• Testé sur Nintendo Switch quelque part au milieu des Bahamas cet hiver ! J’ai dépensé sans compter… Jeu acheté en investiguant les limbes de l’eshop.
  • J’attends toujours le prochain jeu de Treasure, le Dieu de l’arcade tombé en disgrâce…
  • Run complet capturé en fin d’article en difficulté max. 
  • Screenshots éditeur… Hum… c’était difficile d’en prendre des maisons en plein jeu !

Pour qui s’est déjà intéressé aux schmups, le nom de DoDonPachi évoque immédiatement l’alpha et l’oméga de l’arcade, le Graal de tout bon doloriste soucieux d’éprouver ses limites au prix du sang et des larmes. DoDonPachi est connu pour avoir catapulté le Bullet Hell, vous savez ce genre si subtil où l’écran est saturé de projectiles qu’il faut éviter à toute allure. En réponse, on arrose les vaisseaux ennemis de myriades de missiles et lasers généreux. Pourquoi s’infliger une telle pénitence me direz vous ?

Un pachyderme du genre

Je vous répondrais crânement qu’un certain Jésus nous commandait bien de tendre l’autre joue après la gifle. Les conseils Topico des évangiles, les devs de Cave les ont appliqués à la lettre. Un peu trop même… Et ce n’est pas une gifle qu’on se prend au départ mais une correction, un vrai tabassage en règle duquel on ressort cabossé comme jamais. Pourtant une fois qu’on a ramassé nos chicots et qu’on a pansé nos blessures des restes de notre orgueil, on a la rage de l’acharné, revers de l’échec. La rage qui nous promet d’effleurer les portes de la résurrection, les rivières de miel, les milles vierges et tout le barda. La fièvre m’enflamme et m’égare ; veuillez accepter ma repentance : confidences d’un néophyte pour ce plaisir coupable (un peu) maso mais tellement jouissif.

J’ai donc péché en errant sur l’eshop lors des soldes en me délestant de quelques oboles pour acheter la bête. Ah l’eshop, cette étrange caverne d’Ali Baba où un algo taquin peut vous faire passer de Peggle 2 à DoDonPachi. Ce fleuron de l’éditeur légendaire Cave était resté gravé dans ma mémoire à l’époque des débuts d’internet. C’était bien avant que les vidéos de chats et tutos de Tibo Inshape ne pourrissent l’exploration de ce nouveau territoire. Un véritable âge d’or quand on y pense. Toutes ces après-midis où on errait sur les moteurs de recherche pour demander tout et n’importe quoi sur Yahoo, le nouveau dieu du monde moderne (avant Gogole comme disait mon prof de techno). En quête de sens à une période adolescente qu’on dit fleurie des tourments de la jeunesse, je cherchais mes propres réponses aux turpitudes du monde en tapant « shoot them up impossible ».

C’est ainsi que j’ai glissé pour la première fois sur la pente de DoDonPachi. Je me souviens avoir vu les premières vidéos de ce maelstrom de couleurs qui m’émerveillait devant tant de sadisme éhonté. Qui sont ces devs qui veulent nous faire souffrir et qui sont ses martyrs prêts à porter un tel fardeau ? Fier de ma découverte, j’ai plus tard présenté cet ovni à des amis pour leur montrer combien le jeu vidéo était un média intelligent. Je me souviens de leur mine médusée, partagés entre un certain scepticisme face à ma vaine tentative et une pointe de pitié qu’on couvre généralement par un joli sourire entre gens éduqués. Des années plus tard, l’obsession vagabonde encore et toujours si bien que me retrouve à acheter le jeu sur Xbox 360, sans jamais oser le lancer sérieusement. Religieusement resté dans son sarcophage de plastique, il aura fallu attendre cet hiver pour qu’enfin je prenne le courage de libérer le Nekonomikon du Shoot them up sur Switch. Tout ça parce que l’écran OLED de la console me laissait espérer un paradis perdu. Le cœur a ses raisons que la raison ignore…

