De la SF chypriote, ça vous dit ? C’est au moins la promesse de Embryo Larva Butterfly présenté au GIFF (Geneva International Film Festival). Alors que vaut ce film concept européen ? Réponse express ci-dessous…

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas...

Dans le monde développé par Kyros Papavassiliou, on ne sait jamais quand on est… En effet, à chaque réveil, on se retrouve dans un « quand » différent : 64 ans ou 18 ? Divorcé ou pas même marié ? Enceinte ou pas ? Chaque fois que les paupières se décollent, les mêmes questionnements. Voilà comment vivent Penelope et Isidoros (Maria Apostolakea et Hristos Sougaris), les deux protagonistes principaux de ce Embryo Larva Butterfly. Un pari osé pour le réalisateur chypriote qui n’en est pas à son coup d’essai. Il a en effet déjà réalisé plusieurs courts, des épisodes de série ainsi qu’un long-métrage dramatique déjà emprunts de thématiques similaires, Oi entyposeis enos pnigmenou (on vous laisse le soin de prononcer le titre). Que parvient-il donc à nous livrer avec cette nouvelle réalisation ?

« Oi entyposeis enos pnigmenou » (2015), du même réalisateur

Il s’attaque donc au film de SF qui explore la notion du temps avec un petit budget, et ce n’est décidément pas le premier… Pourtant, force est de constater qu’au premier abord Embryo Larva Butterfly convainc. Entre son calendrier indiquant au spectateur le « quand » de la scène qui suit, une mise en scène propre et plusieurs jolies idées de mise en scène, Papavassiliou avançait des arguments massues. Certaines scènes parvenaient même à marquer les rétines (une scène de sexe en surimpression, plusieurs montages parallèles rondement menés, etc.) et le concept même du long-métrage intriguait sans trop perdre son spectateur dans d’interminables tarabiscotages scénaristiques.

Coup de froid

Pourtant, rapidement, cet objet-concept cède à la faiblesse de bon nombre de films de ce genre : la plus totale froideur. On comprend vite que le long-métrage abandonnera toute tentative de nous faire ressentir quelque chose pour ses personnages, en se concentrant uniquement sur le développement de son intrigue. Plus la séance avance, plus le film nous laisse émotionnellement sur le bas-côté, sans parvenir à nous saisir par son originalité ou par son narratif. L’histoire en elle-même aura tendance à se perdre en cours de route, et malgré plusieurs sursauts formels, Embryo Larva Butterfly ne nous rattrapera jamais vraiment…

En somme, un film qui donnait de l’espoir et qui montre le certain savoir-faire de son auteur, mais malheureusement complètement sous-exploité. Un bel univers, une idée assez bien exécutée, mais trop de froideur pour qu’Embryo Larva Butterfly devienne marquant… Dommage !

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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