La dernière production Netflix avait de quoi mettre l’eau à la bouche : un film de requins, dans la Seine, dans un contexte de Jeux Olympiques et le tout filmé par Xavier Gens… Un combo pour le moins intriguant !  Bien malheureusement, le résultat n’a pas le mordant de ses promesses.

De la castagne aux squales

Une scientifique (Bérénice Bejo) étudie de près les populations de requins mako évoluant au milieu du contient de plastique au large d’Hawaï. Si leurs bestioles marquées de traqueurs GPS semblent évoluer de plus en plus étrangement, leur mission s’arrête net tandis qu’un tragique accident de plongée impliquant les squales décime une bonne partie de l’équipe. Tandis qu’elle pensait avoir abandonné l’étude de ces poissons voraces, ils refont violemment surface dans sa vie : un de ses requins marqués se trouve en plein Paris, dans la Seine !

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Xavier Gens est décidément un grand nom du genre à la française. Depuis Frontière(s) jusqu’à l’uppercut Farang que l’on avait adoré au NIFFF, il a slalomé entre les genres avec un goût de l’artisanat toujours aiguisé. Aussi, lorsque ce projet lié à Netflix a été annoncé, il avait de quoi titiller notre curiosité ! Après L’Année du requin des frères Boukherma – fort sympathique mais loin d’être parfait – les attentes d’un pur film de genre lorgnant du côté de la série B excitait le public. La comm’ de Netflix a rapidement recadré la hype : le film ne sera pas un Z qui tâche mais bel et bien un film sérieux… Ne restait alors qu’à attendre le 5 juin pour se faire son avis, et dieu sait si les espoirs ont été douchés !

Film écolo ?

Tout comme le dernier film de requin hexagonal que nous venons de mentionner, Sous la Seine s’inscrit dans un contexte écologique. Le long-métrage s’ouvre sur le continent de plastique, on y suit des biologistes de la conservation, la “bête” est considérée de manière plus rationnelle qu’à l’accoutumée… Et on ne doute pas qu’outre la morale ambiante qui rend bien difficile le fait de réaliser un film de “bestiole” où on les dégomme goulument sans le justifier par un dérèglement anthropique préalable, Xavier Gens a de sincères velléités écolo. Lui-même décrit ce film comme « un blockbuster avec une conscience écologique ». Celui qui s’affiche régulièrement aux couleurs de l’association Sea Shepherd souhaitait donc nous divertir, mais aussi nous faire réfléchir sur la question écologique. Problème ? Sous la Seine se plante autant du côté du divertissement que sur son pan plus théorique…

En effet, cette course au requin dans la Seine se divise en trois équipes tournoyant autour du personnage de Bérénice Bejo : une jeune militante écologiste (dont on taira la caractérisation ultra-clichée) et son association, une équipe de policiers (où l’on retrouve l’acteur principal de Farang, Nassim Lyes) et une maire Hidalgo-like incarnée par Anne Marivin, si caricaturale qu’elle en devient plus gênante que drôle.

Une pseudo-Hidalgo bien décidée à maintenir sa manifestation sportive...

Si l’on peut déjà grommeler face à une direction d’acteurs plus que douteuse et un découpage effectué à la tronçonneuse, Sous la Seine s’inscrit dans le trope du film d’horreur où chacun des personnages prend les pires décisions possibles. Vu et revu, ce choix implique surtout que ses personnages deviennent de plus en plus détestable à mesure que le film avance. Et cela est d’autant plus vrai pour la militante écolo, absolument détestable. Dès lors, le spectateur se retrouve déchiré entre ce qu’il sait des envies (et des convictions) de Gens et ce qui se passe à l’écran sous les yeux.

Série B ?

Mais laissons de côté cet angle sérieux… On pourrait alors s’abandonner tout entier à un film décérébré mais généreux, dégainant tripotées de dents bien aiguisées, eaux grumeleuse de sang et jaillissements de tripailles. Second problème, Sous la Seine ne propose pas cela du tout… Le gore est quasi constamment hors-champ, les scènes crado (cet accidenté mangé par le requin et remonté à la surface) intégrées en images subliminales dans un montage à peine digne d’un épisode de NCIS et les idées excitantes (un requin dans des catacombes inondées) jamais cristallisées.

Un requin dans les catacombes, et « Sous la Seine » parvient à rendre cela ennuyant...

Long-métrage boiteux, ne sachant jamais sur quel pied danser, Sous la Seine finit par s’amputer de son potentiel de généreuse bisserie tout en ratant sur toute la ligne sa veine sérieuse et écologiste. L’état du film (CGI plus qu’approximatifs, montage et découpage incompréhensibles, photographie généralement disgracieuse) nous ferait presque nous demander si sa  sortie n’a pas été un peu hâtée pour coller à un calendrier inflexible (l’arrivée imminente des J.O. ?)… Bref, encore une grosse déception made in Netflix.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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BennJ
Administrateur
2 jours

10mn c’est le temps que j’ai tenu. La durée de l’intro en gros. Je me suis dis que la vie était trop courte pour perdre du temps à regarder ce truc.

KillerSe7ven
Administrateur
1 jour
Répondr à  BennJ

hahahaha

Mr Wilkes
Mr Wilkes
19 heures
Répondr à  BennJ

Eh bien t’as bien fait ^^

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