Un Mustang à la sicilienne, voilà ce que nous offre la dramaturge Emma Dante dans l’adaptation de sa pièce de théâtre Le sorelle Macaluso. Dans ce film où les gnossiennes de Satie symbolisent le souvenir, les tubes italiens le moment présent et les colombes les états d’âme de cinq sœurs palermitaines, les bouleversements détonnent. De l’amour-haine, de la jalousie, un drame, le tout sur fond de mélanine et d’amour inconditionnel. Une fresque à la fois poétique et explosive.

À travers les âges

Antonella, Maria, Lia, Pinuccia, Katia. Apprêtez-vous à les suivre à plusieurs périodes de leur vie : de l’enfance à l’âge adulte pour certaines… Pas pour toutes. Le seul reproche narratif serait peut-être cette enfance balayée trop rapidement. Le temps de nous attacher aux personnages enfantin.e.s nous manque. Trois tranches de vie. Trois actrices différentes à chaque fois, cela va de soi. Dans une interview d’Angelo Acerbi pour le Venezia 77, Emma Dante explique que le travail fut surtout sur les détails, leur façon respective de bouger, de toucher leurs robes, comment elles ouvrent les portes… Leur langage corporel a primé sur leur apparence physique. La réalisatrice a vraiment recherché une cohérence dans leur façon de se mouvoir, de faire écho à qui elles étaient il y a dix ans.

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Le son est très important : du silence au chaos, les contrastes intérieurs des personnages sont souvent dépeints en musique et en sons, -bien que la musique soit parfois un peu grandiloquente. Le film est inspiré de la pièce mais la réalisatrice a souhaité en faire une œuvre totalement différente, pour que l’un ne se suffise pas à l’autre. Son but ? Celui d’explorer chaque médium au maximum.

La maison comme corps

Pour Emma Dante, le théâtre prend forme par lui-même, on ne doit rien forcer. Elle explique être totalement contre la moindre attitude violente. Et pourtant, la violence est présente à l’écran. Notamment lors de cette scène où, Maria, dont le rêve est depuis toute petite celui de devenir danseuse, extrait en laboratoire un cœur de biche. Cette scène n’est autre qu’une métaphore de la vie que la dramaturge n’aurait pas pu faire sur une scène de théâtre. Elle a préféré utiliser tous les outils du septième art qui manquent au théâtre.

« Pour moi, ce film est une opération à cœur ouvert. », confie-t-elle, toujours dans la même interview. « Le cinéma m’a aidée à explorer l’idée d’une maison comme un corps. Les maisons sont des corps dans lesquels nous vivons. Nous sommes tous digérés par nos maisons. Elles contiennent tout ce qu’on a, nos secrets, nos frustrations… J’ai voulu révéler le secret caché dans cette maison. »

Un drame, une disparition, comment composer avec les années qui passent, le deuil, la gestion des émotions à partager. Qui ressent quoi et comment les choses stagnent, comment les choses bougent… Telles sont les questions fondamentales du long métrage. Les plans fixes sur les pièces vides de l’appartement figent le temps, le contraste entre chaos sonore et le silence aussi, l’absence, ou le trop-plein de présences… De savantes idées de montage, et de scénario. En mêlant le tout, Emma Dante parvient à recoudre le passé tout en révélant subtilement les cicatrices que celui-ci crée, même des années après un drame.

À voir si vous voulez prolonger l’été, mais un été qui laissera des traces indélébiles.

Passionnée de septième art depuis plus de dix ans, les salles obscures sont devenues ma deuxième maison. Ce qui me fait vibrer au plus haut point ? Digérer une expérience filmique et la mettre en mots... Entre journalisme et pensée, page et écran !

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