Trois livres de fantasy écrits sous la plume de Tolkien,
Sept équipes de tournages dans leurs décors et studios,
Neuf heures de film destinées aux salles de cinéma,
Un réalisateur fan entouré de ses amis sur son trône de pellicule
Au pays de la Nouvelle-Zélande où s’étendent les montagnes.
Un réalisateur pour les diriger, un réalisateur pour les fédérer,
Un réalisateur pour adapter ces livres et au cinéma les lier
Au pays de la Nouvelle-Zélande où s’étendent les montagnes.

Un Hobbit des 90's fan d'hémoglobine

Peter Jackson naît le 31 octobre 1961 à Wellington (Nouvelle-Zélande). Dès l’enfance, il s’intéresse au cinéma et particulièrement aux effets spéciaux. Il commence sa carrière dans les années 90 en réalisant des comédies gores à petit budget avec ses amis. Il se fait rapidement une réputation auprès des fans du genre avec ses films Bad Taste, Les Feebles and Braindead. Il remporte le Grand Prix du Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993 avec ce dernier film.

Cependant, beaucoup le critiquent, lui reprochant de ne pas être sérieux et de ne pas savoir réaliser autre chose que ces films d’horreur aux scènes extrêmes et à l’humour déjanté. Il surprend donc le public et la critique en réalisant Créatures célestes (1994), un drame poétique bien loin du style de ses premiers films. Ce film obtient de nombreux prix, dont un Lion d’argent à la Mostra de Venise, ainsi qu’une nomination pour l’Oscar du meilleur scénario. Peter Jackson se fait ainsi une place dans le cinéma international et gagne le respect des critiques.

L’année d’après, il commence à développer un nouveau projet assez ambitieux : l’adaptation du pilier de la fantasy, Lord of the Rings de J.R.R. Tolkien. Mais comment donner une forme visuelle à la Terre du Milieu et aux créatures qui la peuplent : Hobbits, Elfes, Nains, Humains, Magiciens, Seigneurs des Ténèbres, Orcs, Trolls, Spectres… ? Comment transposer au cinéma l’univers littéraire merveilleux de Tolkien et retracer le voyage de Frodon et de la Compagnie de l’Anneau sans trahir sa magie ? L’enjeu est grand, mais Peter Jackson n’est pas le premier à tenter une adaptation de la trilogie : on peut relever le dessin animé de Ralph Bakshi, sorti en 1978.

Since Lord of the Rings, Peter Jackson est très convoité par Hollywood : on lui doit notamment une reprise de King Kong et plusieurs documentaires réalisés à partir d’archives (They Shall Not Grow Old and The Beatles: Get Back), ainsi qu’une carrière de producteur.

La rupture dans la carrière de Peter Jackson, qui passe de réalisateur national de comédies gores à réalisateur international de films à gros budget grâce à son projet d’adaptation du Lord of the Rings, entraîne plusieurs transformations majeures dans le monde du cinéma tel que nous le connaissons aujourd’hui. Cette adaptation est un peu « l’Avatar de son époque », même si on lui reconnaît rarement ce caractère révolutionnaire que nous vous invitons à (re)découvrir aujourd’hui, alors que Peter Jackson reçoit la Palme d’honneur à la 79e édition du Festival de Cannes (remise par Elijah Wood, interprète de Frodon dans Lord of the Rings).

Filmer Hollywood comme un film entre amis : la rupture Peter Jackson

Peter Jackson a réalisé ses premiers films avec ses amis, et il ne perd pas cette habitude lorsqu’il se voit confier de gros budgets, comme les 75 millions de dollars alloués au Lord of the Rings. Il écrit en effet le scénario en collaboration avec sa femme, Fran Walsh, et leur couple d’amis, Philippa Boyens et Stephen Sinclair, tous passionnés par l’œuvre de Tolkien.

Il entretient également une collaboration avec Richard Taylor, avec qui il fonde Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux spécialisé dans les prothèses et les maquillages, et avec qui il travaille depuis ses premières comédies gores.

Le weta est un insecte assez commun en Nouvelle-Zélande dont Peter Jackson a la phobie ; c’est de cette phobie qu’est né le nom du studio ainsi que son logo.

Peter Jackson est aussi très attaché aux paysages de son pays. Ses films sont tournés en Nouvelle‑Zélande afin de tirer parti des paysages sauvages, magnifiques et variés que l’île abrite : montagnes, plaines, marécages, forêts… Cela lui permet également de travailler avec son équipe et ses studios, plutôt que de devoir s’adapter au système hollywoodien, avec lequel il n’est pas familier.

Il a longuement débattu avec la production, qui souhaitait délocaliser le tournage, mais a finalement obtenu gain de cause. Et ce choix a eu un avantage majeur pour la réalisation du Lord of the Rings : les équipes n’ont pas eu besoin de se déplacer bien loin pour accéder à des lieux de tournage naturels splendides, ni pour y bâtir des décors comme celui d’Edoras, le fort des cavaliers du Rohan.

Peter Jackson a également pu déléguer la réalisation à ses assistants, avec qui il a l’habitude de travailler, allant ainsi jusqu’à faire tourner simultanément sept équipes sur plus de 150 lieux de tournage.

