• Testé sur Xbox One
  • Jeu acheté
  •  Environ 20h de jeu au compteur (11h sur la campagne en mode Normal, 9h en mode Hardcore).

Tandis que DOOM, série absolument incontournable de l’industrie, connaissait trois opus avant de s’éteindre puis de renaître sous une forme nouvelle et plus brutale en 2016 (lire notre test), Wolfenstein 3D, précurseur du First Person Shooter (aussi développé par id Software), connaissait, lui, plusieurs tentatives de reboot réalisés par plusieurs studios distincts. D’abord en 2001, avec Return to Castle Wolfenstein par Gray Matter Interactive, opus globalement bien reçu quoique rapidement oublié. Puis en 2009 avec le sobrement intitulé Wolfenstein, développé par le mythique Raven Interactive (à qui l’on doit aussi la série Heretic ou encore Quake 4) qui ne parviendra guère à convaincre son auditoire. En 2014, la franchise connaît toutefois un vrai tournant dans son histoire, avec The New Order, réalisé par le tout jeune studio MachineGames, ouvrant la voie à une toute nouvelle série, autrement plus ambitieuse.

Le Maître du Haut Château

Pas évident de se figurer qui du monde dirigé par les nazis ou de celui mené par les bolcheviques aurait été le plus infernal, dans une réalité parallèle où les alliés n’ont pas remporté la guerre. D’un côté, l’idéologie répugnante à l’origine d’une véritable purge ethnique, de l’autre près de 100 millions de morts complètement injustifiables et une famine sans frontière. Sans parler d’une propagande totale, dans les deux camps, touchant volontairement la jeunesse pour mener le peuple vers l’acceptation d’un idéal dystopique. S’imaginer à quoi aurait pu ressembler le monde sous la bannière d’un de ces monstres aux charniers immenses a de quoi faire froid dans le dos, mais demeure toutefois un exercice assez intéressant. Exercice auquel l’un des plus grands auteurs du siècle dernier s’est adonné le temps d’un roman qui a marqué quantité de lecteurs.

Avec sa très longue liste d’œuvres romanesques, dont la postérité ne retiendra que la Science-Fiction, Philip K. Dick a su imaginer nombre de mondes étranges. Auteur qui n’avait pas son pareil pour ce qui était de l’absurde (tous ceux qui ont eu la chance de lire Ubik, l’un de ses romans les plus célèbres, ou encore Substance Mort, le savent bien), il n’a toutefois pas toujours cherché très loin les sujets de ses histoires. Par exemple, Le Maître du Haut Château nous livre, entre autres détours chez une société japonaise fantasmée, une vision bien différente de l’après seconde guerre, où les nazis auraient fini victorieux, les alliés annexés, et les bolcheviques écrasés. Une expérimentation littéraire, aussi appelée Uchronie, qui parvient à captiver son auditoire, et il ne faut guère réfléchir longtemps pour comprendre pourquoi. En dépit des horreurs commises pendant la guerre, et de celles imaginées pour la suite évidemment, l’imagerie nazie, son culte du chef et son idéologie malsaine ont quelque chose de fascinant, quand bien même cela relève du morbide.

Dans ce monde imaginaire (que je vous invite à lire en VO, faute de traduction qualitative), suite d’une défaite cuisante des alliés, le seul point positif semble finalement l’abolition d’un communisme destructeur (pléonasme), responsable (dans notre réalité) d’un nombre de morts d’autant plus catastrophique que toute idéologie à travers les siècles. Malheureusement, cela s’accompagne d’une volonté du gouvernement SS de s’accaparer toujours plus de pouvoir, en réduisant une Afrique impuissante à l’état de charnier, bientôt transformé en terres agricoles, et en anéantissant les peuples slaves, bien incapables de se défendre après une guerre qui leur aura coûté trop d’hommes. Un univers sombre, qui fait froid dans le dos, dans lequel les derniers juifs sont traqués, les opposants politiques exécutés, et où l’entente entre les deux nouvelles puissances que sont l’Asie (contrôlée par le Japon) et la Germanie ne tient qu’à peu de choses. Pourtant, l’espoir demeure permis. Un intellectuel tient la dragée haute au parti, avec un livre blasphématoire qui passe de main en main sous le manteau…

Cet espoir, il ne fait plus partie du vocabulaire des survivants dans Wolfenstein : The New Order, autre œuvre à ranger chez les uchronies, et autre vision d’un après guerre morne où l’Allemagne a écrasé ses opposants. Ici, pas de Japon, plus de bolcheviques, et des alliés aux abonnés absents suite à une guerre remportée haut la main par une armée nazie à la technologie étrangement avancée. La mort attend tous ceux qui sortent du rang, chaque membre du parti se veut menaçant envers le peuple et fait preuve d’une cruauté condamnant à l’enfer, quel que soit ce en quoi vous croyez. La suprématie nazie n’est plus contestable. Dans ce véritable cauchemar, notre héros, William Blazkowitcz, ancien soldat américain d’élite, se réveille après quatorze longues années à végéter dans un asile d’aliénés en Pologne. Nous sommes alors en 1960. Sa colère lui ouvrira bien des portes, mais pourrait aussi le faire sombrer dans une folie, notamment meurtrière, dont il est impossible de revenir indemne.

