Tandis que The Substance débarque dans les salles, il est temps de revenir sur Reality+, un court-métrage de Coralie Fargeat qui porte déjà en lui tous les germes de ce nouveau long. Entre illusions numériques et dictats sociétaux, la body-horror n’est jamais loin avec la réalisatrice française. Un court-métrage à découvrir sur MUBI et sur YouTube.

Petite puce pour corps de rêve

Vincent (Vincent Colombe) est mal dans sa peau. Pourtant, des affiches sous forme de promesses tapissent les buildings de la ville où il habite : “Reality+” jure de lui offrir l’apparence qu’il désire. Une simple puce insérée à l’arrière du crâne, et voilà qu’aux yeux de tous les porteurs de ce dispositif vous apparaitrez sous les traits que vous aviez toujours souhaité prendre. Des muscles en un claquement de doigts, une voix virile adaptée à l’octave près et une gueule que l’on choisit comme dans un catalogue Ikea, bref : l’idéal à portée de main. A ceci près que le dispositif ne fonctionne que sur un intervalle de 12 heures, après quoi il faut laisser au système un temps de pause avant de pouvoir recommencer. Rapidement, ce nouveau corps lui permet de faire la connaissance de la sublime Stella (Vanessa Hessler) qui ne le laisse pas indifférent…

Nous ne risquions pas d’oublier Coralie Fargeat. Avec Revenge elle avait tapé fort en offrant un slasher qui retournait les codes (nous en parlions dans l’article Alien, la bête de sexe) : le féminin était derrière l’arme, le masculin était l’être chassé et dénudé. Un film cru, frontal, brutal, porté par l’actrice Matilda Lutz. Déjà là, nous comprenions le désir de Fargeat de s’imposer dans un pan du cinéma encore résolument masculin pour offrir de nouvelles lectures des poncifs ronflants du genre, sans pour autant abandonner l’aspect de divertissement. Un excellent cocktail, dont elle avait prouvé la maitrise. Il y avait de quoi avoir hâte pour la suite de sa carrière…

Pourtant, sans le savoir, trois ans avant Revenge Fargeat proposait déjà un court-métrage qui portait tous les germes de ce qu’allait devenir The Substance. Thématiques connexes, visions de body-horror partagées, critique acerbe des dictats sociétaux, tout y est, emballé dans un récit flirtant toujours entre l’horreur et la science-fiction, le sérieux et le comique.

Film anti-normes

Reality+ critique les normes, celles qu’on nous impose à longueur de journée. Télévision, publicité, Internet, films… tout nous inonde constamment de ces images de corps “parfaits”, que le cancer du développement personnel parachève de rendre désirables. Si The Substance se concentre sur des protagonistes féminins, Reality+ en offre le pendant masculin et le nom du programme de débridage de puces – “Last Longer” – ajoute un clin d’œil comique à la liste des injonctions qu’elle défouraille dans le film.

Et si dès son commencement la rencontre entre le Vincent pucé et la version augmentée de Stella appuie le décalage déréalisant – surplus de maquillage, éclairage ultra-artificiel, échanges creux – Fargeat ne pourra s’empêcher ensuite de lécher avec sa caméra les corps ultra-formatés des mannequins qui émailleront son film. Et ces plans-ci (dans la boîte de nuit principalement) ne porteront pas ces filtres qui distanciaient alors l’auditoire du spectacle de chairs qu’il voyait à l’écran. Le paradoxe devient alors passionnant : au sein de ce film critiquant les normes d’apparence, la réalisatrice (et par extension le spectateur) ne pourront pas s’empêcher de jouir du spectacle de ce que ces mêmes normes accouchent.

Paradoxal, entêtant mais également inabouti, ce court devient ainsi une porte d’entrée idéale pour son nouveau long-métrage désormais visible en salles : The Substance. Une raison de plus pour se plonger dans l’œuvre de Coralie Fargeat et pour se réjouir de ses prochains travaux !

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Commentaires sur Inline
Voir tous vos commentaires
KillerSe7ven
Administrateur
1 année

Faut carrément que je le rattrape.

FrançaisfrFrançaisFrançais
1
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x