Petit film d’horreur qui avait eu un certain impact à sa sortie – notamment sur les réseaux – Swallowed débarque désormais en France sur la plateforme Shadowz. L’occasion de se pencher sur cette proposition de body horror, à cheval entre le thriller et l’horreur pure.

Amour, gloire & beauté

Perdu au fin fond du Maine, deux amis de longue date – Benjamin (Cooper Koch) et Dom (le particulièrement bien nommé pour le rôle Jose Colon) – fêtent leur dernière nuit ensemble. En effet, Ben souhaite s’extirper de son milieu provincial après avoir percé dans le porno gay en ligne. Il souhaite tirer son épingle du jeu et pour cela vise la tentaculaire Los Angeles, où la gloire semble l’attendre… En secret, Dom a quant à lui accepté de transporter une petite quantité de drogue à travers la frontière qu’ils s’apprêtent à traverser afin d’aider son ami dans les balbutiements de sa nouvelle vie.

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Sauf que mauvaise surprise ! Arrivés sur place, ils se rendent compte que leur contact, Alice (la géniale Jena Malone qu’on adore depuis Donnie Darko) a emballé la drogue dans des préservatifs qu’il va falloir avaler. Son arme à feu finira par les convaincre de se plier aux ordres… Problème, la drogue qu’ils contiennent s’avère être bel et bien vivante, et les contenants de latex bien peu résistants face au voyage intestinal qu’ils s’apprêtent à traverser…

Chapeau melon & bottes de queer

Premier film où Carter Smith tient les trois rôles clés de réalisateur, scénariste et producteur, il dispose pour Swallowed d’un très petit budget. Placé à la croisée des genres – il s’agirait plutôt d’un thriller horrifique teinté de fantastique qu’un pur film d’horreur – Swallowed s’amuse à utiliser les codes de l’horreur des décennies passées mais dans un monde emprunts des codes sociétaux actuels. La représentation des personnages queer notamment, résolument moderne, qui tenait à cœur au réalisateur comme il l’explique lui-même :

« Pour moi, faire un film qui est sans hésitation à 100% du point de vue de personnages queer, dans une histoire qui ne porte pas nécessairement sur le fait d’être queer, est réellement significatif... »

La situation géographique du long-métrage, perdu dans les limbes d’une Amérique paupérisée, larguée entre forêts insondables et bourgades malfamées, participe à l’ambiance distillée dans la première moitié. Autant le scénario centré sur une histoire de drogue, la gargote perdue au milieu de nulle part que la petite palette de personnages truculents présentés en début de film teintent Swallowed d’une atmosphère à la Twin Peaks. Brumeuse et menaçante, tout en restant irrémédiablement familière.

La partie dure à avaler

Et si ce premier segment convainc aisément, notamment par la tension qui s’installe et cette inquiétante substance transportée lorgnant du côté de William Friedkin et de son Bug, Swallowed devient au fur et à mesure de sa seconde moitié un peu plus indigeste. Le film va en effet peu à peu se cristalliser entre les quatre murs d’un chalet – dont nous ne dévoilerons guère plus le contexte – imposant ainsi une bonne demi-heure de redescente, autant au niveau du rythme que de l’intérêt que l’on porte à l’histoire. Les trajectoires des personnages, cousues de fil blanc, peineront à convaincre et la multiplication des scènes de nu frontales l’inscrivent dans la lignée de la sexploitation des années 60, que seule une simple translation aux codes sociétaux actuels permettront de distinguer.

Le film parvient heureusement à se clore de manière plus intéressante, même si l’on reste un peu sur sa faim quant au devenir de la substance en question. Bref, il faut se jeter dans Swallowed sans attendre un pur film d’horreur ultra-gore – bien que certaines séquences ont largement de quoi couper l’appétit – et en lui pardonner un segment intermédiaire un peu plan-plan. En reste un long-métrage intéressant visuellement et une histoire qui saura captiver l’attention de son spectateur, déjà deux belles promesses à mettre au compte de Carter Smith dont la carrière se poursuivra en août avec la sortie sur les plateformes de son prochain film d’horreur, The Passenger (produit notamment par Jason Blum). Affaire à suivre…

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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KillerSe7ven
Administrateur
9 mois

Encore une curiosité qui a tout sa place sur Shadowz ! ^^

Ummagumma
9 mois
Répondr à  KillerSe7ven

Est-ce que as déjà vu Bug, Arthur?

Il est évoqué dans la critique. Absolument excellent.

le loup celeste
Administrateur

Encore un film intriguant diffusé sur Shadowz ! Faudrait que je m’y intéresse…

trackback

[…] pas avare de bons shots horrifiques, les récents Blackwater, Les Ruines (du réalisateur de Swallowed) ou encore Mister Babadook en sont quelques exemples flagrants… Malheureusement, le duo se […]

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