• Testé sur PC avec une RTX 4070… mais le jeu doit tourner sur un frigo sans broncher.
  • Jeu acheté sur Steam
  • Captures maison. 
  • Je me suis perdu dans la boucle pendant près de trois heures (pour le moment…)
  • Malgré mon cœur de glace, je n’ai pas réussi à tuer la princesse du premier coup ! 
  • Merci aux confrères de Silence on joue pour la découverte !

Ainsi débute notre voyage : « Vous êtes sur un chemin dans les bois, et à la fin de ce chemin il y a une cabane et au sous-sol de cette cabane, il y a une princesse ». Ah l’automne et ses feuilles orangées qui virent sanguines, l’odeur de la terre meuble grouillante de vers, cette terre qui, après les premières pluies tièdes, libère cette odeur si singulière de vie et de mort. Les balades forestières et ses planques à champignons jalousement gardées secrètes. Au milieu des bois coule une rivière. Non loin, à l’intérieur de cette cabane vit une princesse et pas n’importe laquelle. Cet automne on aurait pu choisir d’aller sauver Peach pour la énième fois dans Super Mario Wonder. Mais cette année est différente : à mort le patriarcat et ses archétypes, les développeurs de Black Tabby Games ont eu les idées noires… et si on vous sommait de massacrer la princesse pour sauver le monde, que feriez-vous ?

The Stanley Parable Effect

C’était en 2011 que The Stanley Parable avait franchi le quatrième mur comme personne ne l’avait fait auparavant dans le jeu vidéo : ni Earthbound, ni Metal Gear n’étaient allés aussi loin. Devenu référence dans le milieu indépendant, cet ovni ludique plus proche d’une expérience sociologique que d’un jeu vidéo conventionnel avait bouleversé bien des joueurs en interrogeant de plein fouet leur rapport au média. Cette dernière décennie, personne n’avait vraiment essayé de reproduire le coup de maître de Galactic Café. Si vous êtes passés à côté, on ne saurait que vous recommander de quitter cette critique dès maintenant pour aller comprendre par vous-même pourquoi le jeu jouit d’une telle réputation.

Avec Slay The Princess développé par Black Tabby Games, on reconnaît immédiatement les ingrédients de The Stanley Parable : un narrateur omniscient, des injonctions permanentes et un univers qui ne se laisse pas faire. Mélange entre un jour sans fin et un conte cauchemardesque que n’aurait pas renié Kubin, Slay The Princess sait aussi apporter sa pierre à l’édifice narratif monumental qu’avait érigé le studio Galactic Café. Si le narrateur est omniprésent, notre personnage peut désormais choisir entre plusieurs réponses à l’image d’un RPG. Ce sentiment de liberté se retrouve très vite chahuté par le fil d’Ariane de l’histoire et d’un dilemme peu ordinaire : tuer cette inconnue qu’on dit princesse ou renoncer au sacrifice faustien sensé sauver le monde.  

I would prefer not to…

Les connaisseurs de The Stanley Parable savent combien le libre arbitre n’est souvent qu’affaire de patterns. En catapultant le joueur dans un univers qui semble infini, Slay The Princess multiplie les perspectives. Qu’on soit un assassin sanguinaire, un pleutre ou un sceptique, on a tous quelque chose de Bartleby, le personnage de Melville avec qui la fuite se mue en dispositif de survie. Et si le meurtre était fondé ? Et si cette charmante jeune femme couvait en elle la fin des mondes ? On touche peut-être au meilleur scenario pour le prochain Mario Bros. En jouant sur la duplicité du meurtrier et du donneur d’ordre, sur la dialectique du maître et de l’esclave, du bourreau et de la victime, Slay The Princess noie le joueur dans un dilemme permanent où aucune voix voie ne semble plus souhaitable que l’autre. L’histoire s’ouvre selon le chemin choisi ; la narration se déplie à l’image de l’incroyable final de Mother de Daren Aronofsky. C’est la mécanique du consentement que Black Tabby Games détricote jusqu’à l’épuisement.

Slay The Princess comme The Stanley Parable rappellent combien toute histoire est affaire de manipulation, d’autant plus quand les développeurs rompent avec le pacte narratif qui lie tacitement l’auteur à son public. Porté par un doublage british particulièrement convainquant et un style graphique griffonné en noir et blanc, sachez tout de même que Slay The Princess ne jouit pas encore de traduction française. Ecrit avec un humour noir bordé d’horreur, le titre pousse les curseurs sans autre limites que celle que le jouer se fixe. Avec sa narration qui prend la forme d’un ruban de Möbius, Slay The Princess se savoure par la dimension invisible qu’il sait entretenir avec impertinence. Si bien des jeux nous laissent apercevoir le squelette de leur arborescence, Slay The Princess est beaucoup plus pervers. Indomptable et sans autre horizon que celui de deux miroirs face-à-face avec comme unique point de fuite : l’infini.

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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Le Baron
6 mois

Ça m’intrigue bien tout ça… Un peu de peine avec le style graphique, mais je vais essayer de me le procurer dans les jours à venir pour tester par moi-même!

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