Une panthère, un moine et un berger… On dirait le commencement d’une fable, c’est en tous cas le point de départ de Snow Leopard le dernier film du réalisateur tibétain Pema Tseden, présenté au GIFF.

Cinéma tibétain

Réalisateur tibétain qui a su troubler le géant chinois jusqu’à son arrestation et son enfermement en 2016, Pema Tseden est surtout la figure tutélaire de tout un pan du cinéma de sa région. S’il a entamé une « Nouvelle vague » tibétaine, il est aussi le mentor de toute une nouvelle génération de cinéastes qu’il produit et prend sous son aile. Décédé en début d’année 2023 à 53 ans (apparemment pour cause de mal des montagnes), il nous lègue un dernier film, Snow Leopard, présenté au GIFF (Geneva International Film Festival).

Abbas Kiarostami, dans le voisinage duquel on aurait aisément placé Pema Tseden, l’aligne de ses propres mots dans la trace laissée par Ozu ou Bresson. Pour Snow Leopard, on a résolument affaire à un cinéma du réel. Tourné à plus de 4000 mètres d’altitude dans la région de Maduo, on y suit une équipe de télévision locale, un moine et un berger placé face au prédateur le plus connu de la région : la panthère des neiges. Tandis qu’un individu de cette espèce a dévoré une dizaine de moutons, le berger refuse de libérer le félin qu’il a capturé. S’en suit alors une mystérieuse comédie de mœurs autour du sort de cette pauvre panthère…

Prédateur catalytique

Construit en cercles concentriques permettant un humour de répétition qui traversera tout le long-métrage, Snow Leopard surprend par ce qu’il arrive à faire émerger de son terreau de base : une simple discussion entre un berger terre à terre et têtu, une équipe de télé citadine, un moine et les autorités chinoises. Chacun de ces personnages se trouve placé en pion tout autour de cette panthère matérialisée en effets spéciaux (particulièrement réussis par ailleurs), servant de catalyseur aux réactions en chaîne qu’ils s’apprêtent à vivre.

Entre paysages majestueux et scènes au comique pince-sans-rire absolument irrésistible, Snow Leopard nous invite dans sa dilatation temporelle et nous offre en miroir la description de nos propres sociétés occidentales, déchirées sur la question tant épineuse du retour des grands prédateurs, avec les mêmes clivages. Mieux, il dissèque ainsi sa micro-communauté tout en la maintenant sous l’objectif voyeur de sa caméra, créant ainsi un portrait global des pôles traversant son propre pays. Si ce film nous confirme la perte de l’un des plus grands (du plus grand ?) cinéaste du Tibet, il nous donne surtout l’envie de découvrir à fond la filmographie écourtée d’un réalisateur passionnant !

La splendide affiche de "Snow Leopard"

« Mes films se concentrent sur les histoires humaines, ils visent pas seulement le public tibétain, j'espère ils peuvent transcender les régions et les cultures afin que plus de gens de différentes nations puissent ressentir une résonance émotionnelle. »

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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KillerSe7ven
Administrateur
5 mois

Ca a l’air superbe ! J’espère une sortie en salles chez nous.

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