L’automne et ses nuits brumeuses, la période idéale pour se refaire la filmographie du monstre de cinéma John Carpenter. L’occasion ici de se replonger dans ses films les plus oubliés. Si tout le monde a en tête le thème lancinant de La Nuit des masques, l’explosion de viscères de The Thing ou le froissage de tôle kingien dans Christine, il est des films du maestro bien moins connus qui méritent pourtant largement le coup d’œil. Rétrospective…

Un départ en fanfare

Dark star

Si l’on arpente la filmographie de John Carpenter, sautant des plus intimistes aux plus connus, il faut absolument commencer par son tout premier film : Dark Star (1974). Le plus fauché de tous ses films, l’un des plus barrés aussi, puisqu’on y retrouve une poignée d’homme enfermés dans un vaisseau spatial au système revêche et philosophe, dans lequel ils ont laissé entrer un étrange alien. Outre le fait qu’on y lit déjà tous les thèmes qui obsèderont Carpenter comme le déstabilisant mélange entre l’ultra-sérieux d’un 2001 : L’Odyssée de l’espace et un comique totalement absurde qu’on aurait pu imputer aux Monty Python, le film est totalement imprévisible. 

Si le budget (ou plutôt son absence) a une incidence visuelle certaine, l’inventivité du tout jeune Carpenter parvient au moins en partie à le compenser pour nous pondre, selon l’aveux même du réalisateur, son « En Attendant Godot dans l’espace ».

John-Carpenter
John Carpenter, le maître de l'horreur !

Mais ce n’est qu’avec son second film Assaut (1976) que le cinéma de Carpenter pourra prendre toute son envergure. Hommage avoué au Rio Bravo de Howard Hawks, on y suit une poignée de personnes, retranchée dans un commissariat assiégé par les membres d’un puissant gang. L’occasion pour Carpenter de filmer avec de longs panoramiques les paysages désolés de la banlieue de Los Angeles et de lorgner du côté de Romero en créant ces malfrats rôdant comme des zombies à travers les ruelles glauques de ce quartier.

Assaut

Si le film a été un succès en Europe, il ne rencontre ni son public, ni la critique à l’internationale, et devient un échec commercial. Un four qu’explique Christophe Gans dans une longue interview au sujet de ce second film : pour lui, dans l’Amérique post-Vietnam dans laquelle sortait le long-métrage, la vision de l’héroïsme que dépeignait Assaut faisait de lui un film réactionnaire boudé par son public. Bref, un Carpenter qui s’essaie au western dans une matrice industrielle qui ne le pratique plus. Une œuvre en décalage avec son époque donc, mais qui a su, avec le temps, retrouver des spectateurs enthousiastes.

L’explosion Carpenter

Peu après la sortie d’Assaut, Carpenter est contacté par des producteurs souhaitant lui confier la réalisation d’un long-métrage centré sur un tueur psychotique. Ainsi naît Halloween, la Nuit des masques (lire notre test technique) et l’immense succès qui l’entoura, faisant de lui l’un des films indépendants les plus rentables de l’histoire.

Michael Myers : figure du boogeyman d'Halloween (1978)

Mais passons donc le phénomène pour nous recentrer sur son film suivant, le moins connu The Fog (1980). S’il ne s’inspire ni de Stephen King et de sa Brume (adapté plus tard par Darabont), ni du Fog de James Herbert, Carpenter reprend un peu la recette de son précédent film : Jamie Lee Curtis au casting, Debra Hill qui participe au scénario, une durée similaire et inévitablement le même genre horrifique. Côté histoire, exit Michael Myers, on y retrouve plutôt un brouillard étrange et des myriades de marins-fantômes… Un vaste sujet donc, dont la première mouture ne satisfait que moyennement Carpenter qui retournera une partie des scènes ainsi que la musique.

The Thing (1982)

Suite à ce film, Carpenter alignera un combo gagnant : New-York 1997 (1981), The Thing (lire notre test technique) et Christine (1983). Trois films cultes, les deux premiers avec Kurt Russel en tête d’affiche et le dernier adapté d’un roman de Stephen King. Mais retournons à la suite de sa filmographie, plus obscure et oubliée : Starman (1984).

La redescente

Alors non, Starman, ce n’est pas un biopic sur David Bowie, mais bien le retour du maestro à la science-fiction spatiale traitant de communication avec les aliens. Plus un passage obligé qu’un projet personnel pour John Carpenter, puisqu’après l’échec commercial de The Thing, il a dû accepter ce film de commande. Un fait notable, puisqu’il ne participera ni à l’écriture, ni à la réalisation de la musique, contrairement à la plupart de ses autres long-métrages.

Starman
Starman (1984)

Carpenter enchaînera avec Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (1986), un grand-écart puisqu’il explore ici la comédie d’aventure à la Indiana Jones avec comme tête d’affiche encore Kurt Russell. Et malheureusement pour lui, cette histoire de sorcier sur fond de Chinatown ne fédèrera que peu le public : le film au titre à rallonge est un four critique et commercial retentissant. Il faudra par la suite attendre sa sortie VHS pour qu’il soit réévalué et devienne culte.

Prince of Darkness
Prince of Darkness (1987)

Ce n’est pas un hasard si son film suivant, Prince des ténèbres (1987) se dotera d’un budget quasiment divisé par dix. On y retrouvera Donald Pleasence, présent dans La Nuit des masques et New-York 1997, mais aussi, et c’est plus insolite, Alice Cooper dans un rôle de clochard sadique qui lui va à merveille. Un film captivant, traversé de moments d’effroi terrifiants et un maquillage qui va vous faire se dresser les poils de la nuque, et dont l’image finale restera bien longtemps gravée dans les rétines.

