• Testé sur PC au moyen d’un code fourni par l’éditeur.
  • Configuration de test : RTX 4090 + AMD Ryzen 7 9800X3D + 64 Go de RAM = 60 FPS constants en 4K avec DLSS Performance / Frame Gen x2 et tous les réglages au max (dont le path tracing).
  • Pierce Brosnan est cracheur de feu et souffre de claustrophobie, maintenant vous le savez.

Que de bons souvenirs de Demain ne meurt jamais sur Playstation en compagnie de mon tendre Brudi, tous deux affalés devant notre petit tube cathodique au crépuscule des années 90, alors que nous trucidions par grappes de douze les terroristes d’une station enneigée. Si des torrents d’eau ont coulé sous les ponts du jeu vidéo depuis cette époque bénie, un élément de game design est resté figé, à la fois insaisissable et immuable, comme insensible aux injonctions modernes, j’ai nommé le baril rouge explosif. 007 First Light en regorge.

James ! Je sais où tu te caches ! Viens ici que j'te bute sale *****é !

D’un point de vue purement logistique, tous ces bidons rouges explosifs posent question. Et la réponse est certainement problématique. Comment ont-ils été acheminés sur ce tarmac ? Pour quelle raison ? Tandis que James défouraillait tout ce qui bouge avec ses uzis en zigzaguant sur une piste d’aéoroport, aucun effet pyrotechnique n’aurait pu m’ôter ces questions de la tête. Aurais-je mieux fait de refouler ce questionnement et de continuer à faire exploser ces barils comme je l’ai toujours fait après 25 ans d’endoctrinement vidéoludique ? Pourquoi les sbires se mettent-ils toujours à  couvert derrière si ce sont eux qui les ont déplacés ici en premier lieu ? Un appel à l’aide, j’imagine, qui expliquerait aussi l’IA bête comme un clou des ennemis du jeu.

Seulement 20 € sur Leboncoin, mais il faut encore le remplir ensuite...

Soudain une petite voix : « Les barils constituent un moyen comme un autre de renouveler l’attention du joueur ». Plus forte à présent : « Les barils font BOUM lorsqu’ils explosent, c’est BRUYANT donc ça RÉVEILLE ! ». Un hurlement à présent : « ON A MIS DES BARILS ROUGES PARTOUT PAR PARESSE OKAY ?! ». Merci pour la clarification. À ce stade du test et après avoir déjà écrit le mot six fois, vous pourriez penser que les barils m’obsèdent. Je le concède, jamais je n’ai été aussi circonspect face à ces rigatonis métalliques. Il faut dire que je n’ai pas été bien captivé par ce qu’il se tramait à l’écran dans 007 First Light.

Beauté futile

Le jeu est pourtant difficilement attaquable sur le plan graphique, d’autant plus avec le path tracing activé. Définitivement impressionnante, l’activation de cette technologie transcende complètement l’image au point de rendre chaque scène infiniment plus incarnée grâce à la diffusion de la lumière. Les tapisseries prennent vie, les muscles brillent, la crème solaire luit, bref, on s’y croirit !

L'image est certes un peu moins belle avec le DLSS Performance en 4K, mais mirez-moi donc ces reflets !

En ce qui concerne le level design, le titre fait plutôt du bon travail et on sent que le studio est fort de l’expérience des jeux Hitman. 007 First Light en reprend d’ailleurs le squelette, pour le meilleur (la construction des niveaux) comme pour le pire (le gameplay raide). On ne passe pas son temps à tirer dans ce James Bond, et il faut aussi parfois s’infiltrer. Pour cela, James peut tendre l’oreille non loin d’une conversation en prenant la position la plus flagrante possible, soit adossé à un mur à deux mètres des interlocuteurs en faisant semblant de pianoter sur son téléphone, mais en jetant régulièrerement des coups d’oeil amusés en direction des personnes espionnées. À ce stade, autant sortir un papier journal avec des trous pour les yeux.

