À l’occasion de la sortie du coffret collector Nicolas Philibert : En psychiatrie chez Blaq Out (contenant les films Sur l’Adamant, Averroès et Rosa Parks, La Machine à écrire et autres sources de tracas & La Moindre des choses), nous allons revenir un à un sur ces différents documentaires d’un réalisateur centré sur le milieu de la psychiatrie. Passionnant, documentant l’évolution de cette pratique entre 1992 (La Moindre des choses) et 2024 et nous mettant face à l’humanité de ces gens si différents mais qui nous ramènent pourtant au centre de ce qu’est l’humain. C’est au tour du dernier film du coffret (et le plus court !), La Machine à écrire et autre sources de tracas, de passer sur le grill de la critique…

Troisième pied du triptyque

Dans le Philibert Cinematic Universe, on retrouve les acteurs des premiers documentaires (soignants comme patients) dans les autres pans du triptyque. C’est résolument le cas ici où les soignants changent de cape : de personnel social, ils se transforment l’espace de quelques heures en MacGyver du bricolage, s’acharnant à remettre en marche des appareils qui font la misère à leurs propriétaires en difficultés psychiatriques.

Là où les autres films du triptyque En psychiatrie s’acharnaient à retransmettre des moments de vie, à capter du temps (139 minutes pour Averroès & Rosa Parks, tout de même !) et par la même occasion des bouts de réel, La Machine à écrire et autres sources de tracas fait l’entreprise inverse. Comme son titre ne l’indique pas, le long-métrage documentaire fait le pari de la concision. Il dure à peine une heure douze ! Le procédé reste toutefois fondamentalement le même : documenter l’état d’une fraction (ici très parisienne) du monde psychiatrique, en s’invitant cette fois-ci directement chez les patients.

On retrouvera alors les têtes connues de Sur l’Adamant, infiltrées directement au domicile du patient. Le but est double : donner un coup de main au patient en les aidant à réparer des petits problèmes quotidiens de mécanique ou d’électronique, mais aussi (et surtout ?) approcher le soigné dans son cadre de vie et poursuivre une part de la thérapie, cette fois-ci extra-muros et de manière plus informelle.

Moins ample peut-être, le court documentaire n’aboutit pourtant pas à d’autres conclusions que ses grands frères : le besoin d’aide psychiatrique protéiforme (on le voit bien grâce aux trois approches de ce triptyque documentaire) n’a jamais été aussi grand, l’humanité qui traverse le peuple des soignés aussi intacte, et pourtant la fragilité de ce système de santé (et en particulier son pan psychiatrique) n’a jamais été aussi béante, la faute à notre société du profit. La Machine à écrire et autres sources de tracas n’est sans doute pas le film le plus éclairant du trio, ni le plus percutant, mais sa brièveté en fait une excellente porte d’entrée et jette un regard plus social, en permettant au spectateur de guetter les conditions de vie des patients, bien souvent précarisés. Bref, Philibert reste avec le plus petit morceau au sommet de son art, et on en redemande…

 Fiche technique (La Machine à écrire et autres sources de tracas)

DVD Région B (France)
Éditeur : Blaq Out
Durée : 72 min
Date de sortie : 03 décembre 2024

Format vidéo : 576p/25 – 1.85
Bande-son : Français Dolby Digital 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Sans

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Le coffret contient les autres films de Nicolas Philibert (Sur l’Adamant, Averroès et Rosa Parks, La Machine à écrire et autres sources de tracas & La Moindre des choses), de nombreux bonus vidéo (notamment « Nicolas Philibert, hasard et nécessité », un film de Jean-Louis Comolli (2019, 90’)) ainsi qu’un livret de 144 pages. Les films font l’objet de critiques séparées à retrouver sur MaG.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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KillerSe7ven
Administrateur
11 mois

Super intéressant ce coffret semblerait-il. Merci pour la découverte, je rattrape tes articles de bon matin !

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