De plus, on peut voir apparaître le cascadeur Jed Brophy dans tous les films de Peter Jackson depuis Braindead, et s’amuser ainsi à « Où est Jed Brophy ? » en regardant Lord of the Rings et les autres œuvres du réalisateur. Jackson lui confie d’ailleurs son premier rôle à proprement parler (plus d’une ligne de dialogue, râles d’orc non inclus) dans The Hobbit, où il incarne le nain Nori.

Le jeu a même été perpétué dans la série The Rings of Power, où il incarne un orc (cette attention permet de compenser un peu la médiocrité générale de la série, mais c’est un autre débat).

De manière générale, dans Lord of the Rings, Peter Jackson s’est amusé avec les caméos : des portraits de lui et de sa femme en parents de Bilbon à Cul‑de‑Sac, une apparition à la Hitchcock de lui ainsi que de ses enfants dans chaque opus de la trilogie, et la présence de différents membres de l’équipe, notamment sur le bateau des pirates, où il n’y a aucun figurant mais uniquement les directeurs des différents départements.

Weta, une révolution technique et technologique

Weta Workshop est rendu célèbre par Peter Jackson durant la production du Lord of the Rings. En effet, la saga nécessite de nombreuses prothèses et accessoires afin de donner vie aux différentes créatures qui peuplent la Terre du Milieu. Les studios réalisent un travail exceptionnel, rendant ces créatures plus vraies que nature.

Ce résultat est également possible grâce au travail des maquilleurs, qui intègrent les prothèses aux visages des acteurs et donnent vie aux personnages, au prix de très longues heures de préparation (cinq heures pour les pieds et les cheveux des Hobbits, par exemple).

Weta Workshop crée aussi des « bigatures », c’est‑à‑dire des miniatures géantes de décors permettant une immersion totale pour les acteurs. Certains plans sont directement filmés sur ces bigatures, puis retravaillés numériquement afin de renforcer l’effet de réel : les personnages sont incrustés dans de vrais décors plutôt que dans des images de synthèse.

L’équipe a tiré le meilleur des méthodes classiques de construction de décors et des nouveaux effets spéciaux en les combinant : bâtir ces décors permet de leur donner une dimension physique et une multitude de détails, avant de les insérer numériquement dans l’espace dimensionnel du film.

Pour imaginer toutes ces créatures et paysages mythiques du livre, Peter Jackson s’est entouré de passionnés et d’experts de l’univers et de l’œuvre de Tolkien, notamment les dessinateurs John Howe et Alan Lee, qui ont illustré ses romans.

La beauté de leurs illustrations transparaît dans celle des plans de paysages du film, qui affirment parfois leur valeur de toiles peintes plutôt que de paysages réalistes. Ils entretiennent ainsi la magie insufflée par ces deux artistes, dont les illustrations sont devenues indissociables et complémentaires de la narration de Tolkien.

Au‑delà des nombreuses recréations des tableaux illustrant le livre, on peut apercevoir directement deux illustrations d’Alan Lee dans le film : la fresque murale de Fondcombe et le livre que feuillette Saruman à propos des mines de la Moria et de l’Ombre et de la Flamme qu’elles renferment dans leurs profondeurs.

For Lord of the Rings, Peter Jackson et Richard Taylor fondent une nouvelle division : Weta Digital, dédiée aux effets spéciaux numériques. Weta Digital réalise de nombreuses innovations dans ce domaine afin d’assurer la post‑production du Lord of the Rings.

Sur le tournage de la saga, l’usage du fond vert et la création de séquences numériques sont largement développés : ces pratiques existaient déjà, mais n’étaient pas encore courantes comme elles le sont aujourd’hui.

Pour le personnage de Gollum, une nouvelle technique de création numérique est conçue spécialement : la motion capture. Les animateurs n’arrivaient pas à obtenir un rendu satisfaisant uniquement en animation numérique ; ils ont donc animé le personnage à partir des mouvements et des mimiques d’un acteur : Andy Serkis.

À l’origine, Andy Serkis ne devait prêter que sa voix au personnage, performance vocale unique, mais il était tellement habité par Gollum et lui donnait une telle présence physique qu’il a fini par l’incarner intégralement. On peut d’ailleurs observer à l’écran le tâtonnement de l’équipe et l’évolution progressive du personnage au fil des films.

Cette présence physique de Gollum durant le tournage permet aussi de lui donner une véritable présence à l’écran et un grand réalisme, notamment dans son expressivité et ses interactions avec les autres personnages.

D’ailleurs, Peter Jackson fait de nouveau appel à Andy Serkis pour interpréter King Kong, et l’acteur devient un véritable maître de la motion capture, en jouant César dans The Planet of Monkeys, le capitaine Haddock dans l’adaptation de Tintin par Spielberg, le Suprême Leader Snoke dans les derniers Star Wars, ou encore Baloo dans Mowgli: La Légende de la jungle.

