Salt, Saliva, Sperm and Sweat : le titre tout en allitération du moyen-métrage de Philip Brophy sorti en 1987 porte en lui tous les germes de ce qui va faire sporuler Body Trash (ou de son titre original non moins anglophone Body Melt) quelques années plus tard. Un pinacle de l’horreur “aussie” des années quatre-vingt-dix, dont la ressortie chez Rimini tombe à point nommé ! En effet, ce film australien se veut la matrice bien crade de The Substance de Coralie Fargeat, que l’on avait adoré l’année dernière…
Fluides de l'angoisse
Bienvenue à Pebbles Court, Homesville, dans la banlieue de Melbourne. Énième zone pavillonnaire construite en cul de sac, où les sourires des uns et les vies bien proprettes des autres sonnent aussi faux que les devantures de villas de l’ouverture de Blue Velvet. Aucun des habitants de ce quartier trop tranquille ne se doute qu’ils sont en fait les rats de laboratoire d’un conglomérat pharmaceutique bien décidé à vendre leurs vitamines qui poussent les corps humains au-delà de leurs limites. Pourtant, lorsque la mégalomaniaque patronne Shaan (Regina Gaigalas) tente de tuer un amant pris de remords et prêt à la dénoncer, elle lance involontairement dans la nature une véritable pandémie meurtrière…
Champignonnant sur le cadavre encore fumant de la Ozploitation qui nait au début des années 70 avec l’introduction du R Rating, Body Trash se gorge de tous les miasmes de cette période bénie pour l’horreur australienne. En en reprenant les poncifs (chasse au kangourou, errances chez les rednecks de l’outback) pour les pervertir, Philip Brophy s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs tout en y injectant une bonne dose de ce qui fait l’essence du punk : concision, anarchisme et impulsion politique…
Tout dans les muscles, rien dans le cerveau
En une heure vingt, Body Trash surfe sur sa B.O. envahissante mais extrêmement raccord avec l’ambiance du film. Techno, sons industriels, bruitages se mêlent dans un étrange ride musical composé par le réalisateur lui-même et qui noie le film dans une ambiance sonore sur-stimulante à l’instar d’une compilation de fitness beats. A la différence près que ce n’est pas Cher ou Véronique & Davina que l’on a à l’écran, mais une brochette de surhommes gonflés à la “Vitamine” dont les pulsions turgescentes vont bientôt les mener à l’implosion.
Ne nous y trompons pas. Si déjà dans Salt, Saliva, Sperm and Sweat Brophy étrillait cette société de l’apparence où l’on place les performances physiques au centre d’un véritable culte du corps boosté à la chimie, Body Trash se veut d’abord et avant tout un divertissement bien crado qui suinte de tous les pores. Bâtard récalcitrant d’un Cronenberg qui aurait mélangé ses gamètes filmiques à la crasse d’un John Waters ou de Frank Henenlotter, Body Trash ne craint ni le mauvais goût ni l’exagération. Dans un véritable carnaval de chairs constamment ramenées à leur état liquide, le film tousse, crache, gicle et tâche.
Mieux encore, il nous offre plusieurs segments tentaculaires (encore une fois comme son moyen-métrage déjà cité précédemment et disponible sur YouTube) dont on retiendra le plus saillant : la rencontre entre un duo de citadins et une famille de rednecks cramés du bulbe. Si vous pensiez avoir touché le fond de l’horreur avec les progénitures consanguines de Rob Zombie ou dans les facéties guignolesques de Massacre à la Tronçonneuse 2, attachez vos ceintures. Ce segment vous offrira pour sûr une dose bien gratinée de malaise et des moments d’effrois plutôt très maitrisés…
Les Substances
Pourtant, ce qui frappera sûrement le plus le spectateur de 2025 seront les congruences entre le film de Philip Brophy et The Substance de Coralie Fargeat. Dès sa scène d’ouverture où des corps nus et sexualisés s’injectent l’étrange liquide jaune fluo promesse d’un physique surpuissant, le parallèle entre les deux œuvres est flagrant. Il ne s’arrête pourtant pas là ! Body Trash porte la même passion que Fargeat pour les corps a-naturels, qu’ils soient purs freaks (les rednecks) ou surpuissants (les bodybuilders de Vimuville), et qui vont d’ailleurs finir par se mêler et s’indifférencier dans un fatras de chairs et de viscères porté en bouquet final.
Coralie Fargeat aura d’ailleurs bien piqué à ce film australien sa capacité à créer du dégoût par l’immersion : design sonore ultra-efficace, gros-plans à gogo, tics et mimiques embrassés par la caméra… Décidément, tout ce qui fait le sel de Dennis Quaid dans The Substance se trouve en germe dans Body Trash.
Vous l’aurez compris, Body Trash n’est pas un film anecdotique, loin de là. Une véritable œuvre culte de l’horreur australienne, punk, subversive et outrageusement divertissante, qui aura su essaimer jusque dans les productions audiovisuelles les plus récentes. Un film où le rire est jaune, comme le pus d’un abcès qui aurait trop longtemps fermenté sous la peau lisse des idéaux contemporains !
Si vous voulez le découvrir dans les meilleures conditions, Rimini propose une magnifique réédition* accompagnée d’un livret conçu par Marc Toullec et d’un long bonus vidéo proposé par Lilyy Nelson.
* Le coffret contient le complément vidéo Body Horror et fitness au pays des kangourous (16 min), par Lilyy Nelson, chroniqueuse cinéma de genre, et 13 morts sur ordonnance : livret de 24 pages conçu par Marc Toullec.
Fiche technique
Blu-ray Région B (France)
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 83 min
Date de sortie : 16 mai 2025
Format vidéo : 1080p/24 – 1.77
Bande-son : Anglais DTS-HD MA 5.1 (et 2.0), Français DTS-HD MA 2.0
Sous-titres : Français
Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.
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J’ai bien ri en te lisant. Ça a l’air grand-guignolesque, j’adore. 😱