Plus de 8000 westerns ont été produits par Hollywood, sans compter les bobines du début du 20ième siècle qui n’ont pas pu être préservées à défaut de logique de patrimoine ambitieuse. Dans les années 50 et 60, on pouvait compter sur deux westerns par semaine, voire davantage, contre à peine une poignée à l’année aujourd’hui. Comment expliquer que la figure du cowboy soit tombée en désuétude ? Il ne reste aujourd’hui plus que des vieux briscards du cinéma comme Kevin Costner pour s’attaquer au genre. Présenté hors compétition au festival de Cannes, Horizon: An American Saga  ne manque pas d’ambition. On a vu le premier volet d’une série qui pourrait bien devenir un monument du genre. Explications.

Festival de Cannes 2024

Un pari risqué

Démarche éminemment personnelle, Horizon est un projet fou dans lequel Kevin Costner a tout misé, à commencer par ses quatre résidences qu’il a dû hypothéquer pour convaincre les financeurs. Avec des producteurs de moins en moins courageux, même des grands comme Coppola doivent se mettre à engager leurs biens propres pour réaliser leurs films. L’oncle de Nicolas Cage a dû lui aussi mettre sur la table une partie de ses lucratifs vignobles comme on l’apprenait dans la presse. Après Apocalypse Now qui l’avait ruiné pendant deux décennies, Megalopolis sera-t-il sa pierre tombale ?

Horizon

Comme pour Coppola, Costner tente un pari risqué. Présent en conférence de presse, l’acteur et réalisateur de Danse avec les Loups (1990) a répondu à nos questions durant la conférence de presse. Un homme simple et pas prétentieux, à l’image de son personnage. On sentait à Cannes combien ce projet lui tenait à cœur. Et ça se voit par la générosité affichée à l’écran. S’il y a des CGI, elles doivent être bien rares, car la mise en scène est avant tout à hauteur d’hommes. Organique, le film sent la sueur et la poudre encore chaude, le cuir tanné et l’immensité du désert. Un régal de voir un film proscrire les fonds verts et préférer l’authenticité d’un tournage grandeur nature. La reconstitution des campements et la composition des plans donnent l’illusion d’y être.

A l’image de jeux vidéo et chefs d’œuvres absolus du genre comme la saga Red Dead Redemption l’a démontré à deux reprises, Horizon est la première pierre d’une série de quatre films chronologiques et dont le troisième est actuellement en tournage. Costner rejoignait justement les USA après la conférence. L’acteur téméraire a injecté plus de 20 millions de dollars en plus de ses gages et on sait déjà, contrairement au modèle des séries, qu’on a déjà quasiment l’assurance qu’il pourra mener à bien sa saga. Une annonce rassurante car la projection nous a convaincu du potentiel d’Horizon. Structuré en chapitres, ce premier volet nous présente une mosaïque de personnages bien écrits et aux personnalités tranchées. Costner y campe notamment le rôle d’un vieux cowboy arrivé en ville et au code moral rigoureux. Rattrapé par le hasard, une altercation va le conduire en cavale avec une jeune femme séductrice et un bébé sous le bras. Par le prisme de ses héros et gens ordinaires, le réalisateur chronique la conquête de l’Ouest juste après la guerre de Sécession. Après une première séquence coup de poing où des Indiens prennent d’assauts une colonie, les relations s’enveniment entre les natifs et ceux qui viennent exploiter leurs terres.

Horizon

Contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là, Horizon n’est pas un film qui réhabilite le mythe du sauvage. Ce n’est pas parce qu’il présente un massacre commis par des Indiens que ceux-ci sont diabolisés ou bestialisés, bien au contraire. On retrouve les mêmes divisions que chez les Blancs sur la vengeance, fuite éternelle vers toujours plus de violences. La scène avec le chef indien mis en défaut par son propre fils illustre ces querelles et la complexité des luttes. Certains veulent la guerre, d’autres souhaitent à tout prix éviter d’envenimer la situation. Par ailleurs, certaines formations de colons se lancent dans une battue sanglante qui est montrée sans angélisme. Au travers de la figure de l’orphelin et de l’innocence, c’est même un regard révulsé qu’on découvre lors de cette séquence. Costner ne donne aucun lustre à cette vendetta aussi froide que futile. La diversité des personnages permet une multiplicité de points de vue et l’intrigue n’est pas seulement focalisée sur ce conflit. Les autres axes du film nous permettent de suivre des histoires indépendantes mais qui se croisent. Prudence donc avec les grilles de lectures contemporaines calquées sur des faits historiques.

