Surtout connu pour ses thrillers des années 2000 mettant en scène Shia LaBeouf, D.J. Caruso nous revient avec un drame romantique intitulé Sauvée par amour. D’inspiration ouvertement chrétienne et adaptant le livre Redeeming Love de Francine Rivers, on y suit la quête de rédemption d’Angel, forcée à se prostituer suite à un trouble passé…

La Genèse

D.J. Caruso n’est pas ce que l’on pourrait appeler un auteur : il prend ce qu’il vient et laisse trainer sa caméra autant du côté du thriller (L’Œil du mal, Paranoïak) que du drame (Salton Sea), en passant par l’horreur (La Chambre des oubliés) et désormais le western romantique chrétien… Tout un programme ! Il n’a pourtant pas totalement tourné le dos au cinéma de suspens, puisqu’en 2022, aux côtés de Sauvée par amour, il sort également Shut In avec Rainey Qualley et Vincent Gallo. Deux films, s’il semble les faire plus pour remplir le frigo que par amour de l’art, qui sont passés bien en-dessous des radars de notre côté de l’Atlantique. SAJE distribution (boite chrétienne, ayant promu le récent Reste un peu de Gad Elmaleh, ou encore le tout nouveau Vaincre ou mourir qui a récemment fait tant de bruit) a tout de même acquis les droits de Sauvée par amour pour une diffusion DVD. Voyons donc voir ce que ça donne…

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Évangile selon Caruso

Du western romantique chrétien version Caruso, voilà de quoi rendre curieux. L’histoire de Sauvée par amour est relativement basique : Angel (Abigail Cowen, parfois aperçue dans Stranger Things et dans Les Nouvelles Aventures de Sabrina) est une belle de nuit échouée dans un bouge squatté par les orpailleurs, au fin fond de la Californie. À quelques encablures, le dévot fermier Michael Hosea (nom d’un prophète de l’ancien testament dont le nom signifie « sauveur », eh oui, on a révisé notre catéchisme !) va croiser bien par hasard son chemin et tomber follement amoureux de cette Angel. Mais s’il s’arrange pour la sortir de sa condition minable, il n’évitera pas la colère de son mac, Duke (Eric Dane, bien connu grâce à Euphoria notamment). Un synopsis qui laisse songeur…

Le Cantique des cantiques ?

On connaissait le Mommy Porn, le phénomène d’édition déclenché par Les Cinquantes Nuances de Grey. Caruso, en mettant en image le bouquin de Francine Rivers, invente le Catho Porn : du téléfilm longuet martelant un message chrétien tout en disséminant çà et là, sans doute pour pimenter le visionnage des faquins qui osent s’y frotter, des scènes de sexe. Mais attention, des scènes de sexe chrétiennes ! S’il ose quelques suggestions fugaces de fesses masculines, les formes féminines sont constamment tronquées (une main ou des cheveux pour cacher un sein, le cadre coupe pile au niveau des fesses, etc.).

Alors non, on n’allait pas voir Sauvée par amour en espérant avoir droit à du Lars Von Trier, mais force est de constater l’étrange dichotomie qui se dessine tout au long du film et qu’une scène en particulier illustre parfaitement : après avoir croisé du regard d’Angel dans la rue, Michael tombe instantanément amoureux et souhaite lui parler. Il aurait pu l’aborder directement ou attendre qu’elle finisse son boulot, deux solutions d’ailleurs scénaristiquement bien plus logiques puisqu’il y a tirage au sort pour savoir quel client pourra finir dans la chambre d’Angel, tant son succès est retentissant dans le petit village de chercheurs d’or.

Mais non, Michael décide de bel et bien tenter sa chance en se payant une passe et de miraculeusement être tiré au sort du premier coup. Il rencontre ainsi Angel directement dans son antre, où elle le reçoit en tenue d’Eve. Un jeu de miroir et sa coiffure permettent de dissimuler au spectateur sa poitrine, qui ne reste que suggérée, de même que la naissance de ses fesses. Autrement dit : le réalisateur et sa scénariste forcent des rencontres sexualisées (sans le moindre sens scénaristique) tout en les édulcorant pour rester dans la case chrétiennement acceptable de la représentation des corps… Drôle de grand écart.

Téléfilm au budget testostéroné

Nul besoin d’inspecter le carcan idéologique du film (place de la femme, vision de la sexualité, etc.), enfermé sans surprise dans un appareil de pensée que l’on devine d’avance si l’on a connaissance du matériau de base, ou si l’on s’informe un peu sur ses compagnies de production (Mission Pictures International et Pinnacle Peak Pictures notamment, toutes deux spécialisées dans le film teinté d’idéologie chrétienne). Le plus étonnant peut-être réside dans son énorme budget : 30 millions de dollars (le double du budget d’Everything Everywhere All at Once, pour citer un bon film récent) !

Alors certes les reconstitutions se donnent les moyens, l’image est parfois jolie (même si les tentatives malickiennes restent très balourdes) et la brochette d’acteurs s’en sortent, pour la plupart, relativement bien. On y retrouve même des têtes connues, comme Logan Marshall-Green (déjà aperçu dans Prometheus) ou encore Eric Dane (Euphoria) qui confirme son incarnation parfaite des rôles de personnages bien antipathiques. Mais mis à part cela, le long-métrage s’enferme dans une musique mal choisie, tantôt sirupeuse au possible (du soft/folk-rock à la sauce James Blunt), tantôt sursignifiant les enjeux de chaque scène et ne s’élève jamais au-dessus de ce que ferait un téléfilm, d’un point de vue esthétique. Et ce n’est pas la durée du film – plus de deux heures ! – qui aidera à faire passer la pilule.

Jugement dernier

Voilà pour Sauvée par amour, qui malgré une énorme sortie par Universal aux USA (plus de 1900 salles !), fait un retentissant bide. Sur les 30 millions avancés pour financer le projet, le film n’a réalisé que 9 millions au box-office : un véritable désastre ! Et malheureusement pour lui, force est de constater qu’on comprend bien pourquoi…

Fiche technique

DVD Zone B (France)
Éditeur : SAJE Distribution
Durée : 129 min
Date de sortie : 03 janvier 2023

Format vidéo : 576p/25 – 1.85
Bande-son : Français et Anglais DD 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Français

Sauvée par amour

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de son pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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