• Testé sur PC au moyen d’un code fourni par l’éditeur
  • Configuration de test : RTX 4090 + i9-9900K
  • Campagne terminée en 5 heures
  • Configuration 7.1 à plein volume + FPS bourrin ne font pas bon ménage avec les animaux de compagnie
  • Trépang (ou biche-de-mer) : nom donné à diverses espèces de grosses holothuries comestibles de la mer Rouge, et des océans Indien et Pacifique

Fruit du travail acharné de quatre développeurs, le FPS nerveux et ultraviolent Trepang² débarque enfin après de longues années d’attente. La démo, disponible sur Steam depuis un bon moment, donnait déjà l’eau à la bouche. Il faut dire que son ambiance « à la F.E.A.R. » et ses démembrements au ralenti avaient su titiller la corde sensible de l’auteur de ces lignes, au point de passer une vingtaine d’heures sur le mode Horde. Qu’en-il de la version finale ?

J'fais des trous, des petits trous, encore des petits trous

Allons droit au but : comme MaG l’écrivait en 2021, Trepang² est une boucherie sans nom. Si, vous aussi, dans les jeux vidéo, vous êtes du genre à tirer sur les corps inertes « pour voir ce que ça fait » et que la tendance à faire disparaître ou rendre transparentes les carcasses vous désole, alors le titre de Trepang Studios devrait vous esquisser un sourire.

On y trucide en effet les ennemis par centaines et on prend du plaisir à voir ces pauvres zouaves au ragdoll hilarant se décomposer en lasagnes sous nos bastos. Quand elles ne la carbonisent pas, les balles pénètrent la chair et y laissent leur signature rougeâtre, le tout subjugué par les flashs quasi stroboscopiques provoqués par la lueur de départ de votre arme au moment de presser la détente : épileptiques, s’abstenir.

Les fusillades constituent un ballet grand-guignolesque et stylisé.

Les échauffourées sont nombreuses et les temps morts rares. À peine le jeu vient-il de commencer que déjà Trepang² nous donne tous les outils pour mener à bien notre escapade meurtrière : un camouflage permettant de se rendre temporairement invisible, un bullet time et une glissade. Si l’on se sert plus rarement du pouvoir d’invisibilité, les deux autres aptitudes sont en revanche au cœur du gameplay.

Ainsi, ralentir le temps, pour peu que la jauge correspondante soit suffisamment remplie, permet non seulement de respirer quelques secondes pour rattraper le cours de l’action effrénée, mais également de virevolter dans tous les sens avec style et de mieux savourer le morcellement des corps de nos adversaires. Le slow motion déforme leurs hurlements de douleur, qui résonnent pour partir tantôt dans les graves, tantôt dans les aigus, tel un gramophone hanté.

Super soldat oblige, vous serez souvent seul contre 10, voire plus.

Biche-de-mer ²

Vous l’aurez compris, les fusillades sont absolument jouissives, d’autant plus que votre personnage comme vos opposants ne semblent pas soumis aux lois de la gravité, du moins pas celle que l’on connaît. Vous aurez donc tôt fait d’oublier tout dégât de chute et n’hésiterez jamais à vous défenestrer d’un étage en dégommant les têtes qui passent dans votre viseur à tout berzingue.

Un de ces tas de chair à canon se protège derrière un bouclier ? Glissez lui dessus pour l’envoyer valdinguer au plafond, enclenchez le ralenti au même moment, puis sortez votre double revolver pour le réduire en charpie et slider en dessous de lui tandis que ses tripes recouvrent les murs. Que c’est bon ! Très vite, les joutes se muent en des chorégraphies endiablées, transcendées par la bande-son metal et sauvage de Brandon McKagan, disponible sur Bandcamp.

Le fusil à pompe de Trepang² renvoie celui de Doom Eternal au vestiaire.

En plus des contrôles fluides et nerveux, comment ne pas mentionner le fantastique ressenti des armes à feu ? On tient probablement ici l’un des meilleurs sound design jamais conçus dans un jeu vidéo tant la puissance brute de chaque détonation voyage de votre index à votre palpitant en une fraction de seconde, avant que vous ne réalisiez que vous n’avez pas cligné des yeux depuis une minute. Vider son chargeur est absolument jouissif (ça change des pistolets à billes d’un Gears of War) et ça tombe bien, car les douilles vont pleuvoir. L’IA est par ailleurs pour une fois plutôt douée pour vous encercler, même s’il ne faut pas non plus s’attendre à ce que les zigotos surarmés qui vous font face se mettent à vous réciter la Pléiade.

Tel Arnaud dans Le Bus magique, ce misérable n'aurait pas dû se lever ce matin.

« Dis voir, Ummagumma, Trepang², c’est mieux que F.E.A.R ?  ».  C’est plus compliqué que ça, fils. Je peux t’appeler Robby? D’une, Robby, Monolith disposait d’une équipe de développement composée de dizaines de personnes contre quatre âmes pour Trepang², alors comparons ce qui est comparable, petit ingrat. Si le jeu reprend les tueries au ralenti de F.E.A.R. et dans une moindre mesure son caractère horrifique, il lui manque malheureusement deux choses pour véritablement briller en tant que successeur spirituel de renom : du liant et un bon level design.

Un level design nul à lier

Commençons par le « liant », ce fameux fil directeur que KillerSe7ven a toujours refusé de voir dans l’excellent Battlefield 1, sous prétexte de son absence de skill des hélicoptères qui faisaient logiquement l’école buissonnière. C’est bien simple, il n’y en a pas. Ou presque pas en tout cas.

