After Vermins, Sébastien Vaniček s’exhile avec son co-auteur Florent Bernard du côté des Etats-Unis pour nous présenter sa relecture personnelle de la saga Evil Dead. Sixième film de la série débutée par Sam Raimi, il passe après le remake glaçant de Fede Àlvarez en 2013 et, dix ans plus tard, la relecture plus carencée Evil Dead Rise. Et c’est en pleine canicule que Vaniček vient présenter son brûlant Evil Dead Burn dans les salles bouillantes du NIFFF, à Neuchâtel… Avis à chaud !

Amours deadites

Après la mort de son mari suite à une dispute, Alice (la géniale Souheila Yacoub qui joue à domicile à Neuchâtel) se réunit avec sa belle famille pour partager un repas à la mémoire du défunt. Si la jeune femme est ambivalente sur cette mort qui la délivre d’une emprise toxique, elle n’échappera pas à une étrange malédiction qui semble contaminer les membres de la famille les uns après les autres.

Une maison, une poignée de personnages, une hécatombe… Evil Dead Burn s’inscrit en pleine orthodoxie dans le catéchisme prêché par le père Sam Raimi. Ce dernier reste d’ailleurs toujours aux manettes sous la casquette de producteur aux côtés de Bruce Campbell (alias Ash dans les premiers Evil Dead). Et comme pour les précédents volets, le film s’ouvre sur une introduction annexe qui permet de lancer (littéralement) le spectateur dans le bain de l’histoire: une partie de pêche entre potes, le tout sur un “lac placide“, ce qui aurait logiquement dû mettre la puce à l’oreille des deux participants… La photographie grisâtre ne le distingue esthétiquement pas de la masse des productions horrifiques actuelles, mais rapidement le réalisateur va parvenir à instaurer une ambiance et une tension qui électriseront le long-métrage.

D’abord catalysé par quelques apparitions sagaces en arrière-plan, le préambule vire rapidement au cauchemar et lance cet Evil Dead Burn dans un maelstrom de tripes assez réjouissant. Lignes de pêches en pagaille et hameçons arracheurs de joues, la saga s’arme d’un bestiaire supplémentaire d’instruments de mise à mort, qui insufflent un côté ludique aux massacres dépeints à l’image.

Des araignées au Nécronomicon

Après cette introduction fugace, la mise en place de l’histoire remet Evil Dead Burn dans un schéma plus classique. Le scénario avance ses pions et place l’actrice Souheila Yacoub en clé de voûte autour de laquelle se bâtira l’histoire. En session de questions/réponses, Vaniček revendique avoir voulu distiller dans la saga des thématiques plus profondes, au premier rang desquelles les violences conjugales. Souheila Yacoub complète en précisant que, pour elle, un film engagé ne se limite pas à envoyer des signaux féministes, ce que cette thématique des violences conjugales pourrait laisser croire. Un film féministe, toujours selon ses mots, est avant tout un long-métrage qui propose des personnages féminins hors des clous. Et de ce point de vue, Evil Dead Burn en est un bel exemple, avec une héroïne moderne et badass qui échappe à la fois au cliché de la final girl à la sauce eighties et à celui de la machine à tuer hyper-sexualisée que l’on trouve emblématiquement dans Revenge de Coralie Fargeat.

Mais ne perdons pas de vue l’objet auquel on a affaire. Evil Dead Burn est avant tout un long-métrage qui doit s’inscrire dans le corpus d’une saga mythique. S’il est bien visible qu’un francophone se tient derrière la caméra (actrice principale suisse, musiques francophones récurrentes, quelques clins d’œil à l’hexagone dans les dialogues) et que quelques thématiques plus profondes imprègnent le long-métrage, le film a bel et bien été couvé par son créateur Sam Raimi et dévie relativement peu de ce que l’on peut attendre de la saga depuis son renouveau en 2013. Quasi unité de lieu, poignée de persos, et déferlement de Deadites, crescendo de violence, la recette n’est pas des plus complexes et ne secouera certainement pas un spectateur habitué à la saga.

Evil Dead version Alvarez, en 2013

Ceci étant dit, l’ascension vers le déluge de tripaille fonctionne et place cet opus au moins au niveau de celui réalisé par Àlvarez il y a plus d’une décennie. Le réalisateur de Vermins n’a pas perdu la maîtrise de la tension qu’il déployait dans son premier film, mais avec un budget qu’on devine plus généreux et un panel d’outils de tortures plus large que les simples chélicères de nos amies à huit pattes. Si on peut regretter que le long-métrage ne s’autorise pas plus de sorties de route par rapport à la trame habituelle de la saga, il faut surtout reconnaitre à Vaniček une capacité assez étonnante à tenir le bras de fer avec les studios avec une réputation bâtie en un seul film. Et c’est déjà une sacrée prouesse. Ne reste plus qu’à espérer que le réalisateur ait profité de cette escapade américaine pour mieux nous revenir, en évitant de se faire broyer par les studios à la sauce Aja. Mais, à moins de consulter les auspices du Nécromonicon, seul l’avenir nous le dira…

Drinking the Stephen Kings as the apricot syrup of my native country, I first discovered cinema through its (often bad) adaptations. I'm married to Mrs. Wilkes as much as a persistent Stockholm syndrome, I am gradually opening up to videoclub films and B-series peasers.Today, I wander between my favorite cinemas, film festivals and the edges of Helvetic lakes much less calm than they look.

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