Dans certains recoins du monde du jeu vidéo, il existe des joyaux qui, tels des éclats de rêverie, captivent l’imagination du joueur et en envoûtent les sens. Parmi ces trésors se trouve Gris, une création enchanteresse des développeurs espagnols Nomada Studio, qui si elle se distingue par son éblouissante portée artistique, interpelle également le joueur de par ses thématiques et les émotions qu’elle suscite.

Le funambule Devolver

Avant de nous plonger dans les délices visuels et musicaux que composent Gris, il est important de rendre hommage à l’éditeur qui a pu rendre ce voyage possible : Devolver Digital. Si ce nom résonne dans le monde du jeu vidéo comme l’expression d’une excentricité bienveillante, leur caractère fantasque est devenu leur marque de fabrique. Tel un funambule surplombant l’industrie et évoluant entre les conventions, Devolver Digital n’hésite pas à en défier les limites, s’engageant de fait sur des chemins inexplorés pour offrir aux joueurs des expériences uniques et exaltantes.

Jeux artistiques
Le jeu vidéo au service de l’art

De l’ultraviolence véhiculée par le sulfureux Hotline Miami, à l’hommage terriblement fun aux films d’action des années 80/90 que représente My Friend Pedro, l’engagement constant de Devolver envers la créativité et leur capacité à dénicher des projets innovants en font aujourd’hui les parangons de l’audace dans le monde vidéoludique. Par conséquent, en emboitant le pas des références artistiques que constituent Child of Light et Journey, tout en embrassant une esthétique visuelle et musicale aussi élégante qu’intemporelle, Gris réinvente les contours de l’expérience d’œuvre d’art interactive en offrant un voyage émotionnel d’une beauté rare.

En premier lieu, la patte visuelle singulière de Gris est un véritable ravissement pour les yeux, surprenant le joueur de par sa précision délicate. Les décors, tels des tableaux animés, évoquent la douce mélancolie d’un rêve éveillé. Chaque environnement est minutieusement conçu, chaque couleur choisie avec soin, créant ainsi une harmonie visuelle envoûtante. À travers des paysages éthérés, des environnements évocateurs et lourds de sens, le jeu nous transporte dans un monde onirique où la frontière de l’imaginaire se heurte avec la réalité des sentiments. Les contours flous et les nuances délicates qui composent Gris sont autant de pinceaux qui esquissent une fresque poétique, révélant une profondeur émotionnelle inattendue.

« Je suis Gris, un mélange de couleurs »

Pourtant, non content de charmer notre regard, Gris nous enveloppe également de son étreinte musicale. La bande originale, composée par l’artiste espagnol Berlinist, se déploie avec grâce et subtilité, accompagnant chaque pas de notre protagoniste, une chanteuse mutique, dans ce voyage introspectif. Les notes cristallines, tour à tour empreintes de mélancolie et d’espoir, accompagnent ce voyage initiatique pour en souligner toute sa portée émotionnelle.

La musique devient le fil conducteur de cette aventure, emportant le joueur dans une atmosphère enchanteresse. Ainsi, Gris s’impose comme une œuvre à part entière, dépassant le simple statut de jeu vidéo pour se hisser au rang d’expression artistique transcendantale. À l’instar de Child of Light et Journey cités plus tôt, il incarne l’idée que le jeu-vidéo peut représenter bien davantage qu’un simple divertissement. Il peut alors devenir un moyen pour le joueur d’explorer les confins de l’âme humaine, le tout dans une expérience introspective qui laissera une empreinte indélébile dans le cœur et l’esprit de celles et ceux qui auront l’audace de s’y abandonner.

Un jeu contemplatif

Tout au long de sa quête énigmatique et teintée de poésie, Gris nous invite à explorer les émotions les plus profondes de notre être. Si je ne développerai pas davantage les thématiques véhiculées par l’œuvre de Nomada Studios pour en préserver l’impact, le titre parvient à communiquer une multitude d’émotions universelles et ce sans jamais prononcer un mot, faisant voler en éclat les barrières linguistiques et culturelles pour toucher le joueur d’une façon purement sensorielle.

Gris
Une fable onirique à la portée symbolique

Dès les premiers instants, le joueur se retrouve plongé dans un monde désolé, où la protagoniste éponyme est dépourvue de voix. C’est dans ce silence, qu’une force mystérieuse s’éveille, tel un écho de son être intérieur qui cherche à s’exprimer. A chaque pas, chaque saut, notre chanteuse fait l’expérience de la métamorphose, transcendant alors les limites de son ancienne identité pour se réinventer et se reconstruire. Si la boucle de gameplay de Gris est celle d’un simple plateformer, demandant au joueur de traverser des environnements chargés de symbolisme et de résoudre des énigmes délicates, chaque défi surmonté ouvre alors de nouvelles possibilités, dévoilant ainsi des capacités latentes de la chanteuse et de nouvelles situations de gameplay.

Un gameplay porté par l'esthétisme

Dès lors, le joueur se retrouve immergé dans une véritable danse émotionnelle et visuelle, où chaque mouvement est une expression de la transformation intérieure de notre héroïne. Ainsi, le gameplay de Gris est intrinsèquement lié à son esthétique, qu’elle soit visuelle et sonore, créant alors une symbiose parfaite entre l’interaction du joueur et l’expression artistique de l’œuvre, tissant de fait une toile harmonieuse où la musique réagit aux pas de Gris et le monde à ses mouvements. Cette danse délicate et gracieuse entre le joueur et l’œuvre, où la contemplation et l’exploration s’entrelacent pour créer une expérience immersive et résonante n’est par ailleurs pas sans rappeler le non moins sublime Bound, titre de Plastic Studios et Santa Monica, sorti en 2017 sur PS4.

bound
Bound, un ballet qui emporte l’âme

Par conséquent, en déambulant dans les méandres oniriques de Gris, le joueur est invité à plonger dans une expérience qui si elle ne se raconte pas, se vit intensément. Que l’on soit en quête d’évasion ou à la recherche d’une expérience sensorielle captivante, je ne peux que conseiller de se laisser emporter par Gris et découvrir ainsi un univers où la beauté et la poésie se rencontrent pour vous offrir un voyage inoubliable. En attendant Neva, du même studio qui est alors bien parti pour nous transporter une fois encore.

Joueur insatiable sur PC et Switch, j’aime grignoter à tous les râteliers. Bidouilleur de l’extrême, j’aime attendre quelques jours après la sortie d’un jeu pour avoir le plaisir d’installer un mod remplaçant Nemesis par Thomas le train ou permettant d’incarner Kratos avec une moustache. Étant incapable de me décider au moment de commencer un jeu, je laisse les clés de mon destin à une roue virtuelle qui choisira un jeu au hasard.

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Ummagumma
11 mois

Très belle critique pour un jeu à la direction artistique et à l’ambiance sonore sublimes, dont la nature trop contemplative m’a malheureusement déplu. J’ai déjà constaté ça avec d’autres jeux semblables dans leur forme, comme Journey par exemple, qui finissent toujours par m’ennuyer à la longue.

J’ai vraiment du mal à faire abstraction du gameplay quand je joue. Cela étant dit, avec du recul, peut-être qu’un gameplay éthéré correspond mieux à un jeu symbolique comme Gris.

Dernière édition le 11 mois par Ummagumma
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