Récompensé par la palme d’or dans la section Un Certain Regard, Black Dog se démarquait des autres propositions contemplatives de la sélection par son humour décalé conjugué à une certaine poésie. Lang retourne dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi après un passage compliqué en prison. Missionné par une patrouille de petites frappes locales, il doit débarrasser la ville des chiens errants. Les bêtes pullulent depuis la fin des JO de 2008 et l’exode rural qui s’en suivit, loin des promesses originelles d’abondance. C’est alors qu’il se lie d’amitié avec un chien maigrelet accusé à tort ou à raison d’avoir la rage.

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Amours chiennes

Comme Caught by the Tides, Black Dog a choisi un personage quasi mutique. Lang économise ses paroles et préfère l’action plutôt que les longs discours. Pas belliqueux mais prêt à se défendre si besoin, Lang a un côté bras cassé, à l’instar des autres rares habitants du cru, eux aussi amochés par la vie. Lors de la scène d’ouverture, Black Dog nous immerge immédiatement dans ses vastes étendues semi-arides. Avec sa photographie sablonneuse, l’image est granuleuse et donne à voir un curieux mélange entre Mad Max et Chernobyl. Ce grain rappelle que la vie est pleine d’aspérités. Ces steppes arides qui séparent la Mongolie de la République Populaire pourraient très bien être le théâtre d’un western. Ou celui d’une ville fantôme construite autour d’un vieux puit de pétrole depuis longtemps tari.  

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Loin de l’opulence et du gigantisme des mégalopoles qui poussent comme des champignons sur ce pays continent, cette petite cité au milieu du néant laisse deviner une vie passée et définitivement derrière elle. Après que ses habitants ont quitté ces centres urbains et par la même abandonné leurs animaux de compagnie, les lieux sont désormais infestés de chiens errants. En son cœur, quelques commerces résistent encore, même si les échanges se font rares. Episodiques, les relations humaines sont hachées et sans avenir. Des gangs de villages cherchent à tirer leur épingle d’un jeu à somme nulle. Un pari perdu d’avance. Mais Lang, lui, est un électron libre, un marginal, à l’image de ce chien rachitique à l’allure de lévrier et qu’on dit enragé. Un petit groupe ne cesse de le harceler pour les crimes qu’il aurait commis par le passé, sans qu’on sache vraiment s’il s’agit d’une véritable soif de vengeance ou une lutte de pouvoirs locale. Qu’importe, ce n’est pas l’essentiel, la vie suit son cours avec ou sans ces loubards désœuvrés.

Black Dog
Black Dog

Chien de la casse

Dans cette région en ruine et aux airs de monde postapocalyptique, de vieux manèges et un zoo trônent encore fièrement au centre, comme un lointain souvenir d’une époque révolue. Hors champ, lors de rares séquences, on devine le père malade et qui maintient Lang dans cet état d’attente, ni en prison ni complètement libre. Réalisé en hommage à son propre père décédé, le film de Guan Hu lui est dédié. Black Dog n’est pas un film musical, loin de là, et l’unique chanson qui surgit n’a pas été choisie au hasard. Quand aux guitares acoustiques succèdent les synthétiseurs et les graves de la basse, on reconnaît immédiatement Hey You des Pink Floyd. Cette chanson emblématique raconte la bascule vers la folie de son personnage principal, quand il comprend l’erreur qu’il a commise en voulant s’isoler du reste du monde et qu’il tente ensuite de reprendre contact avec autrui. Un choix artistique qui rend le message d’autant plus fort que Guan Hu a choisi de véhiculer des émotions simples d’abord par l’image et les silences, plutôt que par une musique omniprésente.

Black Dog

Ces deux créatures meurtries mises au ban de la société vont elles aussi apprendre à se reconstruire ensemble. Le travail de dressage réalisé impressionne tant on croirait deviner des émotions humaines derrière le regard de ce chien sauvage hautement expressif. D’une situation incongrue à une autre, on s’attache à ce duo d’infortune. Ces marginaux ne renoncent jamais vraiment. Quitte à tomber, ils se relèvent inlassablement et foncent tête baissée.

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L’humour décalé est toujours à la bonne mesure, par petites touches savamment dosées. Il faut voir cette première rencontre qui commençait si mal alors que Lang urinait sur un mur en ruines. Attaqué par ce chien noir, il bat en retraite avant de comprendre que l’animal voulait seulement marquer son territoire au même endroit… Toute une métaphore qui nous montre par l’absurde la difficulté de trouver ses marques quant on a tout perdu. Lang qui ne quitte jamais sa moto va la transformer en side-car pour son nouveau compagnon. Ces deux briscards de la vie vont dès lors apprendre à s’apprivoiser l’un l’autre. Black Dog montre le processus du deuil et le long cheminement pour réapprendre à vivre en harmonie avec ses pairs. Guan Hu démontre à l’image que la solitude n’est pas un fardeau irrémédiable.

Bande-annonce de Black Dog

Critique JV et ciné toujours prêt à mener des interviews lors de festivals ! Amateur de films de genre et de tout ce qui tend vers l'Etrange. N'hésitez pas à me contacter en consultant mon profil.

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