Gloria est une jeune New‑Yorkaise chômeuse et alcoolique. Fatigué par son attitude, son compagnon Tim la met à la porte. Elle retourne dans son village natal, où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. À partir de là, d’étranges phénomènes se produisent à Séoul.
Colossal commence comme une comédie romantique américaine banale. Gloria est chassée de chez elle par son compagnon. Elle rencontre alors deux potentiels amoureux dans sa ville natale : Oscar, l’ami d’enfance, et Joël, le beau gosse. Au casting, Gloria est incarnée par Anne Hathaway, révélée dans Princesse malgré elle, sa suite Un mariage de princessethen Le Diable s’habille en Prada, où elle campe Mia Thermopolis et Andrea Sachs : deux jeunes femmes qui passent du statut de « moche en manque de confiance » à celui de « fille parfaite, désirée et admirée par tous ». Jason Sudeikis est un habitué des romances et comédies graveleuses : Petite orgie entre amis, Bon à tirer, Jamais entre amis… les titres parlent d’eux‑mêmes. La mise en scène suit les codes du genre : musique omniprésente qui souligne les états émotionnels, montage très lent, scènes de rapprochement ou de rupture cadrées comme des évidences. De beaux clichés… trop beaux pour être vrais, et prêts à se faire dégommer par l’apparition d’un kaijū. Cette créature colossale traverse Séoul à heure fixe, comme le Dieu Cerf de Princess Mononoke traverse sa forêt.
Le kaijū eiga est un genre de films de monstres japonais initié en 1954 par le mythique Godzilla d’Ishirō Honda. Les kaijūs sont des créatures gigantesques surgissant de l’océan pour ravager la civilisation humaine. Métaphores de la destruction atomique qui a traumatisé le Japon, ils incarnent une vengeance de la nature contre l’homme. Depuis 1954, de nouveaux kaijū sont apparus autour de Godzilla, qui bénéficie d’une franchise japonaise toujours active, notamment avec la sortie récente de Minus One. Le genre a ensuite traversé l’océan pour se développer à Hollywood. On peut notamment citer le spectaculaire Pacific Rim de Guillermo del Toro (2013). Pour en savoir plus sur le kaijū eiga, on vous renvoie à l’article de Guillaume Lopez consacré à la naissance du roi des monstres et à son alter ego Gamera.
Jusqu’ici, les films de kaijū étaient essentiellement centrés sur des protagonistes masculins. Les héros principaux sont des hommes, tandis que les personnages féminins restent peu développés, souvent réduits à des objets de désir ou chargés de tisser un lien empathique avec le monstre. On peut citer comme contre‑exemples Gamera vs. les Trois Super Women, où des héroïnes défendent la planète Terre avec l’aide de la tortue Gamera. Dans Colossal, Gloria occupe le rôle principal, et c’est elle qui établit le lien avec le kaijū.
Au début, l’héroïne est présentée sous un jour négatif : problèmes d’alcool, d’argent, de comportement. Mais au fur et à mesure, notre perception évolue. Elle n’est pas l’origine du problème : elle est entourée de figures masculines toxiques. Face à ces hommes, le kaijū devient la seule source de pouvoir de Gloria. Un pouvoir qui finit par se retourner contre elle lorsqu’elle découvre qu’elle n’est pas la seule à y avoir accès.
In Colossal, c’est un traumatisme personnel qui menace l’équilibre de l’humanité. Le kaijū naît d’un acte violent commis par un enfant. Il n’est pas abordé sous un angle fantastique, mais psychologique : une cicatrice qui continue de démanger des années après l’accident.
Le film reprend les enjeux du kaijū tout en les détournant. Gloria se retrouve piégée dans une situation où la violence est invisibilisée. Elle ne peut pas dire ce qu’elle traverse, et pourtant le monde entier assiste à sa lutte contre son oppresseur. La connexion entre elle et le kaijū dynamite la mise en scène stéréotypée de la comédie romantique, grâce à des plans simples mais d’une efficacité redoutable.
L’immensité du monstre face à la vulnérabilité de l’humain est filmée avec une grande maîtrise, notamment dans les scènes de résistance. Au lieu de montrer des kaijūs engagés dans des combats épiques déjà vus, le film place la lutte humaine au centre du dispositif. Les dégâts sont suggérés par les sons fracassants des monstres et par les traces laissées au sol. La violence n’est pas montrée : elle est imaginée, et c’est ce qui la rend plus terrible encore. La question des médias crée un lien direct entre les kaijūs et les humains : la télévision devient le seul système de représentation des monstres.
