Nouveau long-métrage d’Amanda Kramer, Please Baby Please convoque Blue Velvet et West Side Story pour enfiévrer d’un chaos sexuel le quotidien banal d’un couple harassé par une bande de loubards.

Rouge profond

Dans une nuit palpitant du rouge profond des néons, un couple (Andrea Riseborough & Harry Melling) devient le témoin des barbaries d’un gang dans une rue sordide de Manhattan. Mené par Teddy (Karl Glusman), cette bande de malfrats aura tôt fait d’harasser ces pauvres amants sans histoire. Et de cette tension naîtra l’exacerbation d’une sexualité trop longtemps refoulée par les conventions de leur petite vie bien rangée. Chaos sexuel, relecture queer en comédie musicale et orgie de néons, voilà ce que nous propose Please Baby Please, le nouveau film d’Amanda Kramer propulsé directement sur Mubi.

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Débordant de références relues à l’aune d’une vision queer, Please Baby Please cite allègrement Blue Velvet et West Side Story, lorgne du côté de Nicolas Winding Refn (néons obligent) ou de Kubrick avec ses bandes de voyous. Pourtant, Please Baby Please peinera à vraiment se détacher de ses évidentes inspirations pour se créer une identité propre et préfèrera s’enfermer dans des décors studio (très fifties certes) plutôt que d’exploiter les ruelles sombres de Manhattan. Le film perd ainsi rapidement en folie et en ampleur, et c’est bien dommage.

Film boiteux

Autre enfermement : celui des dialogues. Please Baby Please va en effet s’engouffrer dans de véritables tunnels de joutes verbales. Servies malheureusement par des acteurs constamment en surjeux, ces interactions se veulent résolument trop didactiques. La réalisatrice tente certes d’expliquer la déconstruction des normes sexuelles de ce couple, mais elle le fait par un trop plein de mots plutôt qu’avec sa caméra, et cela pèse décidément sur le rythme du film.

Please Baby Please est une tentative de renouveau malheureusement plombée par trop de griefs pour qu’il puisse rester dans les mémoires. Reste la présence de Karl Glusman – Love, The Neon Demon et Nocturnal Animals notamment – et celle de Demi Moore qui, faute de rattraper un trop-plein de maladresses, rendent au moins le visionnage de Please Baby Please passable.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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