Après un enlèvement rocambolesque et un passage relaxant en thalasso, voilà que l’écrivain réactionnaire Michel Houellebecq se retrouve de nouveau devant la caméra de Guillaume Nicloux  pour une troisième comédie : Dans la peau de Blanche Houellebecq. Casting XXL, absurde des meilleurs Dupieux mais surtout opacité déroutante, ce long-métrage de Nicloux détonne une fois de plus… Sa sortie prochaine en format physique est l’occasion de (re)découvrir ce mystérieux objet.

Pas un, pas deux, mais 10 Houellebecq !

Un concours de sosie de Michel Houellebecq présenté par Blanche Gardin se déroule en Guadeloupe. L’occasion pour l’écrivain pressenti pour le Prix Nobel de sauter dans l’avion et de profiter des tropiques, en hôte d’honneur de cette manifestation pas comme les autres. Mais arrivé sur place, Houellebecq attirera dans son sillage une nuée d’ennuis bien rocambolesques…

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Guillaume Nicloux a (et c’est une litote de le dire) une filmographie plutôt éclectique ! Entre le prodigieux Les Confins du monde plongeant aux côtés de Gaspard Ulliel dans la moiteur crasse de la guerre d’Indochine, le film d’horreur social La Tour qui avait plutôt convaincu la rédaction de MaG à Gérardmer, voilà qu’il prolonge son duo de comédies acides centré sur Michel Houellebecq avec ce troisième opus. Et la démarche est la même : photographie brute de décoffrage, gommage de la frontière entre fiction et réalité, multiplication des caméos, goût immodéré de l’absurde et de la comédie grinçante…

Et l’ouverture de ce Dans la peau de Blanche Houellebecq  a de quoi intriguer. Un Houellebecq babines au vent, prêt pour une figuration dans la prochaine pub Royal Canin, s’élance sur une plage main dans la main avec Blanche Gardin. Nicloux nous emmène-t-il dans une comédie romantique qu’il s’amusera à pourrir de l’intérieur? Pas si sûr ! Car après ce prologue, exit les plages et place à la grisaille parisienne dans une séquence plus terne encore, apparence format DV. On y retrouve un Gaspar Noé pitchant son prochain film à un Houellebecq catatonique (pléonasme !) avant que Jean-Pascal Zadi et Françoise Lebrun ne débarquent… C’est ce qu’on peut appeler un démarrage abracadabrantesque !

A l'abordage !

Comment donc aborder cet étrange objet, dont on ne comprend jamais bien la nature ? La phrase placée en frontispice de l’œuvre peut nous donner une première piste :

« Le rire est le premier pas vers la libération. On commence par rire. On rit donc on se libère. On se libère donc on peut combattre.»

Se libérer ? Se libérer de quoi ? Guillaume Nicloux prend-il son écrivain réactionnaire fétiche – grabataire par la même occasion, un poil raciste, volontairement polémique – pour nous parler de la colonisation ? Pour évoquer le sujet ô combien actuel du néocolonialisme, la situation en Kanaky le mettant plus que jamais sur le devant de la scène ? Peut-être bien. Ou peut-être est-ce tout le contraire. Cette bipolarité permanente, cette opacité constante, baignera toute l’œuvre, à l’image de ses deux protagonistes principaux que tout (ou presque) oppose…

Chantre de l'absurde

Entre Blanche Gardin – humoriste plutôt marquée à gauche, jouant de ses personnages de réac’ pour mieux en délayer leur absurdité – et Michel Houellebecq – écrivain brillant il fût un temps, désormais coincé dans un rabâchage permanent aussi pénible que la vacuité de son style désormais auto-caricaturé – Dans la peau de Blanche Houellebecq avance constamment masqué. Réactionnaire ou progressiste ? Bête ou intelligent ? Travaillé ou superficiel ? Engagé ou en-foutiste ? Nicloux ne fait jamais de choix et multiplie constamment ses axes sans jamais clarifier ses propos.

Paradoxalement, c’est ça qui fait toute la richesse de ce film. Et cette bipolarité semble être la même que ressent Nicloux face à l’écrivain qu’il vient de faire tourner dans trois longs-métrages : un intérêt certain, peut-être un brin d’admiration, mais plus sûrement une grande pitié et une certaine déception. Tous ces ressentis contradictoires viennent nourrir l’absurdité de Dans la peau de Blanche Houellebecq qui, après des premières minutes à Paris bien peu stimulantes visuellement et intellectuellement, finit par trouver un rythme de croisière dans l’absurde absolument passionnant. Coiffé d’une longueur parfaite de 88 minutes, ne vous laissez pas rebuter par la présence du plus en plus agaçant Houellebecq, le film vaut (plus que largement) le coup d’œil !

Fiche technique

DVD Zone B (France)
Éditeur : Blaq Out
Durée : 84 min
Date de sortie : 16 juillet 2024

Format vidéo : 576p/25 – 2.39
Bande-son : Français Dolby Digital 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Français

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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