les indications manquent sur le fond comme la forme. On se croirait presque revenu à l’époque de Skyrim. Problème et non des moindres, on a rarement vu des quêtes aussi pétées qu’insignifiantes. Il n’est pas rare d’arriver au moment de la journée indiqué et que rien ne se passe le moment venu. Le cycle jour nuit semble parfois capricieux et ce malgré les derniers patchs. Dommage… Les villes sont belles mais sans âme réelle avec tous ces PNJ sans têtes, surtout quand on les compare à ceux de Red Dead Redemption, The Witcher ou Cyberpunk depuis son mea culpa salvateur. Pourtant une forme de magie opère avec un côté franchement mégalo des architectes derrière les deux villes reines.

Les premières rencontres avec les griffons sont mémorables.

Autre travers et mécanique exécutée avec les pieds, le jeu lorgne très grossièrement du côté de la franchise Hitman. On retrouve ce côté carnavalesque qui nous permet de nous infiltrer sans encombre dans les parties du château réservées à la cour avec le déguisement adéquat. Une idée qui aurait eu tout son sens si elle avait été exploitée sérieusement. Seul hic, les gardes sont bipolaires et s’ils vous laisseront passer en tenue d’Eve la majeure partie du temps, il leur arrivera de virer chafouins sans raison apparente et qu’ils fondent aussitôt sur nous tel un essaim vengeur pour nous jeter au cachot. Cherchez l’erreur… Quand on énonce des règles de gameplay, encore faut-il les appliquer.

Jusque là tout va bien. Jusque là tout va bien !

Le vent nous portera

Très vite on comprend que l’histoire, la vraie, n’est pas celle proposée par le jeu mais celle qu’on voudra bien s’imaginer sur la route. « La vie est ce que nous en faisons. Les voyages ce sont les voyageurs eux-mêmes » clamerait Fernando Pessoa. Un peu chiffonné par cet accueil, je décide de rejeter ce monde d’imposture et d’apparat qui n’a de toute façon aucun sens. A bas les conventions, je mènerais mon aventure les fesses à l’air, pieds nus, cheveux au vent, par monts et par vaux jusqu’à trouver un sens à ma nouvelle vie d’insurgé. Déchaussé et défroqué, j’affronterais sans fléchir ceux qui se mettront au travers de ma route !

La classe voleur est vive mais très exposée !

De retour en cavale, toujours chichement vêtu, mon insurgée d’infortune en oublierait presque de vous parler de son fidèle serviteur sobrement intitulé Frosties. Cette léonine, race féline au poil soyeux et au corps humanoïde, je l’ai créée de toute pièce avec l’éditeur de niveaux. Le cœur du gameplay de Dragon’s Dogma repose sur un système de pions qu’on peut invoquer dans des failles qu’on trouve dispersées aux quatre coins de la map. Une idée originale et communautaire utilisée avec intelligence puisqu’on pourra recruter ceux créés par d’autres joueurs, au talent d’artiste plus affirmé. Certains ne manquent pas d’imagination pour reproduire des personnages de culture populaire connus, qu’il s’agisse de ce bon vieux Kratos ou de Daenerys Targaryen. J’aurais même conduit la belle Khaleesi à une petite thérapie personnelle, puisqu’elle m’aura accompagné pour défier l’un des quelques dragons qu’on croise sur la map. Nous ne sommes plus à une fantaisie près !

Les zones entre deux régions sont magnifiques.

La force et la singularité de Dragon’s Dogma, c’est son gamedesign qui laisse la part belle à l’initiative. On se fixe ses propres défis, qu’il s’agisse de battre nos premiers cyclopes ou d’abattre un griffon qui s’était jeté sur un buffle quelques secondes plus tôt. Les combats accompagnés de nos trois pions donnent lieu à un joyeux bordel, surtout quand d’autres PNJ se joignent à la bataille. On a parfois peine à voir un monstre se faire poignarder de tous les côtés par une petite escouade de guerriers téméraires croisés au détour d’un bosquet. Les dégâts s’affichent en temps réel, le sang s’accumule sur les points visés et des touffes de poil s’envolent dans les airs à chaque fois qu’on enfonce sa dague sous la chair de la malheureuse victime. Terrifiant. 

Dans Dragon's Dogma 2, on n'a pas l'impression de planter une plâtrée de lasagnes...

