Parallel stories de Asghar Farhadi a bénéficié d’une place de choix au festival de Cannes où il était présenté en compétition officielle. La méritait-il vraiment ? Adam est SDF jusqu’au jour où une femme qu’il a aidée par hasard le sort de la rue en lui offrant un travail : devenir l’homme à tout faire d’une écrivaine et l’aider à préparer son déménagement. Logé à domicile, Adam gagne la confiance de Sylvie, qui lui fait lire une ébauche de roman, fruit d’une longue observation de l’équipe de bruiteurs installée dans l’appartement d’en face. Alors qu’elle lui confie ses découvertes, Adam va pousser l’observation au-delà des limites et semer la paranoïa dans tout le voisinage.

L'ambition sans l'élan

Porté par un réalisateur qui a déjà fait ses preuves par le passé et un casting cinq étoiles, sur le papier, le projet avait tout pour plaire. Pourtant on réalise vite que le scénario présente de grosses lacunes et que la réalisation reste trop banale. Déjà le film s’appuie uniquement sur ses acteur·rices principaux·ales. Histoires Parallèles comporte de bonnes idées scénaristiques, mais la réalisation ne les développe pas : elle les limite. D’abord en termes d’images, il aurait pu y avoir un vrai jeu de décalage visuel entre les situations fantasmées par l’autrice et la réalité, autre chose qu’un simple changement de coupe de cheveux, ainsi qu’une mise en scène plus incisive de la paranoïa de celui qui se sait observé. Aussi les personnes épiées sont des bruiteurs, mais l’environnement sensoriel propre à leur profession est finalement très peu exploité et à peine exposé. Pourquoi choisir ce métier précis si ce n’est pas pour utiliser les possibilités qu’il offre ? Il en va de même pour les acteurs, qui restent dans des rôles très typiques de leur registre, à l’exception de Vincent Cassel, qui délaisse ses personnages charismatiques habituels pour incarner un homme rattrapé par son âge.

Le poids du regard, jusqu’à la rupture

Les thématiques du film sont menées très maladroitement, notamment le stéréotype de l’homme à la rue. On sent que le film veut le déconstruire. Cependant, c’est un échec puisqu’il en fait « l’antagoniste » de l’histoire, un stalker qui s’immisce dans la vie des gens et détruit leur équilibre intime. De même, la question du regard voyeuriste aurait dû être mieux abordée cinématographiquement : des séquences en caméra subjective auraient pu être intéressantes, puisqu’en plus du regard de Sylvie (Isabelle Huppert) et d’Adam (Adam Bessa), les bruiteurs subissent le regard de la caméra, faisant ainsi du spectateur un troisième voyeur. Or au cinéma, le spectateur est le voyeur ultime : il voit et entend tout sans jamais être vu en retour. C’est ce statut qui lui est conféré par la nature même du cinéma. Quand on regarde un film, on signe un pacte avec l’oeuvre. On accepte de croire son propos, ici prendre cette position voyeuriste que la caméra nous offre. Seule la mise en scène peut avoir un pouvoir d’action contre notre regard : elle peut le frustrer en lui refusant de voir ou d’entendre ou, au contraire, le confronter directement en inversant les rapports de force. Regard caméra, le voyeur est découvert et épié à son tour par le personnage.

Au-delà du fait de mettre en scène un stalker, Parallel stories aurait dû interroger le poids du regard et du fantasme dont on peut tous être l’auteur·rice sans s’en rendre compte, que ce soit dans la vie de tous les jours, en cherchant l’inspiration ou en regardant un film. Ici, c’est Nita qui subit le poids des regards. Sylvie fantasme et projette sur la jeune femme son histoire familiale. Elle la place alors au milieu de cet improbable triangle amoureux. Adam cherche à la séduire à tout prix sans tenir compte de ses refus. On peut questionner le voyeurisme de Sylvie, qui cherche à pallier son manque d’inspiration, mais c’est Adam qui va tout faire basculer en ne respectant pas la distance qu’elle a prise avec ses sujets d’observation. Il va braver cet interdit en offrant à Nita (Virginie Efira) l’ébauche de roman qu’il se réapproprie. Cette action déclenche une suite de répercussions sur la vie intime de Nita jusqu’à contrarier ses relations avec ses collègues, son mari Pierre (Vincent Cassel) et son beau-frère Christophe (Pierre Niney).

La légèreté qui trahit la complicité

Malheureusement, le film passe à côté de sa thématique et ne questionne pas assez le statut de voyeur à stalker. Certes, on entrevoit les conséquences catastrophiques sur Nita. Elle a le statut de victime, mais l’agressivité propre à l’acte voyeuriste n’est pas clairement définie. En effet, Adam n’a pas conscience de l’impact de ses actes, et le film adopte trop sa perspective ; il semble accepter ses actions et se rend complice dans son dernier plan. Les couleurs gris‑bleutées sont abandonnées, on quitte l’ambiance sonore urbaine pour une atmosphère plus légère et organique. Problème, l’action de la séquence est beaucoup trop grave pour se permettre cette légèreté. C’est le plan d’un « happy end », alors qu’il annonce la poursuite d’une nouvelle victime. Et ce n’est aucunement un décalage grinçant pensé par Farhadi, c’est la confirmation d’un film qui passe totalement à côté de ses sujets et de ses enjeux.

Born on October 31 and baptized by the credits of LegendI grew up fed fantastic. Since the making-of of the Lord of the Rings, I track every movie like an obsession assumed. Today a graduate of Cinema at the Sorbonne Nouvelle, I have already signed my first short film.

 

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