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Certaines minorités chinoises ou africaines émigrées dans l’Ouest montre aussi l’hétérogénéité de ces populations réunies par le désert et la promesse d’une vie meilleure. Enfin, les personnages féminins sont parmi les plus intéressants à suivre, même si aucun chapitre n’écrase l’autre. Avec un découpage intelligent, on retrouve certains de manière naturelle avec un intégration discrète en arrière-plan. D’autres viennent à se croiser par hasard, si bien qu’on a vraiment l’impression de vivre une journée dans l’Ouest. C’est simple, la séance a duré trois heures et elle est passée à toute allure, grâce à un sens du rythme mais surtout une écriture ciselée des personnages.

Il était une fois dans l’ouest

Ce n’est pas un western spaghetti, certes, mais ce n’est pas pour autant qu’il glorifie les valeurs fondatrices de la nation américaine. Au contraire, Costner adopte un discours cynique mais réaliste au travers de la bouche d’un haut-gradé de l’armée, qui explique le caractère inéluctable de la colonisation. Il énonce sans joie ni regret qu’on ne pourra pas arrêter des européens à qui l’on promet le paradis des terres sauvages, d’autant plus à des rebuts de la société qui souhaitent une seconde chance. « Certains tomberont » dit-il avant d’ajouter « Mais certains tiendront et d’autres viendront les rejoindre » telles des vagues inarrêtables. On est ici dans un western fordien avec les archétypes traditionnels de personnages allant de la prostituée au docteur alcoolique et à la veuve de bonne famille.

L’intrigue est complexe et le soin apporté pour rendre l’univers crédible impose le respect. Comme pour le jeu des frères Houser, le contexte historique, les mœurs et coutumes des colons comme des Indiens se révèlent par le souci du détail. Les quelques fusillades sont par ailleurs une franche réussite. Les armes ont de la percussion et la tension est bien palpable quand les personnages se jaugent et s’apprêtent à dégainer leur colt de leur holster. Kevin Costner signe le début d’une épopée semée d’embuches et qui interroge sur la barbarie des hommes. Paysages époustouflants, tournage au plus près des hommes, casting ambitieux, Horizon a plusieurs cordes à son arc pour tirer son épingle du jeu. Fait rare et ô combien plaisant, jamais le film n’adopte un format sériel avec des cliffhangers idiots calibrés pour un public Netflix camé à l’adrénaline, ce qui explique aussi une fin qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

Horizon

Le rythme est celui du quotidien et on vit littéralement avec ses pionniers ou chez les Indiens, même si on les voit un peu moins pour le moment. Ce projet pharaonique devrait s’articuler autour d’une durée totale de 10 heures pour 35 ans de gestation (rien que ça). Ce premier chapitre introductif est une franche réussite et il faudra désormais espérer qu’Horizon trouve son public lors de sa sortie en salle le 3 juillet 2024 et le 11 septembre 2024 afin que Costner puisse achever son rêve sans encombre. Kevin Costner réintroduit une espèce en voie d’extinction alors ne boudons pas notre plaisir pour son lancement qui signera peut-être la promesse d’une très belle fresque sur la conquête de l’Ouest.

Bande-annonce de Horizon: An American Saga

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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Mr Wilkes
18 jours

Cool, ça fait plaisir d’avoir des retours positifs sur ce projet… Adorant “Danse avec les loups” je l’attendais pas mal celui-ci et les premiers retours m’avaient plutôt refroidis. Me réjouis de découvrir ça !

Ummagumma
16 jours

Encore une chouette recommandation !

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