Immédiatement, on sait qu’on a affaire à un jeu qui ne cherche pas à nous prendre par la main. Six versions avec pour seuls signes distinctifs des lolitas qui ont l’air parfaitement dans les canons de tout bon pilote de chasse (hum). Une chose est sûre, c’est un jeu japonais… Un numéro pour chaque version 1.5, 1.51, quelques mentions “arrange” et un certain “black label”, qu’est-ce donc que cette diablerie qui attire tout de suite mon attention ? Pas d’explication, nada, a l’image de ce tableau des scores éternellement resté grisé dans les menus. Mais Black Label, c’est rouge, c’est vif et ça pue le sang d’ici. J’aime ça, c’est cette version qui sera mienne. Je t’ai choisie. C’est toi qui me feras souffrir.

Ça tombe bien il semblerait après recherches sur d’obscurs forum de Reddit qu’il s’agisse d’une des versions les plus féroces avec de nouveaux arrangements musicaux plus énervés. Et l’OST marquée par la démesure n’a rien d’une musique d’ascenseur. C’est aussi à mon humble avis l’un des modes qui propose un système de score parmi les plus addictifs et exigeants, nous y reviendrons. Ça fait 20 ans que j’attends de jouer à DoDonPachi et celui-ci ne m’offre que 10 secondes pour choisir l’un des trois vaisseaux. Vile besogne alors même que j’ai à peine le temps de faire mon choix. Quelle indignité, même les menus veulent notre peau ! 

Pour chacun des vaisseaux, trois modes communs : bomb, medium et strong. Le dernier mode est celui qui nous intéressera avec une puissance de feu maximale et en contrepartie une agressivité maximale de la machine : la vraie expérience DoDonPachi supplément douleur. On n’a rien sans rien ! J’ai pour ma part choisi l’option auto-bomb en plus, ce qui permet d’éviter de perdre une de nos trois précieuses vies en lâchant un explosif lorsqu’on est touché par un projectile. En cela, le jeu fait tout de même l’effort de tendre la main aux nouveaux joueurs même si je vois d’ici les professionnels crier à l’hérésie. Garder le contrôle de bout en bout : mantra parfois névrotique des experts du genre.

Toi qui entres ici, abandonne toute espérance

Ce mode strong, c’est aussi et surtout une vivacité qui n’a rien à voir avec les deux autres précités. La vitesse et le nombre des projectiles est décuplée et sauf si vous voulez commencer immédiatement dans le dur, les vieux sages vous conseilleront quelques parties liminaires dans les deux premiers modes pour tâter le terrain. (Mode schizophrénique activé) Au diable la sagesse pour ma part, alors à quoi ressemble une partie strong dans tout ça ? Trois vies, trois bombes et cinq niveaux progressifs en termes de difficulté. Deux tirs, un classique en rafales et un laser qui permet de détruire les cœurs des vaisseaux adverses et faire monter notre jauge d’hyper. 

A l’image de l’incroyable Bangai-o signé Treasure, autre parrain décomplexé de l’arcade, le jeu repose sur une mécanique de cancel qui permet d’annuler les boulettes à l’écran après avoir lasérisé l’ennemi. Ce qu’on gagne au laser, on le perd en rapidité ce qui nous expose aux essaims interminables. On se retrouve ainsi à virevolter avec insolence entre les balles en dosant comme il faut les tirs de lasers et ceux en rafales. A l’instar des casinos de Las Vegas (souvenir ému de cette machine Jurassic Park qui m’offrit 800 dollars), le fruit de notre cupidité est récompensé par une avalanche d’étoiles qui font friser l’écran quand elles sont attirées sur nous. Aucune idée de ce qu’elles apportent exactement à mon score final mais ça brille ! Effet garanti. Comprendre précisément le calcul exact du score relève de l’alchimie de toute façon.