Même les cadavres sont amenés à pourrir même si on est encore loin du système de charognes de Red Dead de Rockstar. Pour les pleutres qui n’oseront pas braver les dangers qui attendent tout bon pèlerin qui se respecte, il sera toujours possible de monter dans un char à bœuf, véritable éloge de la lenteur. La caméra aérienne nous laisse alors profiter du paysage et c’est le moment parfait pour prendre l’apéro IRL, même si des gobelins ne manqueront pas de venir rompre notre quiétude par endroits.

Le sentiment de démesure porte constamment l'aventure.

Dragon’s Dogma se distingue des autres open world par son rapport au temps et au voyage. Contrairement à la franchise Assassin’s Creed, modèle d’assistanat, le jeu nous invite à lire les cartes et refuse tout guidage GPS. Il est ainsi très facile de manquer un PNJ vendeur et il semble quasiment impossible de tout voir. Le jeu adopte la philosophie propre à Breath of the Wild : ce qu’on peut voir, on peut l’atteindre. Ne vous attendez pas non plus à galoper à cheval, le jeu reste toujours à hauteur d’Homme et évite au maximum les voyages rapides en limitant les objets de téléportation au strict minimum (sauf à considérer la boutique dédiée où les baleines pourront claquer leur PEL pour acheter une transpierre). 

Une carrière d'artificier raté !

Un choix de gamedesign qui peut surprendre au début mais qui rend l’exploration inoubliable tout en appréciant les distances à l’instar de Death Stranding. L’insurgé ne peut pas non plus nager ce qui rend l’exploration plus complexe même si on peut se demander pourquoi les développeurs ont choisi un tel handicap. Était-ce une pure question de gamedesign ou une contrainte de développement ? Probablement un peu des deux diront les mauvaises langues. Une large partie de la carte est occupée par l’océan et gageons qu’il se découvrira probablement lors d’un prochain DLC insulaire.

Explorer les grottes peut révéler bien des surprises...

La classe à Dallas

Chaque personnage dispose de plusieurs classes qu’on peut changer au cours du jeu. Quatre classes de base : guerrier, archer, voleur, mage auxquelles s’ajouteront cinq autres plus originales qu’on débloquera au gré des quêtes et des rencontres : champion, archer mage, chevalier mage, illusionniste et conquérant. Si le guerrier est expert au corps à corps avec la possibilité de parer et contrer les coups au bouclier, le voleur que j’ai choisi est vif et agile, quoiqu’exposé par sa tenue légère. Les illusionnistes génèrent des hallucinations avec leur encensoir pour conduire les ennemis à se castagner entre eux. Les sorciers sont habiles en magie noire ou pour soigner nos alliés. Le conquérant enfin est un mix de toutes les classes ce qui permet de créer des combos originaux.  On peut monter chacun d’entre elles pour débloquer des attaques spéciales qui consomment de l’endurance. Si je me suis concentré largement sur le voleur, aucune classe ne semble avoir été laissée de côté et toutes offrent des perspectives de gameplay original.

Aller aux sources thermales en 2024 est toujours un acte pudique dans le monde puritain du jeu vidéo.

Fort de graphismes somptueux, Dragon’s Dogma est impressionnant par sa démesure comme le côté organique de son exploration. Très vertical dans son approche, le gameplay axé sur l’endurance permet selon les classes d’accéder à des endroits plus ou moins retors. Quand on part dans la brousse, on ne sait jamais vraiment où on va atterrir. Qu’il s’agisse d’une anfractuosité aperçue sur le flanc d’une montagne ou d’un pont qui s’est effondré après notre passage, on part toujours plus longtemps qu’on ne le pensait. Saisissant dans sa construction, Dragon’s Dogma est un plaisir de la découverte à chaque instant. 

Le système d'éditeurs de pions offre des possibilités infinies.

Quand on entre dans une grotte qui semble alors inépuisable, on ne sait jamais vraiment dans quelle affaire on s’embarque, ni quand (et si) on reverra la lumière un jour. Et comme le jeu est très punitif à cause de son système de santé et de sauvegardes, il faut savoir peser les risques avant de partir tête baissée. En effet, à chaque fois qu’on encaisse des dégâts majeurs ou qu’on échoue, la barre de vie se rétrécit ce qui peut très vite nous mettre en difficulté à l’image de ce passage où il m’a fallu fuir comme un poltron et abandonner tous mes camarades derrière moi.

