Film de festival génialement drôle et terrifiant à la fois, Deadstream déboule en France directement sur la plateforme de cinéma horrifique Shadowz pour le soir d’Halloween, l’occasion de revenir sur ce rafraichissant found footage.

Souriez, vous êtes filmés !

Il est des genres au cinéma qu’il est de plus en plus difficile à renouveler. Ou du moins à tenir vivants. Mais au sein de l’horreur, le sous-genre qui parait le plus éculé est sans doute celui du found footage, ou en bon français « l’enregistrement retrouvé ». Même si le terme ne vous dit peut-être rien, vous en avez forcément déjà regardé : du très populaire Projet Blair Witch au sulfureux Cannibal Holocaust, il se décline sous toutes les formes et à travers tous les formats. Et pour cause : il s’agit sans doute du sous-genre le plus facile à maîtriser pour un tournage sans le sou. Il suffit d’une banale caméra, d’une bande de potes et voilà qu’un projet peut voir le jour.

Et en horreur, on en a eu notre dose : toute la déclinaison espagnole des REC, celle des Paranormal activity, l’épouvante par Zoom en temps de pandémie avec le Host de Rob Savage, les films à sketch V/H/S jusqu’au tout récent V/H/S/99, et tout ça parfois jusqu’à l’overdose. Puis, à l’intérieur de ce sous-genre ultra-balisé apparait Deadstream (2022). Programmé dans plusieurs festivals européens, puis trouvable sur la plateforme d’horreur américaine Shudder et, d’ici à Halloween sur Shadowz en France, il s’agit du nouveau-né du couple de réalisateurs Joseph et Vanessa Winter.

Streamer jusqu'au bout de la nuit

L’histoire est simple. Un Youtubeur en disgrâce (interprété par Joseph Winter en personne) tente de se refaire une réputation en streamant à l’intérieur d’une « véritable » maison hantée, non sans grands renforts de sponsors et de placements de produits. Malheureusement pour lui, la nuit ne se déroulera pas vraiment comme prévu…

Deadstream s’amuse des codes propres aux « chasseurs de fantômes » qui hantent les placards de YouTube pour nous pondre une véritable masterclass d’humour et de tension qui n’hésite pas à pousser les curseurs très, très loin. Le dispositif filmique est simple : quelques GoPro disposées dans les différentes pièces de la maison, l’acteur principal qui se balade à travers ses couloirs glauques et un tchat où communiquent les différents visionneurs. 

Des blagues, des apparitions fugaces, beaucoup de hors-champ, des fausses frayeurs et une utilisation brillante de tout ce que le support peut leur offrir, Deadstream ne dispense le spectateur d’aucun temps mort.

Une comédie horrifique

D’abord grâce à l’humour, qui n’a aucune peine à prendre. Sans doute d’une part grâce au tempo comique du génial Joseph Winter, mais aussi parce que cette histoire de décérébré avide de merchandising faisant le clown dans une maison soi-disant hantée sonne (tristement ?) juste.

Mais là où Deadstream tape fort, c’est que sa malice omniprésente n’évacue jamais la terreur, contrairement à la bonne majorité des comédies horrifiques actuelles. Les moments d’effroi vous rivettent à votre siège et vous nouent le bide. Le visionnage en festival, dans une salle bondée, permettait de voir cette étrange transition entre les moments d’hilarité générale et une tension palpable qui faisait grincer les dents des spectateurs.

Deadstream est un film hautement didactique, très bien mené, qui explore tout ce que ses maigres moyens ont à lui offrir en termes de mise-en-scène et de création. Une comédie horrifique qui n’oublie ni de faire rire, ni d’être bien flippante, sans doute l’un des films idéals à voir entre potes pour la soirée d’Halloween. Et l’envie de découvrir ce que ce couple de cinéma – Joseph et Vanessa Winter – pourront nous pondre par la suite, à commencer par l’un des segments du V/H/S/99 que nous avons évoqué un peu plus haut. Deadstream est disponible ldès ce soir pour fêter Halloween comme il se doit. 

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de son pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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