Présenté à Cannes à la Semaine de la critique, Vincent doit mourir  slalome entre les genres pour nous offrir un film enragé, mêlant humour et ultra-violence. À l’occasion de sa présentation au NIFFF, son réalisateur Stéphan Castang et l’interprète principal Karim Leklou se sont pliés à l’exercice du Q&A. Voici quelques reflets de cette séance…

NIFFF

Sa gueule me revient pas...

Vincent travaille tranquillement lorsque le stagiaire de son entreprise le prend violemment à partie, avant de lui exploser son ordinateur sur le crâne. Si ce geste est attribué à un coup de sang passager, Vincent va peu-à-peu devenir la cible d’attaques d’ultra-violence totalement arbitraire, le forçant à vivre en reclus tandis que le phénomène s’amplifie.

La discussion entre Karim Leklou, Stéphan Castang et le public à l’issue de la projection est donc l’occasion d’augmenter ce bref résumé des différentes pistes esquissées par ces invités, en quelques citations :

Vincent et les éditorialistes

« [La voix d'Elisabeth Lévy] C'est la chose la plus horrible du film »

Refusant selon ses propres dires à expliquer cette épidémie de violence, Stéphan Castang n’en fait pas pour autant un film apolitique. En effet, de nombreuses incursions de voix off provenant de la radio viennent parasiter l’image et confirmer que les violences ne semblent pas cantonnée à l’entourage de Vincent. Et l’intérêt de faire apparaitre cette éditorialiste « de droite, voire d’extrême droite » est, selon Castang, de montrer que peu importe le sujet (il évoque l’anti-féminisme de l’éditorialiste, sa position vis-à-vis des migrants???) le brouhaha de cette partie de la caste médiatique restera inexorablement la même : la faute à l’autre.

Thriller parano-romantico-horrifico-comique

« C'était l'occasion de jouer dans une romance dans un monde brutal [...] une histoire d'amour de personnages blessés »

Car oui, si Vincent doit mourir se pare des atours du thriller paranoïaque, en zigzagant entre les codes du film de zombie et de l’horreur pure, il s’agit également d’une romance. Une romance compliquée certes, entre Vincent (Karim Leklou) et Margaux (Vimala Pons). Un magnifique couple de cinéma, offrant une prestation touchante, physique et poétique entre deux âmes blessées : lui au premier degré, vis-à-vis des agressions dont il est la victime, elle par une addiction qui lui met ses dealers aux trousses et l’amour contrarié par la violence qu’elle sent poindre en elle. Une poésie qui naît notamment de la scène de sexe, maladroite, hésitante, soufflant le chaud et le froid entre l’emportement du désir et le rappel à la raison (et l’utilisation d’une paire de menottes, au cas où Margaux aurait envie de commencer à le frapper).

Vincent tabasse

« L'idée c'était de faire un film de bagarre, d'action, avec des gens qui ne savent pas se battre »

On a attribué tout un tas d’adjectifs de genre dans le paragraphe précédent – tant qu’il conviendrait mieux de caser le long-métrage en « hors-catégorie » – mais Vincent doit mourir c’est aussi beaucoup de castagne. Et ce travail évoqué ci-dessus par Leklou se ressent à l’écran : tous les coups résonnent dans la tête du spectateur ! Qu’il s’agisse du design sonore réellement prenant et d’un travail de fond avec les cascadeurs, le réalisateur avait à cœur d’offrir à son public un bon uppercut. Et c’est réussi !

Vincent alias Buster Keaton

« [Karim Leklou] c'est un grand acteur burlesque. Il travaille avec son corps. Avec ce qu'il est, ses forces et ses maladresses [...] un peu à l'instar d'un Buster Keaton »

« Il va juste essayer de s’adapter et de faire que ça se passe le moins mal possible », confie le réalisateur en évoquant une scène du long-métrage se déroulant dans le commissariat. Comique dans son ton, mais éminemment tragique dans le fond. Vincent « va devoir essayer de prendre le train en marche », ajoute-t-il, exactement comme Buster Keaton. Une comparaison flatteuse pour Karim Leklou, mais amplement méritée tant sa prestation dans ce film est impressionnante.

Vincent est dans la merde

« Je ne referai plus jamais cette scène ! »

Une des scènes les plus marquantes du film – hormis un segment se déroulant sur une bretelle d’autoroute – se déroule dans les miasmes d’une fosse septique. Âmes sensibles et estomacs légers s’abstenir ! Et un tournage qui ne fût pas de tout repos pour les acteurs non plus, puisque Leklou confie adorer l’avoir faite, mais qu’il ne la refera plus jamais ! Plus d’une journée de tournage dans une piscine de boue à enchaîner des combats au corps à corps, il y a de quoi en rebuter plus d’un.

Bref, Vincent doit mourir est un film de genre français à ne surtout pas manquer. Inclassable, il est la garantie d’une escapade hors des sentiers battus, entre ultra-violence et romance poétique ! À découvrir en salles dès le 15 novembre 2023 !

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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[…] critique vidéo et échange avec le réalisateur en fin d’article (et la Q&A du NIFFF ici)  . Et si d’un simple regard nos prochains se mettaient à vouloir nous assassiner […]

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