Tour cela donne lieu à un magnifique ballet retrokistch où les accélérations soudaines permettent de se faufiler entre les rares souricières qui se dessinent dans le peu d’espace restant au milieu de ce feu d’artifices. Fort heureusement notre vaisseau n’est pas intégralement vulnérable et la hitbox est seulement placée sur un gros pixel scintillant au centre de l’appareil. C’est donc au millimètre près qu’on échappe à la mort quand on a épuisé son maigre stock de bombes. Plus on enchaine les ennemis sans se faire toucher, plus le compteur de combos s’affole jusqu’à grimper dans les milliers et ce n’est vraiment pas une mince affaire de le garder intact un niveau complet. Pour souffler un peu face à de déluge de feu, la mécanique d’hyper permet d’être protégé d’un bouclier qui s’use au fil du temps tout en ayant accès à des tirs et lasers verts beaucoup plus puissants. Un cadeau que les puristes trouveront peut-être trop généreux.

Mais un tel privilège, ça se paye et rubis sur ongle. Plus on l’utilise, plus les ennemis deviennent coriaces, plus les boulettes fusent en nombre comme en termes de vélocité de ce que j’ai compris ou plutôt vécu. Autrement dit, utiliser l’hyper, c’est se saigner soi-même. Un dilemme qui donne énormément de sens à la quête du score et apporte du sadisme de l’équilibre à l’expérience. Au milieu de cette frénésie, on peut récolter des abeilles cachées dans le décor. Ces dernières passent du vert à l’orange, avec un gain d’hyper dans le premier cas et un multiplicateur de combos boosté par l’extinction de toutes les boulettes à l’écran dans le second. Ces bonus participent aussi du mouvement perpétuel de cette danse contre la Mort avec un sens aigu du rythme qui permet même de bénéficier des deux avantages en fondant sur l’abeille au moment où elle change de couleur. Magique !

Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny,

Dodonpachi est donc une épreuve au sens littéral du terme. C’est qu’il s’agit de faire ses preuves non pas en le finissant, ce qui ne pose aucun problème puisque le titre ne limite pas les crédits mais en atteignant le score parfait. Et pour ça, bon courage ! Si la marge de progression est sidérante, le dernier niveau n’a pas de mots pour le caractériser tellement il nous veut du mal. Un pur exercice d’arcade qui vous demandera de passer de la résignation à la persévérance. Et passée la torgnole, on se surprend à narguer la machine et tenter des manœuvres et pirouettes que même Tom Cruise n’oserait pas réaliser dans Top Gun.

Mais comme toute danse, on risque de marcher sur les pieds de son partenaire et Dodonpachi ne manquera pas de vous gifler en retour. Si les scores sont sauvegardés dans le compteur final à chaque fin de niveau, utiliser un continu en cours de niveau remet le compteur à 0 pour le niveau en cours. Autant dire qu’il peut y avoir un côté terriblement frustrant à mourir au boss du niveau après avoir fait de sacrés combos jusqu’ici. Tout particulièrement alors que ces derniers ne sont pas avares en munitions et balancent la purée pour vous mettre à genoux. Tant pis, on persévère, on revient et on progresse jusqu’à n’utiliser aucun crédit avant le deuxième puis le troisième niveau. Mais le cinquième c’est la baffe qu’on n’a pas loupée, celle qui ramène le gamin avorton à sa place de menu fretin.

Des lasers partout tout le temps, ennemis invincibles qui gravitent autour de vous, niveau extrêmement long et boss sous amphètes : oui vous n’étiez qu’un mortel après tout… Finissons par un run complet pour comprendre l’ascèse nécessaire pour tutoyer des scores corrects mais à des années lumières des otakous qui ont poncé la franchise depuis 1993. Funfact, Dodonpachi est le seul jeu où la campagne finie se conclue quoi qu’il arrive par un écran de game over et un message du « scénario » pour nous expliquer qu’on a été manipulé depuis le départ…. Le sadisme jusqu’au bout… (Flambée d’adrénaline soudaine) Jésus je crie ton nom, Dodonpachi, je me vengerai ! Tu as nourri ma jeunesse, tu occuperas ma retraite, ce pécule miséreux que personne ne touchera plus de toute façon. Je profiterai d’un monde à l’agonie pour te rendre la monnaie de ta pièce, pour toutes ces raclées qui m’ont fait écrire ses lignes. Et pour tous les autres martyrs qui comme moi ont pêché en tombant sur Dodonpachi sur l’eshop. Amen.

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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