La force du film de Vigalondo réside dans son habileté colossale à détourner les codes de la comédie romantique et du kaijū eiga. La romance bascule vers la possessivité, et le véritable monstre n’est pas celui qu’on croit. Colossal se révèle être un décryptage précis du fonctionnement d’une relation toxique et, par extension, des violences domestiques. Oscar accueille Gloria avec générosité : il lui offre des meubles et un travail. Mais en réalité, il profite de sa vulnérabilité, seule, sans moyens et aux prises avec des problèmes d’alcool.
Au-delà de ses apparences de comédie romantique convenue, Colossal brise les clichés et s’impose comme un film à portée préventive. Il rend accessible une analyse des comportements toxiques et des violences conjugales en mettant en parallèle une situation invisibilisée et des événements observés par le monde entier. Tous ont les yeux rivés sur les écrans sans voir ce qui se passe autour d’eux, et ceux qui voient ne comprennent pas ou préfèrent détourner le regard. En présentant ces postures complexes sans retomber dans le cliché, Colossal nous invite à ouvrir les yeux sur ces violences et à reconnaître leurs mécanismes. Contrairement à Gloria, les femmes n’ont pas un kaijū pour les défendre : elles ont besoin d’un environnement qui les soutienne pour ne pas sombrer.
… Analyse artistique signée Mihalloween
Près de dix ans après sa sortie, Colossal revient en Blu‑ray grâce à Rimini Editions, qui offre au film de Nacho Vigalondo une nouvelle visibilité bienvenue. L’éditeur accompagne l’œuvre d’un ensemble de suppléments conçus pour éclairer ses enjeux, entre comédie romantique dévoyée, trauma intime et détournement du kaijū eiga.
Le master HD offre une image solide, respectant le format 2.39:1 et révélant une définition globalement précise, que ce soit dans les décors urbains, les intérieurs feutrés ou les séquences de destruction où les créatures géantes imposent leur présence. La photographie naturelle du film bénéficie d’une restitution équilibrée : contrastes nets, palette maîtrisée, noirs lisibles et intégration convaincante des effets numériques, malgré quelques légères fluctuations de netteté. Côté audio, les pistes DTS‑HD MA 5.1 assurent une spatialisation efficace, alternant ambiances de petite ville, énergie des scènes d’action et puissance des apparitions du kaijū, avec des dialogues parfaitement intelligibles et une dynamique qui sait se montrer ample sans jamais saturer l’espace sonore. Deux pistes 2.0, nettes et bien articulées, complètent l’ensemble.
D’une durée de 30 minutes, l’entretien mené avec Natacha Vas‑Deyres propose une mise en perspective particulièrement riche. La professeure y retrace le parcours du réalisateur et scénariste espagnol, revient sur la genèse du projet et analyse la manière dont le récit se construit pour glisser progressivement de la science‑fiction vers l’exploration d’une relation toxique. Elle examine également les motifs de l’alcoolisme, du drame intime et la fonction singulière attribuée aux kaijū dans la conclusion du film. Une intervention solide, précise, qui éclaire le long‑métrage avec une vraie hauteur de vue.
S’y ajoute un making‑of de 20 minutes, tourné durant la production. Classique dans sa forme, il permet néanmoins de revenir sur l’histoire, les personnages, la dynamique entre Gloria et Oscar et les différentes thématiques abordées. Quelques éléments de conception viennent compléter l’ensemble, offrant un regard concret sur la fabrication d’un film où un traumatisme personnel prend soudain la taille d’un colosse. Une édition sérieuse, pensée pour redécouvrir Colossal avec le recul nécessaire : l’œuvre, ses intentions, et les monstres (visibles ou invisibles) qui l’habitent.
… Examen du disque rédigé par the celest wolf
Source France | Publisher : Rimini Editions | Release date : 08 July 2026
Video format
1080p24 | Ratio 2.39
CSD | BT2 BT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2 NT2
AVC encoding | DI 2K
Soundtrack
English DTS-HD MA 5.1
English DTS-HD MA 2.0
English DTS-HD MA 5.1
French DTS-HD MA 2.0
Subtitles
French
Born on October 31 and baptized by the credits of LegendI grew up fed fantastic. Since the making-of of the Lord of the Rings, I track every movie like an obsession assumed. Today a graduate of Cinema at the Sorbonne Nouvelle, I have already signed my first short film.
Nyctalope like Riddick and with a very good hearing, I am ready to jump on physical editions and SVOD platforms. But if the quality isn't on the rendezvous, stop at the bite! #WeLovePhysicalMedia
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