Mais la plus grande innovation réalisée par les ingénieurs de Weta Digital est la création du logiciel Massive, qui permet de générer une foule évoluant dans un espace virtuel selon une logique individuelle, capable de réagir à son environnement. Ce logiciel est développé pour animer les batailles spectaculaires du Lord of the Rings : le Gouffre de Helm, les Champs du Pelennor… Massive était tellement abouti qu’aux premiers tests, certains soldats fuyaient le champ de bataille.

Durant le tournage de la saga, Peter Jackson développe aussi des effets spéciaux plus artisanaux afin de rendre les acteurs interprétant les Hobbits plus petits que les autres membres de la Compagnie (en effet, les Hobbits ne dépassent pas 1,20 m, même si Bandobras Took mesurait 1,30 m et savait monter à cheval).

Ainsi, Peter Jackson fait appel à la solution classique des doublures plus petites ou plus grandes, ou encore à la construction de décors en double : un de taille normale et un plus petit. Le petit personnage évolue dans la version de taille normale et le grand personnage dans la version réduite. C’est ce trucage, notamment, qui a été utilisé pour les échanges entre Gandalf et les Hobbits à Cul‑de‑Sac. Durant le tournage, Ian McKellen (Gandalf) se cogne d’ailleurs la tête à une poutre du trou de Hobbit, accident conservé au montage final. Un bon placement des acteurs et de la caméra, ainsi qu’un montage précis, permettent de rendre ces effets invisibles.

Cependant, Jackson met aussi en place un jeu sur la profondeur afin de forcer la perspective : à l’écran, les personnages semblent être côte à côte et de tailles différentes, alors qu’en réalité ils sont de taille similaire et très éloignés l’un de l’autre. L’axe de la caméra permet de dissimuler ce jeu de décors, et l’équipe de Peter Jackson a même réussi à combiner cette perspective forcée avec des mouvements de caméra grâce à des plateaux rotatifs, qui conservent l’axe nécessaire au trucage.

Ces techniques classiques seront cependant abandonnées pour le tournage de l’adaptation du Hobbit, au profit d’effets spéciaux numériques, ce que déplore notamment Ian McKellen, plongé dans un isolement au cœur des fonds verts, séparé des autres acteurs et des décors physiques pendant la majorité du tournage.

Rupture de format : une saga au long cours

Les films grand public longs sont rares et souvent critiqués par le public. Pourtant, Peter Jackson décide d’adapter Le Seigneur des Anneaux en trois longs films dont la durée totale dépasse les 9 heures. De plus, ces (très) longs‑métrages représentent un réel défi pour la post‑production, car ils sortent tous à un an d’intervalle.

Le modèle des sagas existait déjà, mais peu avaient relevé la difficulté de sortir un film par an : par exemple, les Star Wars sortaient tous les trois ans environ.

Finalement, chaque volet du Lord of the Rings est très bien accueilli par le public et la critique, et une version longue cumulant plus de 12 h 30 est montée. Cette réussite est d’autant plus impressionnante au vu des avancées technologiques et techniques mises en place par Weta durant la post‑production. Ce sont d’ailleurs sûrement ces avancées qui ont permis ce nouveau format.

Depuis, et grâce aux progrès techniques et technologiques développés pour Lord of the Rings, le modèle d’une saga dont un volet sort chaque année est devenu courant, tout comme les adaptations de romans à succès en sagas hollywoodiennes. On peut notamment citer la saga Twilight ou encore les trois premiers volets de Hunger Games, qui sortaient à raison d’un film par an.

Peter Jackson a réussi la prouesse d’adapter la saga de J.R.R. Tolkien. Ses films sont très bien accueillis par les fans et la critique, et se verront récompensés par 17 Oscars sur 30 nominations, dont l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario adapté, de la meilleure photographie, des meilleurs décors, de la meilleure musique (deux fois), des meilleurs effets visuels (trois fois), du meilleur maquillage (deux fois), des meilleurs costumes, ainsi que du meilleur montage et du meilleur montage sonore (deux fois).

Peter Jackson a changé le cinéma hollywoodien en restant fidèle à lui‑même : en travaillant avec ses amis sur des sujets qui lui plaisent, sans délocaliser ses tournages de la Nouvelle‑Zélande. Sa passion pour les effets spéciaux, ainsi que celle de ses équipes chez Weta, a permis de révolutionner le cinéma en créant et en développant de nouvelles techniques aujourd’hui indispensables.

Enfin, toutes ces ruptures se sont produites grâce à la passion qu’il nourrit pour les œuvres de Tolkien car, s’il n’avait pas adapté Lord of the Rings, il aurait peut‑être fallu des années pour parvenir à ces avancées, et le tournage de nombreux films n’aurait pas été possible. Et puis, disons‑le, nous serions passés à côté d’un chef‑d’œuvre de la fantasy !

Avec le sacre de Peter Jackson à Cannes, c’est le moment parfait pour (re)découvrir Lord of the Rings (version longue, évidemment !) et ses making‑of, qui valent franchement le détour.

Born on October 31 and baptized by the credits of LegendI grew up fed fantastic. Since the making-of of the Lord of the Rings, I track every movie like an obsession assumed. Today a graduate of Cinema at the Sorbonne Nouvelle, I have already signed my first short film.

 

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