• Joué via le Xbox Game Pass
  • Fini en 5 heures

Ahh Twelve Minutes… À force de le voir trainer au fond de ma liste de souhaits depuis 2 ans, je m’y étais attaché. Depuis l’E3 2019 où il fut dévoilé, je l’ai soigneusement mis dans un coin de ma tête en le câlinant du regard de temps à autre. Une longue attente, remplie de hype et d’envie, au travers des trailers que Luis Antonio, son créateur, nous dévoilait épisodiquement. Et puis un jour, le 19 août dernier, l’attente s’en est allée, bientôt remplacée par le désir de mettre la main sur le jeu et d’y brûler toute la passion emmagasinée pendant ces longs mois. Twelve minutes, c’est un peu comme une romance que l’on supposait belle et passionnée et qui une fois la routine du quotidien établie, nous fait nous rendre compte qu’il aurait mieux fallu en rester à l’imaginaire que l’on s’en était fait. C’est un peu l’attente de Noël, étant enfant, où l’on rêve de magie et de cadeaux pour finalement comprendre que c’est votre vieil oncle dépressif qui se cache derrière ce costume trop petit. Twelve Minutes, enfin, c’est comme cette intro trop longue, laissant présager un contenu exhaustif et inspirant, alors qu’il n’en est rien…

Que reste-t-il de mes espoirs ?

Le temps passe si vite... Il vous file entre les doigts. Parfois, ce n'est qu'une question de secondes et ces secondes, plus tard, peuvent devenir une éternité…Zzz

Il y avait pourtant de quoi avoir confiance. Annapurna Interactive sait de quoi il parle quand il s’agit d’éditer des jeux ayant une ambiance spéciale dans un décor particulier, le tout autour d’un formidable univers. Je pense forcément à What remains of Edith Finch et Outer Wilds. Véritables chefs d’œuvre d’imaginaire et de poésie, ces deux pépites annonçaient le meilleur pour Twelve Minutes.  Dans chacun d’eux, il y avait toujours cette surprise attendue et ce plaisir de découvrir dans quel monde, tordu mais enchanteur, ils s’apprêtaient à nous entrainer. Alors qu’Edith Finch nous emmène de pièce en pièce, pour y découvrir les secrets d’une mystérieuse bâtisse et qu’Outer Wilds nous fait voyager de planète en planète dans une boucle temporelle, Twelve Minutes nous promet lui aussi d’incessants retours à la case départ, dans laquelle notre femme se fait assassiner par un policier. Rajoutez à ce concept prometteur une belle esthétique et une vue du dessus soignée, et nous avions tous les ingrédients pour que le jeu soit une réussite.

Meilleur passage du jeu : se cacher dans le placard et attendre, encore attendre…
Death Loop

Autre « loopgame » prometteur à venir, Deathloop devrait voir le jour le 14 septembre prochain. Nouvelle création d’Arkane studio, les développeurs bordelais sont attendus au tournant. De quoi rattraper le temps perdu (sic) avec Twelve Minutes ?

BIS REPETITA

Pourtant, une fois le jeu lancé, force est de constater que le compte n’y est pas. L’homme que l’on incarne rentre chez lui, où sa femme l’y attend : « Bonsoir mon chéri, j’ai une surprise pour toi.’ » Puis l’on se met à tourner en rond à la recherche d’objets et d’indices. Pourquoi au juste ? On ne sait pas trop mais à force de point and clicker un peu partout, on finit par trouver quelques bricoles. L’instant d’après, un policier toque à notre porte et, pour d’obscures raisons, nous assassine.

« Bonsoir mon chéri, j’ai une surprise pour toi. » Retour à la case départ, tiens, ce couteau trouvé dans la cuisine doit bien avoir une utilité, je vais attendre sagement le policier et lui montrer comment on danse.

« Bonsoir mon chéri, j’ai une surprise pour toi… » Bon, a priori, le couteau ce n’est pas ça, retour à la case départ.