Passons sur l’excellent mais plus connu Invasion Los Angeles (1988) qui, un an plus tard, ramène Carpenter à la pure science-fiction dystopique. Un film étrange, hybride entre l’ultra kitsch un peu daté et des moments de tension et d’horreur tout bonnement hallucinants.

Invasion los angeles
Invasion Los Angeles (1988) et sa critique de la société de consommation

S’en suit un trou de quatre ans dans la carrière de Carpenter, revenant dans les salles obscures avec une coproduction franco-américaine : Les aventures d’un homme invisible. Incarné par Chevy Chase – que les fans de la série Community reconnaitront sans peine – aux côtés de Sam Neill, dans une étrange comédie SF qui ne saura convaincre ni le public, ni la critique.

Fin de l’Apocalypse

Enchaînant les échecs, Carpenter réalise L’Antre de la folie en 1995. Lui-même l’inscrira dans la « trilogie de l’Apocalypse » avec The Thing et Prince des ténèbres, auxquels nous pourrions officieusement ajouter La fin absolue du monde, segment de la série anthologique Masters of Horror (2006) dont nous parlerons plus tard.

L'antre de la folie
L'Antre de la folie (1995)

Thriller horrifique ultra référencé et méta, on y retrouve un Sam Neill parti à la recherche d’un écrivain à l’œuvre possédant un étrange pouvoir sur ses lecteurs. Baignant dans l’univers de Stephen King et de H.P. Lovecraft sans en être une adaptation directe, L’Antre de la folie explore le thème de la puissance de l’œuvre d’art. Malheureusement pour Carpenter, c’est un énième échec commercial. Et comme souvent, il faudra attendre plusieurs années pour que le film obtienne une légitimité critique. A peu près le même sort attend son film suivant, Los Angeles 2013 (lire notre test technique), la suite directe de New York 1997 également avec Kurt Russell.

New York 1997
New York 1997 (1981)

En 1998, Carpenter fait le choix d’adapter le roman Vampire$ de John Steakley. Dans son histoire, Vampires fait intervenir ces êtres avides d’hémoglobine au sein même de l’Eglise catholique. Carpenter y fait jouer James Woods, mais également une certaine Sheryl Lee qui interprétait, quelques années plus tôt, le mythique rôle de Laura Palmer dans le Twin Peaks de David Lynch. Une bonne pioche pour le maestro, puisqu’il s’agira là de l’unique film rentable de sa période années quatre-vingt-dix. Le film aura droit à plusieurs suites, dont une produite par Carpenter en personne.

Les années 2000

Sûrement pas les plus fastes pour Carpenter, puisque son rythme de tournage baisse drastiquement. Il ne sortira que deux longs-métrages : Ghosts of Mars (2001) et The Ward : L’Hôpital de la terreur (2011). Le premier est un pur retour à la SF pour Carpenter, mais aussi un four commercial et critique. Et vous connaissez la chanson, Ghosts of Mars sera réhabilité avec le temps. Et pour le coup, saluons le côté lunaire (ce n’est pas un film de science-fiction pour rien) du casting : Ice Cube joue aux côtés de Jason Statham et de Pam Grier (Jackie Brown, Mars Attacks!).

The Ward
The Ward (2010) dernier film de John Carpenter à ce jour

Puis, The Ward : L’Hôpital de la terreur, le dernier long-métrage de Carpenter à ce jour et un retour aux sources horrifiques. Il va aller flirter du côté du film d’asile psychiatrique, avec une Amber Heard bien flippée, dans une ambiance similaire à Kingdom Hospital, où Stephen King adaptait la série de Lars Von Trier. Sans surprise, un échec commercial qui n’a même jamais croisé le chemin des salles en France. Et malheureusement, pas vraiment le meilleur Carpenter… Du moins pour l’instant, puisqu’apparemment ses films se bonifient avec l’âge.

Un dernier mot

Si son film d’hôpital psychiatrique est pour l’instant son dernier – on attend de pied ferme ton nouveau film John, ça fait quand même bientôt onze ans… – ce serait pécher que de clore cet article sans mentionner deux segments qu’il a réalisés dans la série anthologique Masters of Horror.

Créée par Mick Garris (adaptateur officiel de Stephen King qui a commis, entre autres, la mini-série Le Fléau, celle sur Shining et l’adaptation de Sac d’os renommée La maison sur le lac), Les Maîtres de l’Horreur réunit en deux saisons nuls autres que Carpenter, mais aussi Tobe Hooper, Dario Argento, Joe Dante ou encore John Landis pour ne citer qu’eux.

La fin absolue du monde (2005)

Deux moyens-métrages de Carpenter qui valent le coup d’œil, Piégée à l’intérieur mais surtout La Fin absolue du monde, ou Cigarette Burns en anglais. Un titre qui vient des marques apposées à la pellicule pour indiquer à l’opérateur le moment du changement de bobine. Une œuvre noire aux surprenantes saillies gores, s’inscrivant dans la parfaite lignée du reste de sa filmographie et où il y questionnera, une fois encore, la puissance de l’image.

Piégée à l'intérieur
Piégée à l'intérieur (2006)

Voilà donc pour le tour d’horizon de la filmographie plus méconnue de Carpenter, en espérant vous avoir donné envie de quelques pépites à déguster sous un plaid le soir d’Halloween. Et on ne peut que vous conseiller le récent Blow-Up d’Arte, concernant les films que Carpenter a inspirés.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de son pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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