Représentant allemand dans la course aux Oscars du meilleur film international (contre La Zone d’intérêt ou Le Cercle des neiges pour ne citer qu’eux), La Salle des profs sort cette semaine en France. L’occasion de revenir sur un film qui fait couler beaucoup d’encre…

L'école aux fachos ?

Carla Nowak (Leonie Benesch, déjà vue dans Le Ruban blanc d’Haneke notamment) est prof dans un gymnase allemand secoué par une histoire de vols récurrents. Tandis que les enseignants s’organisent pour débusquer le malfrat, une politique de « tolérance zéro » est décrétée dans l’établissement. Un lourd climat de suspicion va alors couver les classes de cette école sur le bord de l’implosion.

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Le réalisateur Ilker Çatak propose une plongée étouffante au sein d’un établissement scolaire virant totalitaire, qui n’est pas sans rappeler une autre œuvre cinématographique allemande : Die Welle (La Vague). Même plongée dans le milieu estudiantin, même choix du thriller pour la représenter, même envie d’évoquer la fascisation d’un système hiérarchique. L’école semble être le terreau parfait pour explorer cette notion de domination insidieuse en jouant le rôle d’échantillon-test de la logique dominatrice. L’école, au cœur d’un projet réactionnaire ? On est en droit de se le demander, et la récente vidéo de Paroles d’Honneur portant ce titre prouve s’il le fallait la pertinence et l’actualité de cette question…

Du thriller au balourd

Pour représenter cela, Ilker Çatak fait le choix d’une mise en scène de thriller conventionnelle, pour ne pas dire purement fonctionnelle. La photographie est terne, grisâtre, la musique omniprésente quitte à écraser les scènes, le montage rythmé avec comme plan-étalon le champ/contre-champ. Bref, rien de bien nouveau sous le soleil de ce côté-là, même s’il faut reconnaître l’efficacité du dispositif : en une poignée de plans, le réalisateur fait comprendre son enjeu principal (le climat de suspicion entraîné par une recrudescence du nombre de vols dans l’établissement), et pousse son spectateur au sein d’une spirale d’une heure et demie haletante de bout en bout.

Si le film est critiquable, la performance de Leonie Benesch est quant à elle intouchable !

Pourtant, on commence rapidement à comprendre que le réalisateur n’est pas là pour nous conter une simple chronique d’un collège, comme l’avait éminemment fait la Palme d’or Entre les murs par exemple. Dans son thriller prenant, il place un à un les pions d’un discours plus global sur la mise en place insidieuse d’un système totalitaire par le prisme de son environnement scolaire…

Malheureusement, la métaphore est grossière. Les traits tirés sont gras. Le discours constamment surligné. Et le film qui était jusqu’ici un thriller conventionnel mais efficace se retrouve alourdi d’un sous-texte balourd, constamment sur-explicité jusqu’à une fin un peu trop appuyée pour être honnête. Pire, les parallèles tirés avec le rôle de la presse dégueulent même d’un discours douteux, mal géré voire réactionnaire, dont on se serait volontiers passé.

Bref, La Salle des profs a su convaincre l’Académie des Oscars, nous aurions peut-être pu nous en tenir là… On a fait largement mieux pour explorer les contingences d’une oppression liée à un climat de délation, on a fait plus subtil dans l’exploration cinématographique des affres de la vie scolaire, on a fait moins balourd comme thriller à thèse. Surnage de tout cela un film-tension prenant parfaitement servi par ses acteurs, mais qui peine à convaincre par son seul propos.

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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