Cette recherche d’indices est sympathique, sans plus, et on ne ressent jamais aucune fierté à récolter ces informations, contrairement à la trilogie Hitman dans laquelle ces séquences s’intégraient de façon bien plus organique. Ici, les chemins secondaires semblent bien plus scriptés et superficiels. « Ça fait le taf », comme le disent si bien les ingénieurs d’appareils Boeing.

Une belle capture de l'utilisateur .𝕲𝖍𝖔𝖘𝖙., dénichée dans la section Communauté de Steam.

On passe sinon le reste des missions à se bagarrer à mains nues ou à tirer, à condition que le permis de présomption de légitime défense nous ait été accordé par M. Dans les deux cas, le bilan est mitigé. Le son des armes semble étouffé et James a tendance à se coller aux mauvais couverts, ce qui se révèle parfois frustrant. Le manque de punch des fusillades est généralisé et on s’y ennuie. Le grand Max Payne 3 offrait des sensations éminemment plus grisantes en 2012, il y a déjà quinze ans.

Quant aux bastons aux poings, on y colle des marrons avec la touche Carré, mais c’est la touche Rond qui a été choisie par les développeurs pour parer les lardons. Quelle mauvaise idée, notre pouce accusant souvent du retard entre deux gnons pour venir se resituer sur la touche de parade. Rien de gravissime dans un jeu à la difficulté Normal justement équilibrée, mais suffisamment frustrant pour être noté. Les bagarres évoquent par moments une danse de Pinocchio sous éther, ce qui était déjà le cas dans Hitman, qui voyait toute sa mise en scène voler en éclats sitôt un conflit armé amorcé.

Autre époque, mêmes mœurs.

Venons-en enfin au plus gros défaut du jeu, à savoir son HUD horriblement envahissant et non désactivable dans les options. C’est probablement le pire HUD que j’ai jamais vu dans un jeu d’action. Du cercle blanc autour de James lorsqu’il est dissimulé dans les hautes herbes (par pitié, arrêtez avec ce camouflage de pacotille) aux verbes « ATTIRER » et « BLUFFER » écrits en énorme en bas de l’écran pendant toutes les phases d’infiltration, en passant par des icônes envahissantes parsemées ici et là ou encore à l’objectif bleu azur qui ne disparaît jamais du coin supérieur gauche : le HUD de 007 First Light est disgracieux et n’a toujours pas été patché quatre mois après la sortie.

La plus grande réussite de 007 First Light est clairement son nouvel agent 007.

Heureusement, 007 First Light ne se résume pas seulement à une succession mi-figue mi-raisin de phases d’infiltration barbantes et de fusillades molles. Si l’histoire se laisse suivre sans être passionnante, ses personnages, en revanche, crèvent l’écran, en particulier ce jeune 007 en devenir, à la fois intelligent, drôle, impétueux, et séducteur sans être lourdaud. Pour faire simple, c’est lui et surtout son mentor Greenway (motion-capturé et doublé par l’excellent Lennie James) qui m’ont fait tenir jusqu’au bout. Le casting des gentils du MI6 est très convaincant, ce qui est toutefois moins le cas des antagonistes. Dommage. Répondrai-je présent pour une éventuelle suite ? Pas sur, mais si tel était le cas, ce serait uniquement pour retrouver la fougue de ce nouvel agent, véritable atout charismatique au service secret de Sa Majesté.

Résident permanent dans la petite bourgade de Raccoon City et prosélyte du génial Rain World depuis 2017, on l'entend parfois jurer à pleins poumons lorsqu'il perd lamentablement face au singe de Sekiro à un poil de lemming près. En quête d'une 3080 depuis bientôt un an, le malheureux espère une réception de sa commande en 2022 : l'important c'est d'y croire ! Son TOC préféré ? Recenser dans un PDF tous les jeux auxquels il a joué dans sa vie.

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