Pour résumer, le scénario, si j’ai bien compris, vous demande d’éliminer le sosie de Jeff Bezos, un peu comme c’était déjà le cas dans Metal Gear Rising: Revengeance, sauf que dans le titre de Platinum Games, c’était le double de François Hollande. Ce simili-Jeff antéva-nu-pieds aussi chauve que méchant a en effet mené des expériences éthiquement discutables, à moins qu’il n’ait des pouvoirs télépathiques, peu importe ! Tout le monde s’en fout tant l’histoire est atrocement mal racontée.

Cribler de balles un carton indiquant la mention « FRAGILE », quelle indignité...

On court donc partout en massacrant tout ce qui bouge sur notre passage, sans vraiment comprendre pourquoi, ce qui nuit à l’effet cathartique qui rendrait notre bain de sang plus motivant, car plus personnel et « justifié » (notez l’usage de guillemets, je ne parlerai qu’en présence de mon avocat).

Le souci de tous ces bureaux et autres lieux ternes qui s’enchaînent, c’est que, comme dans la vraie vie où passé le premier jour de travail dans un open space on a envie de se pendre, ça devient vite rébarbatif. La faute à des environnements certes un tant soit peu variés, mais sans aucune folie ni inventivité dans leur structure. Tout le décor vole en éclats, c’est vrai, mais les couloirs et leurs tracés austères, eux, restent. Dommage.

La personne qui sera chargée de repeindre bénéficiera-t-elle d'un soutien psychologique ?

On regrette par ailleurs la présence de combats de boss ratés, épuisants, absolument inutiles et heureusement peu nombreux. À noter également que si la campagne principale est plutôt courte (environ cinq heures pour en voir le bout), il est possible de refaire chaque mission dans un niveau de difficulté plus élevé.

Quant à la base militaire qui sert de hub principal, elle vous permettra, même après avoir déroulé les crédits, d’effectuer des missions secondaires et des simulations de combat, qui sont toutes des modes Horde très réussis. L’occasion de revenir à l’essentiel dans des arènes étriquées et de se concentrer sur ce que Trepang² sait faire le mieux, soit simuler un carnage, avec l’absence de finesse qu’un tel acte implique.

Verdict

Successeur spirituel de F.E.A.R. version indé, Trepang² a de sérieux atouts à faire valoir, à commencer par son ressenti viscéral de tous les instants lors des fusillades et sa propension à dégager une force brute qui nous rappelle parfois l'ardeur des échauffourées les plus âpres de Max Payne 3. Fluide, nerveuse, ultraviolente et quasi-exempte d'accrocs techniques à la sortie, l'œuvre des développeurs de Trepang Studios impressionne par sa forme. Malheureusement, tout cela ne suffit pas à rendre l'expérience aussi mémorable qu'on l'aurait souhaité, la faute à un level design indigent, à des combats de boss désuets et à un manque de mise en scène et de liant généralisé qui donne le sentiment un peu trop tenace que la campagne a été bricolée sans fil directeur autour du mode Horde. Si Trepang² tire légèrement à côté de sa cible, il n'en demeure pas moins un FPS hautement recommandable, voire difficilement dispensable pour tous les nostalgiques de F.E.A.R et afficionados de démembrement virtuel.
Pour
  • Action nerveuse et viscérale
  • Le ressenti des armes, absolument jouissif, et peut-être le meilleur à date dans un FPS
  • Le sound design de haute volée des tirs et de leurs conséquences sur les corps meurtris
  • Le rendu visuel des démembrements
  • Le ragdoll hilarant des adversaires
  • Des décors partiellement destructibles et des projections de sang sur toutes les principales surfaces
  • La bande sonore metal grisante et en accord avec l'action
  • Le mode Horde et ses cheats à débloquer en récompense pour prolonger le plaisir une fois les crédits déroulés
  • Techniquement au point à la sortie
  • Le double revolver
Contre
  • Level design souvent rachitique
  • Narration insipide
  • Manque de variété dans les combinaisons d'ennemis
  • Les combats de boss, épuisants et inutiles
  • Pourquoi n'avoir donné la possibilité de manier deux armes qu'au milieu de l'aventure ?

Résident permanent dans la petite bourgade de Raccoon City et prosélyte du génial Rain World depuis 2017, on l'entend parfois jurer à pleins poumons lorsqu'il perd lamentablement face au singe de Sekiro à un poil de lemming près. En quête d'une 3080 depuis bientôt un an, le malheureux espère une réception de sa commande en 2022 : l'important c'est d'y croire ! Son TOC préféré ? Recenser dans un PDF tous les jeux auxquels il a joué dans sa vie.

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KillerSe7ven
Administrateur
9 mois

Je me doutais que le level design et l’enrobage seraient son point faible. On peut pas forcément faire de miracles avec une si petite équipe.

BennJ
Administrateur
9 mois

Je t’ai déjà posé la question en off mais on va faire style que tu ne m’as pas donné la réponse ^^ Est-ce qu’il y a une note attribuée à chaque fin de niveau comme pour un BTA ou un Resident Evil par exemple ? Sinon très bonne critique, mais s’attaquer à GeOW en omettant de parler du Lanzor et de sa tronçonneuse magique c’est HONTEUX !!

SHAME SHAME SHAME !

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