On nous promettait l’histoire de possession la plus flippante de l’été… De quoi allécher le public à l’arrivée du nouveau film d’horreur distribué par A24 titré La Main (Talk to Me en version originale). Après le choc Skinamarink, que vaut donc cette production horrifique estivale ? Réponse à lire ci-dessous…

Parle à ma main

Mia et sa meilleure amie Jade se laissent happer par d’étranges vidéos circulant sur les réseaux sociaux : une connaissance de leur lycée aurait trouvé une main embaumée qu’elle utiliserait pour interagir avec les esprits… Il n’en faut pas plus pour les convaincre à prendre part à l’une de ces réunions d’adolescents, bien certaines d’avoir affaire à un vulgaire canular. Pourtant, lorsque devant une panoplie de smartphones prêts à la filmer, Mia décide de se prêter au jeu, l’hypothèse de la farce tombe bien vite à l’eau…

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Lorsque A24 met le grappin sur un film d’horreur, il en faut rarement plus pour que l’attention cinéphile se braque sur l’œuvre en question. Et si dans le cas de La Main la firme américaine se contente d’un rôle de distribution, cela a suffi pour que la toile s’affole à l’arrivée de ce long-métrage prétendument « le plus flippant » depuis belle lurette. Une rhétorique certes à l’œuvre pour la quasi-totalité des sorties horrifiques actuelles, mais les premières images de bande-annonce et la production bien éloignée des studios américains pouvaient laisser flotter un certain espoir.

Ouija 2.0

Pourtant, dès les premières minutes de La Main, c’est la douche froide. Baignant dans une imagerie de photographie numérique terriblement sombre mais surtout affreusement grisâtre, le film se veut une basique transposition à 2023 des visuels de séances de Ouija ou autres tables tournantes. Si les ados hurlent sur du Sia, se font saigner les oreilles sur du rap US écouté trop fort et surchargent leur appli TikTok, c’est bien là les seules singularités qu’apportent La Main à la tripotée de films de spiritisme qui encombrent déjà le rayon horreur : le récent Host, Paranormal activity, Insidious ou dans les plus classiques Séance de Kurosawa ou encore Ne vous retournez pas

« Ne vous retournez pas » de Nicolas Roeg (1973)

Si La Main se veut le conglomérat artificiel entre toute la matière filmique évoquée dans le bref listage des grands noms du sous-genre du spiritisme et le teen-movie classique, le film n’apporte rien de neuf. Pire, la première moitié peine seulement à démarrer et n’offre, pour ainsi dire, absolument rien de marquant. On se contente de tracer les brouillons d’une galerie de personnages caractérisés presque uniquement par leurs traumas respectifs (la mort d’un parent, le suicide d’un frère, un père absent…), sans jamais parvenir à les rendre palpable… L’empathie ne se développe jamais et la peur, parallèlement, peine à se manifester.

Sursauts d'horreur

Si le second segment de La Main offre un récit à peine plus fouillé et quelques visions horrifiques bien trouvées, l’atmosphère restera globalement tiède, tout comme la photo largement oubliable. Nous retiendrons une vision de la possession – un segment de quelques secondes mais qui restera pourtant ce que le film offre de plus saisissant, empreint de la démente fin de Society mais avec un ton d’image plus sombre – et une scène d’automutilation (à base de cartilages éclatés), dispensant quelques sursauts à l’encéphalogramme plat de ce long-métrage d’horreur bien convenu.

« Society » de Brian Yuzna (1989)

Dommage car les jumeaux réalisateurs du projet – Danny Philippou et Michael Philippou de la chaîne YouTube RackaRacka – auraient pu apporter une touche d’Australie dans leur réalisation, en piochant dans le passif d’ozploitation de leur pays par exemple. La contrée des kangourous n’est d’ailleurs pas avare de bons shots horrifiques, les récents BlackwaterLes Ruines (du réalisateur de Swallowed) ou encore Mister Babadook en sont quelques exemples flagrants… Malheureusement, le duo se contente sur ce projet de faire du film de studio plat, parfaitement inoffensif, que l’on oubliera malheureusement bien rapidement. Rien à voir avec la terreur sourde entourant Skinamarink dont nous parlions il y a quelques jours…

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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le loup celeste
Administrateur

Le 4K Ultra HD sera quand même mien ! 😉

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