William, c’était aussi le protagoniste des précédents jeux de la franchise. Jusque là, il ne lui était toutefois pas prêté grande personnalité. À l’image du DOOM guy, il n’était finalement qu’un genre d’avatar dans lequel le joueur se reflétait, rien de plus. Chez The New Order, il possède désormais son propre caractère, et une voix bien reconnaissable, celle de feu Patrick Béthune, que vous avez forcément déjà entendu, ne serait-ce que dans les films Harry Potter où il incarne Alastor Maugrey dans la VF. Un héros qui ajoute un vrai plus, de par ses interventions sous forme de narrateur, à toute la trame de ce Wolfenstein. Sans lui, cette histoire plate et prévisible, où la nuance n’est jamais permise, plaçant d’un côté les gentils américains appuyés par Dieu et de l’autre les méchants nazis envoyés des enfers, n’aurait pas tenu sur grand chose. On lui reconnaîtra bien des qualités de mise en scène, avec notamment un débarquement aussi mémorable que celui de Medal of Honor : En Première Ligne (que quelqu’un fasse un remake de ce jeu !), mais l’ensemble peine malheureusement à engager sur la durée.

L'instinct de Mort

Ce qui engage le joueur, dans Wolfenstein : The New Order, c’est finalement tout le reste. D’abord, il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un jeu cross-génération, paru en parallèle sur PS3 / 360 et sur PS4 / One, en plus d’une version PC. Ce qui intrigue pas mal, quand on le lance sur une console récente (sur Xbox One me concernant), puisqu’il s’y révèle étrangement joli. Les effets de lumière y sont agréables à l’œil, les gerbes de sang et le démembrement rendent vraiment bien, et pas mal de petits effets se révèlent sympathiques, en plus de textures plutôt convaincantes. Alors évidemment, il fallait bien faire des concessions, et celles-ci se voient surtout au niveau des animations, qui sont globalement datées, quelles que soient les versions. Mais même sur Xbox 360 et PlayStation 3, le jeu n’a pas à rougir. Si ce n’est de ses cadavres qui disparaissent, parce que ça a tendance à faire sourire plus qu’à favoriser l’immersion. On est à des années lumières des catastrophes industrielles qu’étaient Call of Duty : Black Ops III ou La Terre du Milieu : L’ombre du Mordor sur old gen, deux titres qui n’auraient jamais dû y sortir. Premier vrai bon point pour ce FPS qui, du reste, demeure assez conventionnel pour l’époque.

Parce que Wolfenstein : The New Order reprend finalement trait pour trait la recette d’époque, standardisée, des FPS en solo. À savoir une mise en scène explosive, un scénario bateau, et un ensemble linéaire sans grande surprise. Recette qu’on retrouvait chez Bulletstorm, Killzone 2 & 3, la série des Resistance, Call of Juarez ou encore, difficile d’éviter l’éléphant dans la pièce, n’importe quel opus de Call of Duty depuis Modern Warfare (2007). Tant de jeux dont je garde, à titre personnel, de très bons souvenirs, et pour cause, ils étaient tous plutôt sympathiques dans leur genre. Un peu comme Gears of War qui a engendré quantité de Cover Shooter et de Third Person Shooter agréables, cette vague de First Person Shooter décomplexés, dynamiques et bien mis en scène avait quelque chose de vivifiant. The New Order ne fait pas exception. Ce qui est d’autant plus vrai qu’il bénéficie d’une direction artistique plutôt mémorable, d’une bande sonore léchée (qu’on doit à Mick Gordon, aussi à l’œuvre sur le DOOM de 2016, décidément), ou encore d’une durée de vie honorable, tournant autour des 10 à 12h de jeu. On lui reconnaîtra volontiers une belle variété de situations aussi, gommant quelque peu la sensation de faire strictement la même chose du début à la fin de l’aventure.