Pour regagner l’entièreté de notre barre de vie, les potions et sorts de soin sont parfaitement inutiles ; il faudra monter un camp sur l’un des emplacements dédiés qu’on découvrira sur la map. Qu’on ne s’y méprenne, Dragon’s Dogma est avant tout un jeu de survie et les premières dizaines d’heures sont particulièrement âpres surtout quand on refuse mordicus d’enfiler un pantalon pour monter ses caractéristiques ! Au cours de notre voyage, on glane d’innombrables fruits, plantes et objets qui nous serviront à générer tous types d’équipements. La partie loot occupe peut-être une place un peu trop importante d’autant plus qu’elle alourdit la charge supportée et donc la vitesse de notre insurgé.

Certains ennemis vous jettent comme de vieilles chaussettes depuis le ciel.

En bon despote qui se respecte, n’hésitez pas à charger comme des mules vos pions qu’on aurait très bien pu appeler des esclaves. Heureusement on pourra remplir notre coffre de tout ce butin dont on ne sait plus vraiment que faire au bout d’un moment. Et comme on ne change de classe qu’à la guilde, on peut vite se retrouver avec des armures qui ne nous servent à rien si elles ne sont pas adaptées à notre équipe. Pour autant, il y a toujours quelque chose de plaisant à trouver de précieux minerais planqués à front de falaise ou ouvrir un coffre-fort perché dans un temple en altitude. Le syndrome de l’écureuil a toujours fait ses preuves depuis les coffres sacrés de Resident Evil.

Les golems offrent une puissance de feu...

Cryptique, c’est certainement le mot le plus adéquat pour évoquer l’univers de Dragon’s Dogma. Puisque la carte est gigantesque, on se retrouve souvent face à des découvertes inattendues. A l’autre bout du continent, j’ai par exemple trouvé une clé qui m’a permis d’aller ouvrir la salle aux trésors de Vermund, alors pourtant que rien n’indiquait sa présence si loin de la capitale. Des PNJ nous interpellent aussi au cours de notre parcours et les quêtes et objectifs semblent parfois se télescoper assez naturellement même si ces cinématiques d’un autre âge nous sont imposées avec une maladresse sidérante au regard des standards contemporains. Au rang des incongruités, les PNJ disent absolument n’importe quoi quand on les interpelle comme si tout le monde était sous valium « Je me balade » me lance un gosse grassouillet assis face à un mur dans l’une des bâtisses vides d’un charmant hameau. « Je n’ai pas grand-chose à vous dire » me lance un autre dans un élan de clairvoyance. Hum… je sens que j’aurais des discussions plus poussées avec un gobelin qu’un habitant de Vermund ! « Est-ce que ce monde est sérieux ? » comme dirait Cabrel !

... particulièrement explosive !

En quête de sens ?

Malgré une quête principale grevée d’incohérences et de bugs limitants, l’exploration mariée à la survie fait mouche. Les graphismes sont de très haute volée avec une distance d’affichage respectable qui laisse apprécier l’horizon et les possibilités d’expédition. Fait remarquable, le jeu n’est soumis à aucun temps de chargement sur la map et tourne sans vrombir avec une configuration musclée, quel que soit le nombre d’ennemis affichés à l’écran. Seuls les passages en ville divisent les FPS par deux ou on regrettera encore que les spectres fassent hoqueter le framerate lors des virées nocturnes. Les ennemis et les PNG équipés de lanternes apparaissent alors comme des lucioles dans la nuit.

La magie de vos pions vous sera parfois d'une grande aide, surtout dans l'obscurité.

Globalement le jeu reste une réussite technique, tout particulièrement en ce qui concerne sa modélisation environnementale renforcée par une photogrammétrie réellement d’avant-garde. Les géologues en herbe apprécieront de si jolies pierres criantes de réalisme. Les roches ocres m’ont rappelé le désert jordanien du Wadi Rum ; d’autres escapades à fleur de falaise ravivent immédiatement de lointains souvenirs de randonnées islandaises, où la lumière crue filtrait avec difficulté de nuages qu’on devinait chargés d’eau. Quant au sol vert lunaire et ses plantes pionnières, ils nous indiquent une forte activité volcanique. Des masures sur les hauteurs renvoient à un imaginaire désolé de finistères, un bout de fin du monde qu’on aurait enfin atteint après un long voyage homérique. Comme une toile de Caspard David Friedrich, l’océan à perte de vue nous fait tourner la tête. Dragon’s Dogma 2 a quelque chose de romantique dans son approche de la nature.