Des fois, comme dans la vraie vie, une bonne sieste reste la meilleure chose à faire

Cela fait approximativement 12 minutes que le jeu est lancé et je n’en peux déjà plus. Difficile de dire ce qui cloche le plus. Peut-être ces boucles trop longues ou trop courtes, mais qui rendent l’expérience tellement frustrante. Le moindre essai d’une stratégie nouvelle nous oblige à nous retaper les presque 10 minutes de dialogues déjà entendu des dizaines de fois. Ou bien peut-être l’homme sans âme et sans vie que l’on incarne et que l’on voit tâtonner au hasard sans finalement jamais réussir à s’identifier au personnage. Ou enfin, le scénario qui se déroule à mesure que l’on en découvre sur les protagonistes, mais qui n’incite jamais à s’investir dans le récit. Passées quelques heures, l’expérience devient frustrante et peut vite devenir un véritable calvaire si l’on ne tombe pas rapidement sur les bonnes solutions pour avancer. Les doublures stars (Daisy Ridley, Willem Dafoe et James McAvoy) font le job mais même leurs bonnes interprétations deviennent pénibles à force de les entendre en boucle. Au-delà des défauts du jeu, l’intérêt des point and click ou des visual novel s’apparentant à Twelve Minutes reste bien souvent un scénario bien ficelé, qui aide à digérer les passages de gameplay parfois laborieux comme c’est le cas ici. Malheureusement, le scénario est encore plus absurde et tiré par les cheveux. Une espèce de plot twist vaseux et glauque viendra finir d’achever toute espèce d’engouement pour le jeu. À ce stade, le seul véritable intérêt que j’avais du jeu était de le finir. Pour passer à autre chose.

L’engouement puis la déception, une formule que connait bien Cyberpunk… L’occasion de reconnaître une fois de plus, que patience est mère de sûreté quand il s’agit de précommandes. Le dernier rejeton de CD Project red colmate les trous avec une ribambelle de patchs sensés rectifier le tir. 

cyberpunk-2077
Un bouton ''reset" n'aurait pas fait de mal par moment...
J’ai pu jouer à Twelve Minutes via le Gamepass et c’est probablement la meilleure façon d’y jouer à l’heure actuelle. Vous serez frustré mais tout de même moins que si vous aviez payé le prix fort. Pour ceux sans Gamepass donc, attendez une baisse de prix ou une promotion. Non pas que les premières heures soient complètement désagréables, l’excitation de rentrer dans l’intimité de ce couple et d’en découvrir les secrets reste un vice que nous autres, êtres humains lubriques, affectionnons toujours. Cependant, même les plus voyeuristes d’entre nous auront beaucoup de mal à se satisfaire d’autant d’incohérence et de frustration. Luis Antonio pose ici des bases prometteuses pour une catégorie de jeu rarement autant mis sous le feux des projecteurs, à tel point qu'on en vient à espérer qu’une variante à Twelve Minutes voie le jour, enfin lestée de tous ses défauts ? Pourquoi ne pas espérer qu’il soit le premier d’une longue série de thriller interactif auquel on joue avec la curiosité perverse de révéler quel sombre secret il y aurait à découvrir. Le cas échéant, comptez sur moi pour mettre chacun de ces jeux dans ma liste d’attente. J’attendrais patiemment qu’ils sortent, en lorgnant dessus de temps à autre. Mais avec un peu moins d’espoir cette fois. La boucle est bouclée !
Pour
  • Belle ambiance graphique
  • Une indéniable originalité
Contre
  • Boucles temporelles bien trop frustrantes
  • Scénario digne d'une série Z
  • Écriture très moyenne
  • Rejouabilité inexistante

Avaleur de kilomètres sur l’autoroute vidéoludique, j’y roule à 500 à l’heure et parfois sans ceinture de sécurité ! Je me saigne à peu près à tout ce qui bouge, tout ce qui se clique, tout ce qui se joue. Passionné sur le tard par les jeux indés, je m’essaie à coucher sur papier numérique les quelques mots qui me viennent pour décrire ces œuvres culturelles trop longtemps mises de côté.

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Ummagumma
Éditeur
1 année il y a

Eh bien j’ai eu le même ressenti que toi ! Je me suis arrêté au bout de deux heures, complètement lassé de devoir refaire les mêmes choses et me taper les dialogues inzappables pour essayer une nouvelle idée de progression. Dommage car le concept était sympa.

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