Mais bien entendu, ce qui marche le mieux chez ce titre qui ne lésine pas sur l’hémoglobine, c’est son gameplay. Simple d’accès, reprenant globalement tout ce qu’on connaissait à l’époque (et encore aujourd’hui, du reste) des First Person Shooter, avec les gâchettes pour viser et tirer, la touche B pour s’accroupir ou glisser au sol, et le A pour sauter par exemple, le titre de MachineGames ne se prive toutefois pas d’idées plus pointues. Il s’offre notamment la possibilité (et parfois la nécessité d’ailleurs) de s’allonger pour tirer sous des portes ou grilles d’aération, ou de prendre appui sur des murs et coins pour une visée plus précise, le tout en bénéficiant d’un système de couverture qui, bien que perfectible, fait néanmoins le café. Aussi, fier de ses origines, le titre reprend le système d’armure et de santé séparées, qu’on retrouve aussi chez DOOM, apportant à l’époque (et c’est toujours valable d’ailleurs) un petit vent d’air frais, face aux titres qui proposaient un système de vie remontant toute seule en se mettant à couvert quelques instants.

Autant de bonnes idées qui n’enlèvent rien à des sensations de shoot absolument jubilatoires, assez proches, dans une certaine mesure, de ce qu’on trouvera en 2016 chez l’excellent DOOM dont j’ai déjà trop parlé dans ces colonnes. Les armes sont assez différentes les unes des autres pour qu’on ait bien l’impression de changer, même dans des catégories similaires, et qu’on ait nos préférées évidemment (le fusil à pompe demeurera toujours une valeur sûre). Par ailleurs, The New Order propose un système d’armes doubles, que les joueurs de Call of Duty connaissent mieux sous le nom d’Akimbo, là encore jubilatoire. Système qu’on peut choisir d’utiliser ou non, favorisant la puissance de feu au détriment de la précision, et inversement. Si le jeu est plutôt généreux en munitions, du moins jusqu’au mode Difficile qui vous fera compter vos balles, on peut par ailleurs en dire autant de l’armement en lui-même. La première moitié de l’aventure vous proposera des flingues plutôt classiques, ainsi que des grenades à l’utilisation grisante, tandis que la seconde moitié vous offrira quelques pétoires plus originales.

Reste que Wolfenstein : The New Order est un titre plus généreux et profond qu’il n’y paraît en premier lieu. Loin des abominables résidus de Light-RPG qui sont devenus la norme suite au succès de Far Cry 3 et consorts, le titre de MachineGames se pare d’un système d’atouts qui confère au joueur des bonus permanents, à la condition que celui-ci réalise quelques actions in-game pas toujours évidentes. Le plus souvent, il s’agit de mettre à mort un certain nombre d’ennemis d’une façon particulière, par exemple en glissant au sol. On se sent d’autant plus gratifié d’acquérir lesdits atouts, dans la mesure où l’on a vraiment bossé pour ce faire ! Par ailleurs, s’il ne peut pas rivaliser avec un Prey (lire notre test) pour ce qui est du Level Design, puisque globalement très linéaire, Wolfenstein : The New Order offre toutefois régulièrement au joueur la possibilité de régler la situation discrètement, quand bien même foncer dans le tas sans réfléchir demeure toujours envisageable. Enfin, mention spéciale au système de codes secrets à décrypter (ou à chiper sur internet) permettant de débloquer de nouveaux modes, notamment une difficulté Hardcore.

Héritier des meilleurs FPS de la septième génération de consoles, sur laquelle il sort en parallèle des PS4 et Xbox One d'ailleurs, Wolfenstein : The New Order est assurément le meilleur épisode de sa franchise à l'heure où il débarque. Avec son gameplay jubilatoire, son contenu conséquent et ses subtilités assez surprenantes, le titre de MachineGames frappe fort et souffle un vrai vent de fraîcheur. Ce qui est toujours vrai aujourd'hui, du reste, alors qu'il ne faut qu'une poignée d'euros pour se le procurer dans un bac d'occasion, ou lors d'une promo Steam.

Pour
  • Un contexte uchronique rafraîchissant
  • Mise en scène qui dépote
  • Gameplay absolument jubilatoire
  • Des subtilités qui surprennent
  • Durée de vie honorable
  • Pas mal de modes de difficulté
  • Système de codes secrets bien senti
Contre
  • Scénario sans grande surprise
  • Peut-être un poil trop linéaire

Hermite en devenir, depuis longtemps l'esprit égaré dans de vieux livres, j'ai échoué dans ces colonnes dans l'espoir de partager autour de mon monstrueux Backlog, ou à l'occasion de mes grands amours que sont Biohazard et le J-RPG.

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