Naissance d’un désir en mer, voilà un parfait résumé succinct pour La Passagère, premier long de la réalisatrice Héloïse Pelloquet. Profitant d’une toute prochaine sortie en format physique, il est grand temps de parler de ce film solaire…

Femme de marin, femme de chagrin

Chiara (Cécile de France, convaincante même avec un fort accent), une belge expatriée en France pour y suivre son mari, a été adoptée par la mer et par la petite communauté locale de pêcheurs. Pourtant, l’arrivée de Maxence (Félix Lefebvre) va perturber l’équilibre que Chiara a développé avec son homme et va faire naître l’étincelle du désir.

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La Passagère est le premier long d’Héloïse Pelloquet, pourtant elle y injecte ce qui faisait déjà le sel de ses courts (L’Âge des sirènes, Comme une grande, Côté cœur) : le paysage maritime, le sel du sexe, la séduction, l’imagerie estivale. On retrouve cela et un peu plus dans La Passagère, dont le premier gros point fort est le casting. Entre acteurs professionnels (Cécile de France évidemment, le fougueux et entrainant Félix Lefebvre, Grégoire Monsaingeon) et non professionnels (simples habitants de Noirmoutier où le film s’est tourné), Pelloquet réussit l’exploit de ne jamais taper à côté.

Des acteurs à rude épreuve

Qu’il s’agisse des scènes en mer (Chiara et son mari sont pêcheurs de crabes) ou des segments plus érotiques, les acteurs sont décidément mis à rude épreuve. L’immersion dans le milieu marin et ses travailleurs a été particulièrement soignée, les gestes paraissent sûrs, le carcan de ce « vieux » couple amoureux plus que crédible. Une crédibilité qui doit beaucoup au côté sonore du long-métrage, mêlant sound design ouvragé (la mer, le roulis, le déchainement de la pluie ou du vent, le souffle des personnages) et une musique réussie sans jamais n’être trop appuyée. Bref, le son rend le film palpable, tout comme l’utilisation habile des éléments qui y distille une sensualité immédiate.

En effet, les rapprochements entre Chiara et Maxence, que le spectateur sait inéluctable dès leur première scène de rencontre dans le film, s’accompagne toujours d’une utilisation habile des différents éléments. Qu’il s’agisse de la pluie diluvienne, trempant les corps, collant les vêtements, rendant la peau luisante, ou au contraire de ce feu contre lequel ils vont se réchauffer, embrasant la peau des acteurs d’un rouge vacillant, la nature travaille à créer la sensualité qui se dégage de La Passagère.  L’érotisme en lui-même, jamais vulgaire mais osé, arrive par saillies souvent nocturnes dans le long-métrage. Un roulis lubrique où la caméra s’accommode des basses lumières, dessine le grain des peaux qui se mêlent, capte les corps sans les dénaturer.

Clichés à la dérive

Côté scénario, nous ne pourrons pas dire que La Passagère soit particulièrement inventif. Par contre, là où la vision de la réalisatrice est intéressante, c’est dans l’inversion des clichés qu’elle impose à son film. Là où le couple homme âgé/jeune femme reste le maître étalon d’un cinéma masculin, Pelloquet le retourne totalement. Si le film de tromperie s’est souvent déroulé dans un écosystème parisien bourgeois, la réalisatrice investit le fin fond de la Vendée, dans un milieu de marins pêcheurs. Même renversement dans la conclusion du long-métrage, que nous ne divulguerons pas mais qui est envisagé à l’aune d’un filmage solaire, tandis qu’il s’agit généralement d’un trope de cinéma terne et dramatique.

En somme, La Passagère se voit comme une promesse d’une carrière à suivre pour Héloïse Pelloquet, mais aussi pour Félix Lefebvre dont le charisme arrache l’écran.

Un film enivrant, à (re)découvrir tout prochainement en format physique (DVD) où le troisième court-métrage de la réalisatrice, Côté cœur (30 minutes) qui a été réalisé en 2018 et annonce la thématique comme le style de La Passagère, est proposé en guise de bonus

Fiche technique

DVD Zone B (France)
Éditeur : Blaq Out
Durée : 93 min
Date de sortie : 16 mai 2023

Format vidéo : 576p/25 – 2.39
Bande-son : Français Dolby Digital 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Français

La Passagère

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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