Ne jamais regarder derrière soi : règle d'or de Dragon's Dogma !

Il faut voir les paysages se transformer lentement, passer de forêts bucoliques à un désert de sable insondable. Au cœur des dunes de l’ouest trône la ville de Bathal, une forteresse imprenable, perchée au cœur d’un canyon qui ne peut qu’évoquer Petra et les cités nabatéennes. Le tout est sublimé par des éclairages somptueux qui contrastent avec ces grès aux couleurs vives qui feront immanquablement rougir les plus belles dalles Oled. L’ensemble est porté par une OST discrète mais sensible dans la veine d’un certain Zelda. Quelques notes de piano colorent l’expérience d’une fibre nostalgique à l’image de Breath Of the Wild (encore lui !). Le bruit du vent, le silence de la nuit : l’expérience sonore est une réussite qui plus est équipé d’un casque correct.

L'exploration à flanc de falaise révèle parfois de précieux minerais pour améliorer notre équipement.
Les archers vous sauveront souvent la mise !

On a vraiment l’impression de voyager pour peu qu’on fasse abstraction des nombreuses escarmouches qui grèveront (un peu trop) notre périple. Là aussi les animations des ennemis sont de très bonne facture avec une variété de coups et techniques qui rendent chaque combat différent. On a toujours l’impression de participer à une bataille singulière, de découvrir de nouvelles animations, ne serait-ce qu’avec les différentes approches de nos pions qu’on emprunte à d’autres joueurs dans la faille et qui apprennent à reconnaître les points faibles des ennemis, la topographie des régions, leurs légendes et leurs secrets. Si les mauvais bougres répètent trop souvent les mêmes punchlines insignifiantes, l’ensemble reste digeste et donne l’impression que le monde regorge de secrets. Seule la faune semble parfois un peu perdue au milieu de ce capharnaüm. Au milieu des rivières, il n’est pas rare de voir un daim se jeter dans les crocs du Kraken qui couve dans les rivières. C’est aussi ça la sélection naturelle.

Les monstres les plus massifs donnent lieu à de somptueuses batailles. Comme le jeu repose avant tout sur le fait de s’agripper à nos proies, on s’envole parfois agrippé comme on peut au plumage d’un griffon ou on cherche à ne pas perdre prise, les mains cramponnées à la fourrure d’un loup-garou, qui soudain s’élance quinze mètres plus haut vers un abri où se replier. D’autres ennemis se fondent remarquablement dans la végétation comme les lézards géants, maîtres en camouflage. Les hopgobelins sont protégés par une armure renforcée et peuvent appeler des renforts en cas de pétrin. Même lorsque les colosses rendent leur dernier souffle, la physique du jeu suit la chute du corps en s’adaptant à la végétation destructible ou à la pente d’une colline. Clairement, difficile de prendre le jeu à défaut techniquement tant les développeurs ont soigné l’exploration et le côté bac à sable des combats. On peut créer des flèches explosives, jouer de la magie pour geler ou foudroyer un ennemi, ou encore jeter un baril inflammable sur une groupe d’ennemis récalcitrants pour les immoler ensuite. Le mot est un peu galvaudé mais, oui, Dragon’s Dogma à quelque chose de « next gen » graphiquement.

Les dragons offrent une résistance à part !

Veni vidi vici

Après de tels éloges, comment expliquer que l’auteur de ces lignes endiablées ait pu suspendre son aventure de façon si précoce ? Après des dizaines d’heures à explorer les moindres recoins de la map et à trouver de nouveaux passages secrets savoureux, je suis tout de même revenu au fil conducteur de Dragon’s Dogma. J’ai donc repris les quêtes de la taverne sur les conseils de mon fidèle pion qui m’avait rappelé à mon devoir de joueur, alors que je m’étais fixé mon propre objectif devant l’échec ludique de la campagne : abattre le dragon le plus massif et costaud du jeu, une créature imposante que j’avais identifiée au nord-ouest de Vermund, à la frontière de Bathal. Bien décidé à triompher de la bête qui m’avait corrigé plus d’une fois au cours des soixante heures de jeu passées, j’avais même enfilé un pantalon pour célébrer l’évènement ! Après un combat acharné, enfin je pouvais savourer ma victoire.

