Découvert à la Berlinale, Kill Bok-soon débarque enfin sur la plateforme Netflix. Katanas, effusions d’hémoglobine et adolescente récalcitrante, voilà le cocktail explosif de ce tout nouveau film d’action coréen.
Mère le jour, tueuse la nuit
Gil Bok-soon (Jeon Do-yeon) est une mère célibataire, complètement larguée par l’éducation de sa fille entrant dans l’adolescence. Du moins, le jour… Puisqu’une fois le soir venu, la très sage Bok-soon se révèle être une impitoyable tueuse à gages à la solde de l’une des plus prestigieuses agences du pays : MK. Maîtrise inégalée du katana, des armes à feu et du combat à mains nues, la mère de famille excelle. Jusqu’à attiser les convoitises…
Byun Sung-hyun, le réalisateur de 42 ans, est déjà le père de cinq long-métrages, dont le plus connus chez nous est Sans pitié en 2017. Un film remarqué à Cannes, plutôt bien reçu par la critique et déjà à l’époque qualifié de « tarantinesque ». Ce n’est pas avec Kill Bok-soon qu’il se débarrassera de cet adjectif…
Tarantino coréen ?
En effet, jusque dans le titre faisant évidemment de l’œil à Kill Bill et à sa tueuse en combinaison jaune, Kill Bok-soon lorgne à plusieurs niveaux du côté de Tarantino. L’alternance de longs dialogues avec des scènes de violences ultra-stylisées, bien sûr, mais aussi la multiplication des références au cinéma (jusqu’à l’excellent Deep End de Skolimowski pour la scène de la piscine), sa passion pour les arts martiaux et sa narration non-linéaire. Une parenté que ne nierait probablement pas le réalisateur, mais qu’il parvient à émuler sans en faire un pastiche. Reste qu’après tous ces compliments, il faut inévitablement passer à la partie qui fâche…
Uppercut raté ?
La scène d’ouverture donne le ton : le cinéma de Byun Sung-hyun est ultra stylisé (cet éclairage intermittent par le passage d’un train, l’utilisation des plans débullés, l’atmosphère brumeuse de cette zone industrielle paumée, etc.), et vient titiller l’œil. Du moins dans les scènes d’action. En effet, dès que l’on revient aux interactions entre Bok-soon et sa fille, la mise en scène devient bien plus sage. Presque banale…
Éclairage écrasant, simples champ-contrechamps, facture digne d’un korean drama, on comprend bien que le réalisateur veut extraire le spectateur de la fascination pour l’image pour le plonger dans les dialogues, et établir ainsi une continuation visuelle de la dichotomie de la vie de Bok-soon. Intéressant, du moins dans un premier temps… Puisqu’au fil du long-métrage, qui dure tout de même deux heures vingt, le procédé deviendra un poil répétitif et perdra de sa consistance…
Verdict
Malgré le reproche de la longueur, que l’on pourrait d’ailleurs imputer à bon nombre de productions Netflix (The Gray Man, Luther: Soleil déchu, À l’Ouest rien de nouveau ou encore Glass Onion, qui font tous plus de deux heures), et un trop plein d’effets numériques (on en a marre de l’hémoglobine informatique), Kill Bok-soon convainc aisément. Et peut-être grâce à son casting particulièrement réussi, Jeon Do-yeon en tête ! Il a également le mérite de dynamiter la recette du film d’action traditionnel, et rien que ça, ça fait du bien.
Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.
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Encore un film qui m’intrigue ! Merci Kilian !
Je veux une édition homemade ! 🙂