Animé d’une puissance créatrice annihilatrice, La Casa Lobo sera à coup sûr la plus folle stop-motion que vous verrez depuis belle lurette… Un coup de boule esthétique en provenance du Chili sur fond de conte vénéneux à (re)découvrir rapidement !

Bonheur sectaire

S’ouvrant sur des images en prise de vue réelle d’une colonie allemande (inspiré par la bien authentique Colonia Dignidad, fondée par un ancien brancardier de la Wehrmacht), La Casa Lobo annonce directement la couleur. Photographie sale, type DV, bruitée, surlignée d’une voix-off dérangeante vantant les largesses de cette colonie allemande qu’on devine bien rapidement être sectaire.

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Mais presque aussitôt le live-action laisse place à la stop-motion et à l’histoire de Maria. La jeune fille craignant la punition de sa communauté pour son manque d’implication finit par fuir à travers les bois. Devinant un loup lancé sur ses traces, elle atterrit dans une étrange maison pour se protéger des crocs d’Ysengrin. Deux cochons l’accueillent, deux cochons bien spéciaux eux aussi, prenant des traits de plus en plus anthropomorphes.

Folie plastique

Les Chiliens Cristobal León & Joaquín Cociña développent avec leur Casa Lobo une véritable narration métaphorique autour de cette petite fille tentant de s’échapper d’une émanation sectaire. Pourtant, le scénario va rapidement passer au second plan de ce film tant son côté formel prend le dessus jusqu’à la pure hébétude. Et c’est peut-être là la seule faiblesse à placarder à La Casa Lobo. Si fou formellement qu’il devient quasiment impossible de suivre l’histoire… Le spectateur se contente donc de se laisser porter par ce raz-de-marée d’images regorgeant d’une inventivité absolument effarante.

Le film pourrait d’ailleurs parfaitement avoir sa place dans une installation d’arts plastiques, où le public viendrait en cours de film et s’en irait avant la fin. Oubliée la narration, le choc formel suffit. Pourtant, La Casa Lobo se découvre sans déplaisir dans sa globalité et le millefeuille d’idées déployé dans les quatre-vingts minutes de film le rend d’autant plus écrasant (dans le sens galvanisant du terme).

À rapprocher du récent chef-d’œuvre de Phil Tippett (tout juste sorti en coffret chez Carlotta) Mad God, ou plus encore par ses thématiques du terrifiant Shinamarink (ou The House, toujours le meilleur film d’horreur de 2023 et de loin !) disponible sur Shadowz, La Casa Lobo creuse l’idée du passage du temps comme vecteur de pourriture. Car sous la caméra (ou plutôt les photogrammes) de Cristobal León & Joaquín Cociña, rien ne dure… Le papier mâché noircit, les murs changent de couleur et s’effritent, les membres se désagrègent, et au final ne reste que la moisissure, les culs de bougies éteintes et les personnages morts.

Ode à la pourriture

Et cette idée se traduit dans l’art même des deux Chiliens. Peu importe quelle œuvre apparait face à leur objectif – l’esquisse d’un dessin, une peinture, une sculpture – ils vont autant leur donner vie que leur donner la mort. Avec une constance d’horloge, les mêmes qui s’affolent de leurs aiguilles surexcitées dans les plans de La Casa Lobo, les dessins naissent, s’éteignent, pourrissent, s’éparpillent en mille cafards coprophages avant de prendre vie à nouveau, sous une autre forme, ailleurs dans cette étrange Maison des feuilles filmique.

Une ode à la pourriture inhérente à la vie (et donc à la création), s’étalant du début à la fin de La Casa Lobo… Jusqu’à sa scène post-générique où l’on entraperçoit l’image crasseuse d’une jeune femme nourrissant un petit cochon au biberon. L’image elle-même porte les germes de sa propre mort – crasseuse photographie DV griffée et bruitée – emportant dans son sillage la gêne flippante qui traversera finalement tout le long-métrage.

« C'est un des films d'animation les plus effrayants et visionnaires que j'aie jamais vus. »

Parfaitement logique pour Ari Aster (Hérédité, Midsommar) de recruter ces deux génies de la stop-motion pour la section animée de son Beau is Afraid, tant l’univers visuel des Chiliens colle à ce que Aster déploie dans son chef-d’œuvre horrifique du début d’année. Expérimental, génialement inventif et glauque à souhait, on vous promet que La Casa Lobo sera le tant attendu choc en stop-motion !

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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KillerSe7ven
Administrateur
7 mois

Ça a l’air superbe. Je dois aussi rattraper Pinocchio cette année.

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