Même à niveau élevé, certaines attaques sont immédiatement létales !

Espérant secrètement que la mort du reptile puisse faire changer le cours de l’histoire qui patinait à cause des quêtes bloquées, j’ai dû me résigner à la triste réalité : ma quête principale n’avance plus et je ne peux rien y faire. Qu’il s’agisse de la mission d’un magistrat qu’il fallait libérer et amener dans une bibliothèque, du bal masqué qui ne se lance jamais ou des bureaux du ministre à fouiller mais où rien ne se passe une fois l’indicateur jaune atteint, les quêtes m’ont fatigué par le non-sens qui les porte et les bugs qui les condamnent. Par exemple, j’ai infiltré un cachot sans avoir besoin de changer d’habits (que j’avais de toute façon vendus il y a bien longtemps) et lorsque j’ai utilisé la clé pour ouvrir la cellule, les gardes se sont mis à m’attaquer sans raison ce qui m’a ramené à la case prison. Lorsque j’ai voulu recommencer la mission, ma clé avait disparu et rien n’indiquait où je pouvais en retrouver une autre à l’instar des habits recommandés pour mener à bien la mission.

Rencontre énigmatique avec un sphinx particulièrement malaisant...

Fatigué par autant d’incohérences élémentaires, j’ai rechargé ma sauvegarde… oubliant qu’elle était antérieure à mon combat avec le dragon… Et à ce moment bien précis, je peux vous dire que j’étais partagé entre la colère et la frustration teintée d’incompréhension. Je pourrais poursuivre longuement les exemples de quêtes entamées qui se coupent les unes les autres et qui refusent de nous laisser profiter de l’histoire. Le fonctionnement des quêtes principales est tout bonnement lamentable. Il y a quelque chose de profondément ingrat à ne pas pouvoir finir l’aventure pour une quête fedex bloquée quand on a exploré les moindres recoins d’un des plus beaux open world auxquels il m’ait été donné de jouer à ce jour. Comment les développeurs ont pu accomplir un tel grand écart et souffler ainsi le chaud et le froid ?

Malgré le fiasco des quêtes bloquées lors de la campagne principale, il serait malhonnête de ne pas recommander le jeu. C’est ce qu’on appellera le syndrome Dragon’s Dogma, un jeu qui échoue lamentablement sur ce qu’il y a de plus facile et qui excelle sur ce qui est d’habitude bien dur à atteindre. Quand bien même Capcom n’a pas été fichu de régler (pour l’heure) les problèmes de gamedesign qui font tache, j’ai pris un plaisir fou à explorer cette nature sauvage, si proche de ressentir les émotions d’un marcheur catapulté au milieu du désert. Alors prenons Dragon’s Dogma tel qu’il est : un voyage introspectif, une flamboyante balade sauvage, un défi contre soi-même porté par la seule force de volonté du voyageur. Je me suis fixé un seul objectif : abattre le dragon qui m’avait défié. C’est désormais chose faite. Le dernier né de Capcom est une expérience résolument anarchique mais ô combien entière. Un jeu qui tranche dans le paysage si consensuel des open world téléguidés. Pour peu que vous soyez prêts à lui pardonner ses défauts bien réels et que vous vous permettiez de s’affranchir de ses règles, Dragon’s Dogma 2 est à sa manière un jeu étape pour l’open world à la japonaise.
Pour
  • Graphismes somptueux
  • Animations au poil
  • Littéralement un vrai voyage
  • Gameplay simple mais efficace
  • Variété des classes et des approches
  • Le sentiment d'exploration
  • Pas un temps de chargement ingame
  • La verticalité de la map
  • Bestiaire réussi
  • Le gigantisme permanent
  • La carte dans le brouillard
  • Une liberté folle
  • Le système de pions
  • Editeur de perso réussi
  • Au diable les quêtes Fedex
Contre
  • Narration aux fraises
  • Des quêtes lamentables
  • La campagne principale pétée
  • Des PNJ bêtes à manger du foin
  • Pauvreté des dialogues
  • Trop de loot tue le loot

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires sur Inline
Voir tous vos commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x